Coronavirus Covid-19 et recherche en France

Dossier

Publié le 18/08/2021

Dossier constitué avec : Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, Réseau Français des Centres Régionaux de Pharmacovigilance, Collège National des Enseignants de Thérapeutique, Collège National de Pharmacologie Médicale, Association Française des Centres d’Addictovigilance, Association Nationale des Enseignants de Pharmacie Clinique En lien avec l'ANSM et le Ministère de la Santé et de la Prévention (DGS)

La propagation du coronavirus continue en Europe et partout dans le monde. Malgré l'arrivée de vaccins, et même si les coronavirus sont des virus connus depuis longtemps des virologues, il n’existe actuellement aucun traitement officiel pour lutter contre ce nouveau coronavirus SARS-CoV-2. Cependant, des médicaments déjà éprouvés dans d’autres épidémies (2003, 2013) ou dans d’autres maladies sont mis en avant dans la prise en charge de la maladie covid-19.

Aujourd’hui face à la pandémie, les institutions scientifiques (entre autres le Centre National de Recherche Scientifique - CNRS, l’Institut Pasteur, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale - INSERM…), les hôpitaux et les laboratoires pharmaceutiques mènent de nombreux projets de recherche qui portent sur la prévention, le diagnostic (tests), l’épidémiologie.

 

Quelles sont les recommandations scientifiques actuelles pour traiter les patients infectés par le virus en France ?

Dès le début de la pandémie, le Ministère de la Santé et de la Prévention a demandé au Haut Conseil de Sante Publique* (HCSP) d’émettre des recommandations pour aider les équipes hospitalières et assurer la même qualité de soin partout en France. Ces experts ont pris en compte les avis de plusieurs professionnels (des infectiologues, des réanimateurs, des pneumologues et des chercheurs) ainsi que les articles scientifiques publiés dans le reste du monde depuis l’apparition de la pandémie.

*Le Haut Conseil de Santé Publique est une instance, existante depuis 2007, qui fournit aux pouvoirs publics l’expertise nécessaire à la gestion des risques sanitaires, à l’évaluation des politiques et des stratégies de prévention et de sécurité sanitaire. Il fournit également des conseils sur les questions de santé publique en lien avec les agences sanitaires.

Le HSCP peut être consulté par les ministres, par les présidents des Commissions parlementaires sur toute question

Ces recommandations du Haut Conseil de  Santé Publique encouragent les médecins hospitaliers qui soignent des patients infectés à leur proposer de participer aux essais cliniques autorisés par l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM).

Lorsque la participation des patients infectés aux essais cliniques ne peut être faite, l’équipe médicale décide de façon collégiale qu’il est important de commencer le plus tôt possible les traitements afin d’éviter l’aggravation  nécessitant la réanimation. Les patients sont alors inclus dans la cohorte française Covid-19 des cas graves SARS-CoV-2 coordonnée par le consortium de l’INSERM (REACTing), réseau de chercheurs français spécialisés dans les épidémies.

Comment sont autorisés les essais cliniques Covid-19 en France ?

Les essais cliniques sont autorisés par l’Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en lien avec le Ministère de la Santé et de la Prévention et avec l’avis du Comité de Protection des Personnes (CPP).

Face à la pandémie et à l’état d’urgence sanitaire, l’ANSM donne les autorisations selon une procédure accélérée. Cette procédure permet de pouvoir mettre en place rapidement les essais dans les meilleures conditions. 

ANSM

Évalue la sécurité et la qualité des produits utilisés dans la recherche afin que la sécurité des personnes qui y participent soit garantie

 
Dépôt obligatoire d’une demande d’autorisation dans le cadre d’une procédure accélérée (réduction du délai d’instruction des dossiers)

Autorise l’essai clinique

 

CPP

Est chargé de vérifier que l’essai clinique proposé est acceptable sur le plan scientifique et éthique

Veille à la protection des personnes et à la qualité de l’information

Comité indépendant qui réunit des professionnels de santé, des juristes, des épidémiologistes, des psychologues et des représentants d’associations d’usagers.

Emet un avis

 



En savoir plus :

Essais cliniques : procédures accélérées pour l’évaluation des traitements du Covid-19

Covid-19. Essais cliniques en cours



Les études de recherche clinique portant sur la Covid-19 peuvent bénéficier de l’attribution par le comité CAPNET (Comité ad-hoc de pilotage national des essais thérapeutiques et autres recherches sur la Covid-19) d’un label de « priorité nationale de recherche » permettant l’activation de plusieurs leviers de priorisation.

