Est-il vrai que les trotteurs pour bébés sont déconseillés ?

05/07/2023 4 mins de lecture

Interdits au Canada depuis 2004, les trotteurs pour bébés (ou youpalas) peuvent occasionner des accidents graves, en particulier lors de chute dans un escalier. Depuis plus de 20 ans, les scientifiques accumulent les données et sonnent l’alerte sur la dangerosité de ces dispositifs et sur leur impact négatif sur l’acquisition de la marche autonome.

Dans l’Union européenne, les trotteurs ne sont pas interdits mais sont vendus avec une série de mises en garde destinées aux parents.

 

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Crédit photo : 근형 김 sur pexels

Trotteur, youpala, baby trotter ou marchette (au Québec), ces termes désignent un dispositif à roulettes dans lequel un nourrisson est suspendu par une sorte de culotte et qui lui permet de se déplacer en bougeant ses pieds, avant qu’il ait acquis la capacité de marcher. La base de ces trotteurs est habituellement un cerceau large qui sert de « pare-chocs ».

Un trotteur peut-il s’avérer dangereux ?

En trotteur, un nourrisson peut prendre de la vitesse très rapidement, jusqu’à 1 m par seconde. Dépourvu de moyen de freiner, le trotteur peut facilement se cogner contre les murs et les meubles. Le choc risque de faire tomber un objet sur l’enfant. Mais il peut également faire céder une barrière de protection contre les chutes dans un escalier. Le trotteur peut aussi basculer vers l’arrière si l’enfant y place son poids ou s’il a un mouvement brusque de recul. Enfin, les roulettes du trotteur sont susceptibles de se coincer dans des obstacles au sol, par exemple des câbles ou des tapis.

Des accidents signalés depuis au moins 25 ans

En France, une étude du service pédiatrie de la faculté de médecine de Strasbourg publiée au début des années 2000 a montré que les trotteurs sont responsables de plus de 40 % des traumatismes crâniens recensés chez les enfants de moins de 12 mois, des accidents tous provoqués par une chute dans les escaliers. Une autre étude, menée à Toulouse de 2003 à 2005, a recensé 178 accidents de trotteur chez des nourrissons dont 72 % de traumatismes crâniens.

En 2004, la Commission de la sécurité des consommateurs (qui dépend de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, DGCCRF) a émis un avis préconisant une grande vigilance sur l'utilisation des trotteurs et conseillé de cesser de les utiliser dès que l'enfant acquiert de la vitesse ou dès qu'il marche.

Interdits au Canada depuis 2004

En 2003, une enquête canadienne a montré que, chaque année, environ 1 000 nourrissons subissaient un accident de trotteur (pour environ 500 000 trotteurs, soit un enfant sur 500).

Dans 85 % des cas, les blessures résultaient d'une chute de l'enfant dans un escalier. Plus de la moitié de ces accidents étaient des traumatismes crâniens, dont des traumatismes graves avec une fréquence deux fois plus élevée que lors de chute ordinaire dans l'escalier.

Des brûlures étaient également observées, les nourrissons en trotteur étant dans une position plus favorable pour saisir des casseroles ou des poêles sur des cuisinières ou des tables. À la suite de cette enquête, le Canada a interdit la vente et l’usage de trotteurs.

Quelles sont les règles dans l’Union européenne ?

Dans l’Union européenne, les trotteurs sont autorisés à condition qu’ils remplissent une norme dont l’objectif principal est d’empêcher le basculement et de réduire la capacité de l'enfant à atteindre des objets dangereux et à tomber dans des endroits instables, tels que des escaliers ou des bordures de trottoir (norme EN 1273:2005).

Des avertissements destinés aux parents sont également obligatoires, car « c'est à l'adulte qui supervise l'enfant qu'il incombe de veiller à ce que l'environnement de l'enfant dans le trotteur soit aussi sûr que possible. »

Néanmoins, chaque année, les services de la DGCCRF identifient toujours des trotteurs qui présentent des anomalies : étiquetage fantaisiste, marquages peu visibles (par exemple sous le siège), marquages non traduits en français, etc.

Pourquoi les trotteurs ne sont-ils pas interdits dans l’Union européenne ?

Les autorités européennes considèrent que ce n'est pas la sécurité du produit lui-même qui est en cause mais les capacités de l'enfant à accéder à des zones dangereuses pour lui. Pour l’Union européenne, interdire les trotteurs ne supprimerait pas le risque qu'un enfant puisse tomber dans les escaliers dès qu'il commencera à se déplacer, que ce soit en rampant, en marchant ou en roulant grâce à un trotteur. Dans cet esprit, la politique adoptée est celle d’assortir les trotteurs de conseils de vigilance destinés aux parents et de rappeler régulièrement les règles à respecter pour assurer une meilleure sécurité domestique, au-delà des seuls trotteurs. En France, les trotteurs sont interdits dans les crèches ou chez les assistantes maternelles.

Quel est l’impact des trotteurs sur l’acquisition de la marche par l’enfant ?

De nombreux psychomotriciens mettent en garde contre les effets négatifs des trotteurs sur l’acquisition de la marche. Selon ces professionnels, l’enfant, en suspension, n’a pas son corps en appui sur ses jambes. Il penche son corps vers l’avant et se sert uniquement de ses pointes de pied pour aller le plus vite possible. Ainsi, il n’acquiert ni le sens de l’équilibre, ni la coordination motrice, en particulier l’usage de ses bras comme balancier. Ces particularités de la position en trotteur peuvent se traduire, à terme, par des déformations au niveau des jambes, des pieds et des hanches. De plus, l’enfant aura du mal à acquérir un autre schéma de marche.

Dans la norme européenne, il est précisé que : « Les trotteurs ne sont pas des dispositifs d'apprentissage de la marche, et leur utilisation prolongée peut interférer avec le développement naturel des capacités de marche d'un enfant. C'est pourquoi la norme exige également que les trotteurs portent des instructions qui attirent l'attention des adultes sur le fait que le produit n'est pas destiné aux enfants dépassant un certain poids ou à ceux qui sont encore trop jeunes pour se tenir assis sans aide. »

En conclusion, l’usage d’un trotteur n’est pas formellement déconseillé par les autorités sanitaires européennes. Néanmoins, cet usage exige, de la part des parents, une vigilance de tous les instants, en particulier pour garder le nourrisson éloigné des escaliers, marches, meubles et ustensiles de cuisine brûlants. De plus, mieux vaut veiller à ce que cet usage reste occasionnel afin de ne pas perturber l’acquisition de la marche autonome.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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