3114, le numéro de prévention au suicide : "si vous vous posez la question d'appeler, c'est qu'il faut appeler"
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Publié le 06/02/2025
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
Mis en place en octobre 2021, dans un contexte de dégradation de la santé mentale des Français consécutive notamment à la crise du Covid, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Qui peut appeler ? A quel moment ? Qui est au bout du fil ? A l’occasion de la journée nationale de prévention du suicide, le psychiatre au CHU de Lille Christophe Debien nous explique tout ce qu’il faut savoir sur ce numéro dont il a contribué au déploiement.
A qui s’adresse le 3114 ?
A tout le monde ! Bien sûr aux personnes qui vont mal, qui ont des pensées suicidaires, ou qui s’apprêtent à passer à l’acte. Mais également à celles et ceux qui s’inquiètent pour un proche ou qui ont connu un suicide dans leur entourage. Aux professionnels du secteur médico-social qui ne savent pas toujours comment réagir face à une personne en détresse. Ou encore aux associations dont les bénévoles se trouvent démunis face à des bénéficiaires en souffrance psychologique avec risque de passage à l'acte immédiat.
Il est important de noter qu’il s’agit d’un numéro gratuit et, confidentiel (tout ce que vous direz est couvert par le secret médical).
Quand peut-on (voire doit-on) appeler ce numéro ?
Vous pouvez appeler à tout moment. Vous serez toujours écouté et accompagné, quelle que soit votre situation. Si vous vous inquiétez pour un proche, appelez-nous : plutôt que de rester seul avec ce poids, vous pourrez en discuter avec un professionnel de la santé mentale. Il pourra évaluer avec vous si ce que vous ressentez relève de l’inquiétude normale et bienveillante d’un parent ou d’un ami pour un proche, ou s’il y a des éléments plus sérieux et qu’il faut prendre en charge.
D’une façon générale, si vous vous posez la question d’appeler le 3114, c’est qu’il faut l’appeler. La crise suicidaire est un puzzle dont on a rarement une vision globale : il peut y avoir des petits signes disséminés à la fois au travail, dans la famille, au club de sport… C’est pourquoi il est difficile de tous les repérer, et utile de se faire accompagner par une personne compétente sur ces questions.
Qui sont les personnes qui répondent ?
Il s’agit de professionnels de la santé mentale, qui peuvent être des infirmiers, des psychologues placés sous la supervision de psychiatres. Ils sont répartis en 18 centres régionaux à travers la France. En plus de leurs qualités d’écoute, ces répondants sont formés spécifiquement à l'évaluation du risque suicidaire, et capables de réaliser par téléphone une intervention de crise.
Cela signifie que, même si cela représente une minorité d’appels, nous savons prendre en charge par téléphone les situations critiques et faire baisser la tension. Dans la plupart des cas, cela permet d’éviter d’envoyer physiquement une équipe ou de diriger la personne et ses proches vers un service d’urgences.
Comment se passe concrètement un appel au 3114 ?
Dans un premier temps, un message vocal vous accueille pour vous confirmer que vous êtes bien au 3114 et que votre appel va être pris en charge. Immédiatement après, un ou une répondant·e va décrocher. Cette personne va se présenter à vous, vous donner son prénom, vous mettre en confiance, et vous demander le motif de votre appel.
A partir de là, nous allons essayer d’évaluer avec vous la situation, et en particulier s’il y a une probabilité de passage à l’acte immédiat. Si la situations ne relève pas de l’urgence, nous retraçons avec vous votre parcours ou celui de votre proche, afin de voir quels sont toutes les composantes personnelles, professionnelles, sociales, économiques ou sanitaires de ce moment de crise.
Que proposez-vous une fois ce diagnostic établi ?
Nous nous efforçons de mettre des ressources à disposition pour chacun des éléments qui génèrent de la souffrance chez vous ou chez votre proche. Nous disposons pour cela d’une large base de contacts et de partenaires au niveau local : cela va des centres médico-psychologiques aux agences Pôle Emploi, pour explorer toutes les pistes possibles selon les problématiques de chacun.
Mais avant cela, notre travail consiste aussi à faire baisser le niveau émotionnel de la personne qui nous appelle. C’est aussi cela l’intervention de crise : arriver à modérer et à stabiliser l’état émotionnel des personnes au téléphone, pour pouvoir mobiliser leur intellect et leur proposer des ressources. Nous vérifions avec elles si elles sont bien en état de se saisir des informations et des contacts que leur donnons, quitte à se faire aider par leur entourage. Parfois, nous proposons aussi de les rappeler quelques jours plus tard pour faire le point.
Plus largement, que faire face à un proche qui a des idées suicidaires ?
Si quelqu’un exprime de pensées suicidaires, il faut toujours le prendre au sérieux. Dès lors qu’on a ne serait-ce qu’un doute, il ne faut pas hésiter à aller voir cette personne et à ouvrir le dialogue avec elle. Cela passe par des choses simples, basées sur son propre ressenti. Par exemple : « Je m’inquiète pour toi, j’ai l’impression que tu ne vas pas bien – est-ce que je me trompe ? »
En complément du 3114, qui est dans l’immédiateté, il existe sur la quasi totalité du territoire français, un réseau de veille et de recontact dont je m’occupe et qui donne des résultats encourageants. Nommé VigilanS, il est dédié aux personnes qui ont déjà fait une tentative de suicide, à qui il permet d’être suivis sur 6 mois. Dans cet intervalle, nous les contactons plusieurs fois pour prendre de leurs nouvelles. Cela peut être par téléphone, ou même par carte postale – nous constations que cet outil a un très fort impact émotionnel, surtout pour les jeunes qui y sont moins habitués. Dans tous les cas, cette veille est essentielle.
Depuis février 2024, le dispositif VigilanS est déployé dans 17 régions - dont 4 régions d’Outre-mer - et dans 99 départements.
En savoir plus
- Numéro national de prévention du suicide - 3114
- Le dispositif de recontact VigilanS - Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles
- Le Dr. Christophe Debien est psychiatre au CHU de Lille. Il a participé à la mise en place du 3114, dispositif d’aide et de prévention du suicide.
Le Service Public d’Information en Santé, au sein du Ministère de la santé et de l'accès aux soins, associe les institutions et agences publiques missionnées dans les champs de la santé, ainsi que les partenaires privés à but non lucratif (associations, ordres professionnels, sociétés savantes, universités…).
La démarche vise à assurer la cohérence et la cohésion des actions autour d’une vision commune de l’information publique en santé prévoyant également l’élaboration d’outils favorisant l’implication des usagers au processus d’amélioration du système de santé.