En savoir plus :

Le label "priorité nationale de recherche"



Depuis le 1er janvier 2021, la nouvelle agence autonome de l'Inserm  "ANRS maladies infectieuses émergentes" reprend la coordination de la recherche française sur la Covid-19.

Covid-19 | ANRS

Qui sont les patients ayant accès à ces potentiels traitements ?

Il faut rappeler que 85% des cas liés à la maladie Covid-19 sont des formes modérées (avec des symptômes divers tels que fièvre, toux, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires, perte du gout, perte de l’odorat, diarrhée…), qui évoluent le plus souvent vers la guérison. Les formes simples, modérées sont prises en charge à la maison avec les mesures barrières et la distanciation sociale. Le traitement ne comporte que des médicaments symptomatiques pour soulager la fièvre (comme par exemple le paracétamol).

Dans 15% des cas, il s’agit de formes graves avec une fièvre élevée, une aggravation de la toux, une sensation d’essoufflement, une fréquence respiratoire élevée qui va alarmer et nécessiter une hospitalisation et dans 5% des cas des formes encore plus graves avec détresse respiratoire qui conduisent au transfert des patients infectés en unité de soins intensifs. Ces formes graves et très graves conduisent parfois au décès des patients en raison de l’âge avancée et de fragilités liées à des maladies chroniques associées (obésité, insuffisance respiratoire, diabète compliquée, insuffisance rénale….).

Un nouveau traitement par anticorps monoclonaux est délivré en France depuis mars 2021, pour traiter les patients susceptibles de développer des formes graves de la Covid-19.

Traitement par anticorps monoclonaux - Ministère de la Santé et de la Prévention

Selon les recommandations du HCSP, les patients qui ont accès aux potentiels traitements sont les patients hospitalisés qui présentent une  forme sévère à grave de la maladie COVID-19, inclus soit dans des essais cliniques autorisés quand c’est possible, soit après décision des médecins hospitaliers dans une cohorte (= groupe  de suivi des patients) coordonnée par l’Inserm.

Les patients inclus sont des patients qui remplissent un certain nombre de critères appelés critères d’inclusion*. Les critères d’inclusion sont propres à chaque essai clinique.

Chaque essai répond à un objectif clairement décrit dans le protocole de recherche, c’est pourquoi certains patients et pas d’autres pourront participer à l’essai en raison de certaines caractéristiques.

*critères d’inclusion réunissent les caractéristiques que doivent présenter les personnes pour être incluses dans l’essai : Par exemple un critère peut être l’âge (ex : toute personne ayant plus de 18 ans) ou alors le fait que la personne soit hospitalisée ou qu’elle présente des symptômes précis (toux, fièvre…).

Est-ce que des patients infectés par le virus peuvent bénéficier de ces traitements lorsqu'ils sont soignés au domicile ?

Les patitents agées de 50 ans ou plus qui présentent des symptômes de la COVID-19 peuvent rentrer dans l'essai clinique Coverage, promu par le CHU de Bordeaux et le Collège Général des Médecins Enseignants (CNGE) dans huit régions de France.

Cet essai se déroule dans huit régions de France (Gironde, Corse, Côte d'Or, Haute-Garonne Ilde-de-France, Meurthe-et-Moselle, Hérault, Pays de la Loire), il s'appuie sur un suivi au domicile des patients par les médecins généralistes.

Pour le moment, 2 traitements sont en cours d’évaluation : les corticoïdes inhalés et l'interféron inhalé. Ces traitements sont évalués en comparaison avec un traitement par multivitamines (Azinc).

Les autres traitements faisant l'objet d'études cliniques à l'hôpital, ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur une prescription d’un médecin de ville pour le traitement du COVID-19. Ces médicaments peuvent entrainer des effets indésirables graves telles que des atteintes de la peau, des hypoglycémies sévères, des troubles du rythme cardiaque. Des interactions avec d’autres médicaments sont possibles et peuvent augmenter leur toxicité.

Quels sont les projets de recherche Covid-19 en cours ?

Dans le monde entier des essais cliniques sont menés pour affronter le virus, toutefois les résultats en matière de traitements sont encore modestes.



Trois sont les stratégies identifiées pour trouver des solutions thérapeutiques:

- le repositionnement de molécules permet de rechercher parmi les molécules existantes de la pharmacopée celles qui pourraient avoir une activité antivirale. Cette stratégie est la plus rapide et économique car une grande partie du développement a déjà été réalisée.

- la recherche de nouvelles molécules antivirales spécifiques. Ce processus est très lourd compte tenu du temps requis (en moyenne dix ans pour arriver à des résultats probants) et de l'importance de l'investissement. 

- la recherche dans le champs des anticorps monoclonaux.

De suite, quelques études d'envergure menées en France ou à l'international.

