Boire du café prévient-il les crises de goutte ?
02/06/2025 5 mins de lecture
Les personnes qui présentent des taux sanguins élevés d’acide urique courent le risque de souffrir d’une crise de goutte. Les conseils alimentaires de prévention reposent essentiellement sur la modération en termes de boissons alcoolisées et d’aliments d’origine animale. S’il est courant de recommander également de boire suffisamment d’eau chaque jour pour éliminer l’acide urique dans les urines, il arrive parfois qu’il soit conseillé d’augmenter sa consommation de café, avec ou sans caféine. En effet, plusieurs études épidémiologiques pointent vers une réduction du risque de goutte chez les personnes qui consomment du café, voire peut-être du thé, en particulier chez les hommes.
La goutte est l’inflammation d’articulations due à des dépôts de cristaux d’acide urique, une substance que notre corps produit lors de la dégradation des aliments, en particulier ceux d'origine animale. L’acide urique est habituellement éliminé par les reins. Mais lorsqu’il se trouve en trop grande quantité dans le sang, il se dépose dans une articulation et entraîne une inflammation : c'est la crise de goutte. Cette maladie est beaucoup plus fréquente chez les hommes.
Les effets du café sur les concentrations sanguines d’acide urique
Les effets de la consommation régulière de café sur les taux sanguins d’acide urique ne sont pas clairement établis. S’il est admis que, chez le rat, l’administration de caféine diminue ces taux, les études sont moins catégoriques chez l’homme. Malgré cette incertitude, des études anciennes suggèrent que la consommation régulière de café puisse être associée à une réduction du risque de souffrir de goutte.
En théorie, le café pourrait agir de plusieurs manières pour diminuer les taux sanguins d’acide urique :
- Par l’augmentation de la production d’urines par effet diurétique (l’acide urique est éliminé dans les urines),
- En perturbant la production de cet acide par la caféine (qui interfère avec l’enzyme qui le produit à partir des aliments),
- Voire par des effets encore mal compris de l’acide chlorogénique ou d’autres polyphénols, très présents dans le café.
Que disent les études les plus récentes ?
Une étude canadienne, publiée en 2007, a suivi, pendant 12 ans, la consommation de café (décaféiné ou pas), de thé et d’autres sources de caféine (chocolat noir, sodas, etc.) chez environ 46 000 hommes sans antécédent de goutte. Dans cette étude, la consommation régulière de café était associée à une diminution du risque de goutte (jusqu’à 40 % de risque en moins pour les hommes buvant plus de 6 tasses de café par jour), y compris lorsque celui-ci était décaféiné. La consommation de thé n’avait pas d’effet sur le risque de goutte, ni la consommation totale de caféine.
Une étude japonaise publiée en 2010 a suivi environ 12 000 hommes et femmes sans antécédent de goutte et a retrouvé un effet protecteur associé à la consommation de café, nettement plus marqué chez les hommes que chez les femmes.
Une analyse croisée (méta-analyse) de 9 études sur le sujet menées chez plus de 175 000 personnes au total, publiée en 2016, conclue que le café réduit significativement les taux sanguins d’acide urique, mais avec des différences entre les sexes : les femmes semblent avoir besoin de plus de café (4-6 tasses/jour) que les hommes (1-3 tasses/jour) pour observer cet effet réducteur. De plus, la consommation d'une tasse ou plus par jour était significativement associée à une réduction du risque de goutte.
Enfin, une étude britannique, publiée en 2023, a étudié les liens entre consommation de café et goutte chez environ 450 000 personnes sans antécédents de goutte et suivi pendant plus de 13 ans. Le risque de goutte était significativement réduit (environ 23 % de réduction) chez les personnes qui consommaient plus de 3 tasses de café par jour (ou plus de 6 tasses de thé). Comme dans l’étude canadienne de 2007, les effets étaient les mêmes que le café soit décaféiné ou pas. L’effet du café était plus marqué chez les personnes qui avaient des taux d’acide urique dans les valeurs normales. Celles qui avaient des taux élevés d’acide urique dès le début de l’étude ont semblé tirer moins de bénéfices en termes de prévention des crises de goutte.
L’ensemble des études semble donc indiquer un effet protecteur du café (et peut-être du thé) sans lien avec l’apport en caféine puisque le café décaféiné fait tout aussi bien que le café non décaféiné.
Attention, les sodas caféinés augmentent le risque de crise de goutte !
Il pourrait être tentant de penser que les colas ou autre sodas caféinés (« energy drinks ») ont un effet similaire à celui du café. Outre le fait que la caféine ne semble pas être à l’origine de l’effet protecteur du café, ces boissons peuvent augmenter le risque de goutte, en particulier lorsqu’elles contiennent du fructose (sirop de maïs, par exemple).
Dans l’étude canadienne mentionnée précédemment, l’augmentation de la consommation de boissons gazeuses sucrées a été associée, chez les 46 000 hommes étudiés, à une augmentation du risque de goutte. Par rapport à la consommation de boissons gazeuses sucrées moins d’une fois par mois, le risque de goutte pour 5 à 6 fois par semaine était augmenté de 30 % (de 15 % pour une consommation de 2 ou plus fois par semaine). D'autres sources alimentaires de fructose, tels que le jus de fruits ou les fruits riches en fructose (pommes et oranges), ont également été associés à un risque plus élevé de goutte.
Chez les femmes, cette augmentation du risque existe également mais de façon plus réduite.
Les autres conseils pour prévenir les crises de goutte
Outre la consommation de café et la réduction de celle de sodas, d’autres conseils nutritionnels permettent de réduire le risque de souffrir d’une crise de goutte :
- évitez les boissons alcoolisées, dont la bière, même lorsqu'elle est sans alcool ;
- buvez au moins 2 litres d'eau par jour pour éliminer l'acide urique. Une eau au pH basique (eau de Vichy, par exemple) est recommandée ;
- consommez avec modération les aliments susceptibles d’augmenter le taux d’acide urique : charcuterie, abats, sauces, poissons gras, fruits de mer, viandes et volailles, gibier et certains légumes comme les champignons, les épinards, le chou-fleur, les asperges, l’oseille ou les lentilles.
En conclusion, il semble probable que la consommation de café, nature ou décaféiné, soit associé à une réduction du risque de goutte. La consommation de thé pourrait également l’être mais les données scientifiques sont moins probantes. Cet effet protecteur semble être indépendant de l’apport de caféine et s’avère plus marqué chez les hommes que chez les femmes.
Inversement, la consommation de sodas et autres aliments contenant du fructose semble associée à un risque plus élevé de souffrir de goutte, en particulier chez les hommes.