La fatigue et l’épuisement aggravé par l’effort, symptôme fréquent du Covid long
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Publié le 15/02/2024
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
La fatigue est le symptôme le plus fréquemment signalé par les personnes qui souffrent de symptômes persistants après un Covid-19 (Covid long). Parfois sévère et très invalidant, il s’agit d’un épuisement qui nuit à la qualité de vie en rendant difficiles les actes de la vie courante et en perturbant les activités professionnelles, sociales ou personnelles.
Lors d’un Covid long, la fatigue peut être présente de manière continue, avec des fluctuations dans son intensité, pouvant aller jusqu’à l’épuisement. Si elle peut s’améliorer avec le temps, avec un espacement des épisodes d’épuisement et une diminution de leur intensité, certaines personnes connaissent cependant une fatigue persistante.
Cet épuisement peut être aggravé par des situations particulières : stress, émotions fortes, changements de température extérieure ou d’altitude, avant les règles ou après un repas copieux, par exemple. De plus, des exacerbations de cette fatigue (mais aussi des autres symptômes) peuvent être déclenchées par des efforts physiques ou mentaux, même modérés. Ce sont les exacerbations des symptômes post effort (ESPE, parfois appelées de manière inappropriée « malaises post-effort »). Souffrir d’anxiété ou d’un état dépressif (lien) (ce qui est fréquent lors de perte de ses capacités habituelles et de son autonomie) aggrave également la fatigue.
Habituellement, la fatigue est une sensation de lassitude, de lourdeur ou d’épuisement proportionnel à l’effort qui en a été la cause. Avec le repos et le sommeil, elle disparaît en quelques heures ou quelques jours. Lors d’un Covid long, deux autres formes particulières de fatigue peuvent co-exister.
La fatigue liée au déconditionnement
Le déconditionnement est l’ensemble des conséquences physiques, mentales et sociales liées à l’inactivité, à une période de sédentarité ou à la sous-stimulation intellectuelle et sociale. Ce manque d’activité peut être dû à une période de repos au lit en raison d’une blessure ou d’une maladie, ou à de l’isolement social. Cette inactivité peut entraîner une diminution de la force musculaire en raison du manque de mouvement et d'exercice. Elle peut également être responsable d'une diminution des capacités mentales liée à une stimulation intellectuelle et sociale réduite. Les personnes âgées isolées souffrent souvent de déconditionnement.
Cette fatigue se caractérise par la perte de la capacité d’accomplir certaines tâches avec l’intensité, la fréquence ou la durée habituelles. Elle est proportionnelle à l’effort et se déclenche pendant ou juste après l’effort (physique ou mental). Le repos et le sommeil la soulagent et elle dure en général moins d’une journée.
Dans le contexte du Covid long, la fatigue liée au déconditionnement peut être présente du fait de la diminution de l’activité physique du fait des symptômes invalidants, qui empêchent la réalisation des activités habituelles. La persistance de symptômes limitant les efforts physiques entretient la part de la fatigue liée au déconditionnement.
La fatigue associée aux exacerbations des symptômes post-effort
La fatigue qui s’accompagne d’exacerbations des symptômes post-effort (ESPE) est particulièrement intense et handicapante. Elle se traduit par la sensation d’être exténué, écrasé par l’épuisement, au-delà des sensations de fatigue habituelles. Son intensité est disproportionnée à l’effort qui en est la cause : une tâche banale qui n’entraînait jusqu’alors pas la moindre fatigue peut déclencher une ESPE. L’accumulation d’exacerbations dont la récupération n’est pas complète aggrave le ressenti d’épuisement total.
En pratique, les ESPE se traduisent par l’apparition ou l’aggravation de symptômes physiques ou cognitifs (la fatigue, mais pas seulement) à la suite d’un effort, pouvant être minime :
- physique : monter un escalier, faire le ménage, se doucher, marcher, s’habiller, se brosser les dents, suivre une séance de rééducation chez un kinésithérapeute, etc. ;
- mental : lire, travailler sur son ordinateur, regarder un film, remplir un questionnaire ou faire un test, conduire, etc. ;
- émotionnel : vivre un événement stressant (même s’il est heureux), interagir avec d’autres personnes (avec ou sans tensions), recevoir certains soins médicaux, etc.