 

Etude CORIMUNO-19

A l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris,  l'étude CORIMUNO-19 vise à déterminer si certains médicaments immuno-modulateurs permettent d’éviter une réanimation ou bien d'accélérer la sortie de réanimation chez des patients hospitalisés pour une infection à Covid-19 ayant une atteinte modérée ou sévère.

Les résultats à 90 jours de l’essai CORIMUNO-TOCI-1 publiés le 24 mai 2021 dans le revue JAMA Internal Medicine montrent une amélioration de la survie des patients atteints de pneumonie COVID-19 modérée à sévère avec le tocilizumab chez les patients très inflammatoires.

Essai clinique Solidarity

"Solidarity" est un essai clinique international lancé par l’Organisation mondiale de la Santé et ses partenaires dans le but de trouver un traitement efficace de la COVID-19.

L’essai Solidarity compare des options thérapeutiques par rapport à des soins standard pour évaluer leur efficacité relative contre la COVID-19.  Quatre traitements antiviraux repositionnés dans l’indication de Covid-19 nécessitant une hospitalisation ont fait l'objet d'évaluation: le remdesivir, l’hydroxychloroquine, le lopinavir et l’interferon beta-1a.

Cet essai, pour lequel des personnes sont recrutées dans plusieurs pays, vise à déterminer rapidement si l’un de ces médicaments permet de ralentir la progression de la maladie ou d’améliorer les chances de survie. 

L'essai clinique Discovery, lancée par l'INSERM sur les mêmes options thérapeutiques a rejoint Solidarity afin de contribuer à lui fournir des données solides et rigoureuses. Les premiers résultats de Solidarity sont désormais publiés dans le New England Journal of Medicine: "  Ces régimes de remdesivir, d’hydroxychloroquine, de lopinavir et d’interféron semblaient avoir peu ou pas d’effet sur la COVID-19 hospitalisée, comme l’indiquent la mortalité globale, le début de la ventilation et la durée du séjour à l’hôpital. Les résultats sur la mortalité contiennent la plupart des preuves randomisées sur le remdesivir et l’interféron, et sont compatibles avec les méta-analyses de la mortalité dans tous les essais majeurs."



En août 2021, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé la prochaine phase de son essai Solidarity : Solidarity PLUS recrutera des patients hospitalisés pour tester trois nouveaux médicaments chez des patients covid-19 hospitalisés.



Ces traitements - artésunate, imatinib et infliximab - ont été sélectionnés par un groupe d’experts indépendants pour leur potentiel à réduire le risque de décès chez les patients hospitalisés atteints de COVID-19. Ils sont déjà utilisés pour d’autres indications: l’artésunate est utilisé pour le paludisme sévère, l’imatinib pour certains cancers et l’infliximab pour les maladies du système immunitaire telles que la maladie de Crohn et la polyarthrite rhumatoïde.



Les médicaments ont été donnés pour l’essai par leurs fabricants.

 

Evaluation de nouveaux traitements

La Société française de pharmacologie et de thérapeutique met sur son site la liste des traitements en cours d'évaluation contre la Covid-19, actualisée en fonction des avancées de la recherche.

Evaluation de nouveaux traitements (SFPT)

Où retrouver l'information sur les essais cliniques Covid-19 menés en France ?

Afin de favoriser l’accès des patients Français aux essais cliniques, la collaboration entre équipes de recherche et la démonstration la plus solide et la plus rapide de l’efficacité et la sécurité des stratégies thérapeutiques en cours d’évaluation, le Ministère de la Santé et de la Prévention  a publié la liste des projets de recherche autorisés (et actifs) ainsi que la liste des projets de recherche en cours d’instruction.

Si vous souhaitez participer à un essai, vous pouvez trouver la liste des essais cliniques en cours de recrutement et à venir en France sur l'espace "Essais cliniques" de Santé.fr.

Faites votre recherche en tapant"coronavirus" ou "covid" dans la fenêtre "Sélectionner un sujet".

 

Focus. Comment sont conduits les essais cliniques en France ?

Comme tout essai clinique mené en France, le promoteur de l’essai a soumis à l’ANSM et au Comité de Protection des Personnes (CPP) le protocole de recherche décrivant la méthodologie de l’essai, la durée, les traitements à l’étude, le suivi, les critères d’inclusion, la surveillance des effets indésirables.

Qu’est-ce qu’un médecin investigateur ?

L’essai clinique est mené dans un centre investigateur (un service de l’hôpital) et est conduit par un médecin investigateur.

Les médecins participant à l’essai sont appelés médecins investigateurs et sont en charge d’inclure les patients infectés dans l’essai clinique Covid-19 en respectant rigoureusement le protocole de l’essai.