Les ESPE surviennent parfois avec un délai de 2 ou 3 jours après l’effort et elles peuvent durer de quelques heures à quelques semaines, pendant lesquelles le repos n’est pas ressenti comme récupérateur.
Le seuil d’apparition de ces exacerbations est variable d’une personne à l’autre, mais aussi d’une journée à l’autre pour une personne donnée, ou selon les situations particulières mentionnées précédemment, ce qui les rend difficile à prévoir et peut générer de l’anxiété. L’ESPE peut être précédée de symptômes avant-coureurs : par exemple, des maux de tête, une sensibilité accrue à la lumière ou au bruit, des difficultés d’élocution, des palpitations cardiaques ou de l’irritabilité. Ces symptômes avant-coureurs varient selon les personnes et peuvent varier selon le type d’effort. Se reposer dès leur apparition peut prévenir l’évolution vers une exacerbation.
Que fait le médecin face à la fatigue ?
Face à des symptômes de fatigue persistante après un Covid-19 aigu, le médecin va d’abord la caractériser en demandant à la personne de lui décrire l’intensité, la fréquence et la durée de la fatigue, ses fluctuations, son délai d’apparition après l’effort, les facteurs qui la déclenchent ou la soulagent, la présence éventuelle d’ESPE, son impact sur les divers aspects de la vie quotidienne, etc. Il s’enquiert également des antécédents médicaux de la personne, d’une éventuelle modification du poids récente, ainsi que des autres symptômes dont elle souffre, qu’ils soient ou non aggravés par la fatigue. Le cas échéant, il utilise un questionnaire pour la quantifier.
Par l’examen clinique et d’éventuels examens complémentaires, dont certains destinés à distinguer la fatigue liée au déconditionnement de celle liée aux ESPE, il va chercher à éliminer d’autres causes ou des facteurs aggravant la fatigue : troubles du sommeil, troubles de la thyroïde, troubles cardiorespiratoires, anémie, dépression et anxiété, médicaments, addictions, etc. Si nécessaire, il oriente la personne vers un médecin spécialiste de ces autres maladies.
Quels sont les traitements de la fatigue associée au Covid long ?
Une fois les autres causes de fatigue éliminées ou traitées, la prise en charge de la fatigue associée au Covid long repose sur plusieurs types de mesures, pratiquées par des professionnels de santé ou à appliquer chez soi. Dans tous les cas, les professionnels de santé doivent commencer par identifier les seuils d’activité supportables par la personne malade et les éventuels facteurs déclenchant la fatigue, et dépister la survenue d’ESPE (questionnaire de DePaul). La rééducation et la reprise de la vie quotidienne se basent sur le respect de ces seuils de tolérance. Des mesures de soutien psychologique peuvent accompagner cette prise en charge.
Face à une fatigue de déconditionnement sans ESPE, le médecin met en place des objectifs de rééducation douce, globale et progressive pour corriger la désadaptation à l’effort. Ce réentrainement à l’effort doit être personnalisé et prendre en compte l’intensité de la fatigue pour adapter le programme à la durée des phases de récupération nécessaires. Il est conduit par un kinésithérapeute formé au réentrainement à l’effort et à ses spécificités dans le cadre des symptômes prolongés du Covid-19.
Face à une fatigue associée à des ESPE, la réadaptation doit être particulièrement prudente et progressive, avec un fractionnement des activités pour éviter de déclencher des exacerbations. L’apparition d’une ESPE après une séance, y compris de manière différée, conduit à réduire l’intensité du programme de réadaptation à l’effort. Des périodes de réduction des activités, voire de repos complet, peuvent être nécessaires à une bonne récupération en cas d’exacerbation de la fatigue. Le premier objectif étant d’améliorer la qualité de vie des patients, cette réadaptation peut être retardée si le patient ne le supporte pas ou s’il a déjà du mal à assurer ses activités quotidiennes de base.
Les professionnels de santé qui prennent en charge les personnes souffrant de Covid long veillent également à les aider à comprendre ce qui déclenche et soulage leur fatigue, ainsi qu’à gérer l’impact que celle-ci exerce sur leur vie quotidienne. Ergothérapeutes, kinésithérapeutes, orthophonistes ou neuropsychologues conseillent les patients sur la manière de gérer les activités quotidiennes (pour préserver l’autonomie) tout en veillant à ne pas s’épuiser, dans le but de prévenir les ESPE.
Que faire soi-même pour gérer la fatigue associée au Covid long ?
La prévention des épisodes de fatigue intense et des ESPE repose sur la mise en place de stratégies destinées à adapter les activités, tout en maintenant une certaine autonomie (c’est le « pacing »). Ces stratégies se construisent avec le soutien de l’environnement de la personne (aidant, famille ou entourage, aides à domicile, soignants, ergothérapeutes, collègues, enseignants, etc.). Il ne s’agit surtout pas de s’interdire toute forme d’activités (ce qui aggraverait le déconditionnement) mais de faire de façon optimale celles qui sont envisageables, en respectant ses seuils de tolérance pour ne pas déclencher d’épisodes d’aggravation.
En pratique, il s’agit :
- de planifier ou de fractionner ses activités et de les répartir sur l’ensemble de la semaine. Tenir un journal de sa fatigue quotidienne et de l’évolution des symptômes peut s’avérer utile, si cela est compatible avec l’état cognitif (présence de « brouillard cérébral ») ;
- de prévoir des périodes de repos, après un effort, et régulièrement tout au long de la journée et de la semaine. Équilibrer les phases d’activité et de repos dans la journée est indispensable pour préserver sa réserve d’énergie ;
- de prioriser les activités les plus importantes pour soi, tout en conservant un peu d’énergie pour des choses moins importantes mais qui font du bien, ou pour l’imprévu. Apprendre à déléguer, se faire aider ou accepter de renoncer à certaines activités peut s’avérer nécessaire ;
- de prendre son temps et d’adapter ses activités pour qu’elles consomment le moins d’énergie possible (s’asseoir pour se laver ou se brosser les dents, utiliser une canne pour soulager son poids, par exemple).
De plus, mieux vaut :
- avoir conscience que tout est activité (et donc mobilise de l’énergie) sauf le repos total et le sommeil. Apprendre le coût énergétique des différentes activités qui jusque-là semblaient « ne rien coûter » peut prendre du temps ;
- fractionner les activités complexes en tâches plus courtes et plus simples, encadrées par des phases régulières de repos planifiées ;
ne pas trop en faire dans les périodes où l’on se sent mieux. Il est important de consolider chaque étape vers le rétablissement et de s’assurer qu’aucune exacerbation post-effort ne se produit avant d’augmenter le temps de concentration ou l’effort nécessaire pour les activités ; - arrêter immédiatement toute activité dès l’apparition des premiers signes avant-coureurs d’ESPE (ce qui implique de savoir les reconnaître) ;
- accepter de renoncer momentanément à une activité (par exemple, la lecture), sans abandonner l’idée d’y revenir quand la récupération le permettra.
Si des épisodes de fatigue ou des ESPE surviennent en dépit de cette stratégie, ils ne doivent pas devenir une source de culpabilité pour la personne qui en souffre. Apprendre à gérer ses dépenses énergétiques n’est pas évident et le seuil de déclenchement de ces épisodes fluctue selon les jours et les situations. Si la survenue d’une ESPE est légitimement anxiogène, cette anxiété « coûte » de l’énergie et peut aggraver davantage la fatigue.
Certaines techniques de gestion du stress et de l’anxiété peuvent aider : suivi psychologique, relaxation, yoga, hypnose, tai chi, méditation, par exemple (lien).
Pour aller plus loin
- Fatigue et épuisement au cours des symptômes prolongés de la Covid-19, Haute Autorité de santé, janvier 2023
- Kinésithérapie - Réentrainement à l’effort au cours des symptômes prolongés de la Covid-19, Haute Autorité de santé, avril 2023
- Fatigue et malaise post-effort, Recommandations post-COVID pour médecins traitants: Symptômes. RAFAEL, Hôpitaux universitaires de Genève
- Malaises post-effort et autres symptômes, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Québec, juin 2023
- Fatigue et malaises post-effort, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Québec, juin 2022
- Interventions en réadaptation, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Québec, juillet 2022
- Les malaises et exacerbations des symptômes post-effort (MPE/ESPE), Association AprèsJ20, novembre 2022
- Les bases de la méthode du pacing. Association Millions Missing France, 2024
- Fatigue et COVID-19 - Ce que vous devez savoir, Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest, Québec, avril 2021
- Malaise post-effort et COVID-19 - Ce que vous devez savoir, Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest, Québec, avril 2021
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