Ils doivent fournir toute information claire au patient et à la famille, et déclarer les évènements indésirables survenant dans le cadre de l’essai au promoteur dans des délais définis dans le protocole.

Qui est le promoteur ?

On appelle le promoteur de la recherche l’institution qui propose de mettre en place l’essai et d’en assurer le financement.

Le promoteur de l’essai clinique peut être un hôpital, un centre de recherche privé ou public, une association ou un laboratoire pharmaceutique. C’est le lui qui a toute la responsabilité de l’essai clinique et doit répondre à toutes les obligations liées à l’essai. Le promoteur constitue un comité de pilotage qui surveille la mise en œuvre de l’essai : il écrit le protocole de recherche, s’assure que les traitements prévus sont conformes à la question posée et suit le bon déroulement de l’essai, de la conception à la publication des résultats, en respectant les "bonnes pratiques cliniques" (BPC).

Un essai clinique peut être mis en place simultanément par plusieurs équipes sur le territoire français

Comment les patients et/ou la personne autorisée sont informés des modalités de l'essai ?

Le patient ou à défaut la personne autorisée bénéficie d’une information claire, loyale et appropriée c’est-à-dire que le médecin investigateur doit expliquer l’essai auquel le patient va participer, le déroulement, les bénéfices attendus, les contraintes, les effets indésirables possibles.

Ses explications sont complétées par un document d’information écrit qui regroupe toutes les informations qui aident le patient ou la personne autorisée à comprendre l’essai et à décider s’il souhaite participer à l’essai ou non. Ce document doit être lu attentivement et l’interessé ne doit pas hésiter à poser toutes les questions au médecin investigateur en charge de l’essai.

Le patient ou la personne autorisée sont libres d’accepter ou de refuser la  participation à l’essai.

En fonction du type de recherche, le consentement c’est-à-dire l’accord de la personne qui décide librement de participer à un essai, peut être formalisé :

  • Dans le cadre de recherches qui comportent des risques par écrit obligatoirement. Le médecin investigateur fait signer le document de consentement. Ce document écrit est extrêmement important car c’est la preuve que le patient/famille a bien lu le document d’information et accepte de participer à l’essai. Si ce document n’est pas signé, le patient ne participe pas à l’essai. 
  • Dans le cadre de recherches qui ne comportent que des risques et des contraintes minimes, le consentement est demandé à la personne mais la formalisation écrite n’est pas obligatoire. Son accord est mentionné dans le dossier médical.  
  • Dans le cadre des recherches qui ne comportent aucun risque ni contrainte, on parle de la non opposition du patient à l’utilisation de ses données et cette information est mentionnée dans le dossier médical.

Quels sont les droits des patients participants à un essai clinique ?

Les patients qui participent à un essai doivent impérativement connaître leurs droits :

  • Droit à une information claire et précise pendant toute la durée de l’essai
  • Droit de refuser de participer, ce qui n’aura aucun impact sur leur prise en charge médicale
  • Droit à la confidentialité, les données recueillies ne seront accessibles qu’aux personnes habilitées
  • Droit à l’anonymat, l’identité du patient n’est pas connue du promoteur
  • Droit de se retirer de l’essai à tout moment sans avoir à se justifier et sans conséquence sur sa prise en charge médicale
  • Droit d’accès, de modification et de suppression des données recueillies conformément à la loi Informatique et libertés
  • Droit d’être indemnisé en cas de préjudice lié à l’essai
  • Droit à la communication des résultats globaux de l’essai s’ils le souhaitent.

De quoi parle-t-on : essai ouvert, essai en double aveugle, contre placebo ? 

Les essais sont dits :

  • Contre placebo, lorsqu’il n’existe pas de traitement de référence, c’est-à-dire un traitement qui permet de comparer le médicament évalué. Le nouveau traitement est donc comparé à un produit qui a la même apparence mais qui ne contient pas de substance active (le placebo). Si à tout moment au cours de l’essai, le médecin investigateur a des raisons de craindre qu’une personne participant à l’essai est en train de subir un désavantage réel quel que soit le groupe de traitement (placebo ou traitement évalué), il peut décider de sortir de l’essai la personne concernée. Dans ce cas, la personne pourra recevoir un nouveau traitement donné, car le traitement reçu est jugé insuffisant ou lié à la survenue d’effets indésirables.
  • En double aveugle, quand ni le médecin investigateur, ni le personnel soignant ni le patient ne savent quel est le traitement reçu (placebo, traitement de référence, traitement étudié).
  • En ouvert, lorsque le médecin investigateur et le patient connaissent l’ensemble des traitements (y compris le placebo).

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