La gelée royale booste-t-elle l’organisme ?
24/07/2024 5 mins de lecture
Substance destinée à favoriser la transformation d’une larve d’abeille en reine, la gelée royale est traditionnellement vantée pour ses effets stimulants, en particulier sur l’immunité. Ses adeptes recommandent des cures régulières, en particulier aux entre-saisons. Pourtant les données scientifiques disponibles sont relativement pauvres, au-delà de ses apports nutritionnels qui, eux, sont avérés. De plus, des questions demeurent sur sa sécurité chez les personnes qui souffrent de cancer ou qui présentent un risque aggravé pour cette maladie.
Que contient la gelée royale ?
La gelée royale contient 13 % de protéines, 11 % de sucres similaires à ceux du miel, 5 % de matières grasses et 70 % d’eau. Elle est riche en vitamines du groupe B (B5 en particulier mais aussi B3, B8, B9), en sels minéraux (magnésium, soufre, cuivre, phosphore, fer, etc.), en acides aminés essentiels (ceux que nous ne savons pas fabriquer) et en oligoéléments (sélénium, manganèse, zinc, chrome, etc.).
La gelée royale contient un acide gras particulier appelé acide (E)-10-hydroxy-2-décénoïque ou 10HDA en grande quantité (2 à 5 % du poids de la gelée). Chez les mammifères, le 10HDA se lie aux récepteurs cellulaires sensibles aux œstrogènes, il a donc une activité hormonale proche de ces hormones sexuelles féminines. La gelée royale contient également une protéine appelée « royalactine » qui stimule la prolifération des cellules.
Quels sont les bénéfices supposés de la gelée royale pour la santé ?
Du fait de sa composition, la gelée royale est avant tout une source de nutriments indispensables (vitamines, oligo-éléments, acides aminés essentiels) qui peut contribuer à une alimentation équilibrée. Mais au-delà de ses vertus nutritionnelles, certains lui attribuent des vertus médicinales, en particulier autour des problèmes féminins (du fait de sa concentration en 10HDA) : syndrome prémenstruel, règles douloureuses et ménopause.
Elle a également été étudiée pour diminuer le risque de cancer du sein, soulager le diabète de type 1, voire pour participer à un traitement anticancéreux (amélioration du traitement, lutte contre la fatigue provoquée par celui-ci).
Que disent les études scientifiques sur la gelée royale ?
De nombreuses petites études cliniques contrôlées (usage d’un placebo et répartition homogène des participants entre les groupes) ont été menées avec la gelée royale, en particulier en Iran qui semble être le centre de la recherche sur cette substance.
Ces études sont trop petites et de trop courte durée pour être vraiment fiables. Elles suggèrent néanmoins :
- un effet positif sur les symptômes de la ménopause (1 gramme par jour pendant 8 semaines) ;
- une diminution des taux sanguins d’œstrogènes et une augmentation de ceux de progestérone, ce qui pourrait contribuer à réduire le risque de cancer du sein ;
- un effet positif sur la fatigue induite par les traitements contre le cancer (1 g/jour avec du miel, pendant 2 à 4 semaines) ;
- une absence d’effet sur le diabète de type 1 ;
- une amélioration de l’activité des thérapies ciblées contre le cancer du rein (900 mg, 4 fois par jour pendant 3 mois) ;
- une diminution des marqueurs de l’inflammation dans le sang.
Actuellement, en Iran, une étude clinique contrôlée est menée chez des personnes ayant eu un accident vasculaire cérébral ischémique (un vaisseau sanguin bouché dans une région du cerveau).
Chez des souris traitées pour développer une maladie proche de la maladie d’Alzheimer, la gelée royale a exercé un effet protecteur sur les neurones mais à des doses difficiles à reproduire chez les humains (3 % du poids de la nourriture ingérée, soit autour de 50 g de gelée royale par jour pour un être humain…).
Concernant l’immunité, la gelée royale semble partiellement inhiber la réaction immunitaire innée (celle, qui agit en première ligne), mais pourrait avoir un intérêt pour rétablir l’immunité des personnes âgées. Une forme modifiée de gelée royale (soumise à l’action d’enzymes qui digèrent les protéines) semble, elle, stimuler l’immunité de nos muqueuses (bouche, gorge, intestins, vagin, etc.).
Enfin, aucune étude clinique n’a évalué les effets de la gelée royale comme tonique général (pour booster notre énergie). Une étude menée contre placebo sur 6 mois (61 personnes, 3 g de gelée royale par jour) a montré que cette supplémentation augmentait significativement le nombre de cellules capables de produire des globules rouges, ce qui pourrait se traduire par une meilleure résistance à l’effort.
Que pensent les autorités de santé de la gelée royale ?
Les études citées précédemment souffrent de leur petite taille et de leur mauvaise qualité méthodologique. En conséquence, après examen des données scientifiques, les autorités de santé européennes (Agence européenne de sécurité de l’alimentation et Commission européenne) ont estimé que les produits contenant de la gelée royale ne peuvent pas prétendre (entre autres) :
- augmenter la résistance du corps aux infections ou au stress, ni soutenir le système immunitaire ;
- améliorer l’appétit ou le tonus, ni combattre la fatigue et le surmenage ;
- soulager les douleurs inflammatoires des articulations et des muscles ;
- soulager les désagréments de la ménopause ;
- stimuler la circulation du sang, améliorer la santé du cœur ni diminuer les taux sanguins de cholestérol ou de triglycérides.
Ces revendications d’effet sont désormais interdites pour les produits contenant de la gelée royale.
La gelée royale peut-elle être dangereuse ?
Les personnes allergiques au miel, au pollen, aux piqûres d’abeille ou aux fleurs de la famille des marguerites et des pissenlits doivent utiliser la gelée royale avec prudence. Dans ce cas, il est préférable de commencer une cure avec des doses réduites afin de repérer rapidement des signes d'allergie : eczéma, nez qui coule, yeux qui piquent, démangeaisons, urticaire ou crise d’asthme.
De plus, la présence de royalactine, qui stimule la prolifération des cellules, pourrait théoriquement être dangereuse pour les personnes qui ont des antécédents personnels ou familiaux de cancer. Enfin, en lien avec la présence de 10HDA, certains fournisseurs de gelée royale déconseillent fortement sa consommation aux personnes qui souffrent de cancers, en particulier ceux dits hormonodépendants (sein, utérus, ovaire, prostate).
En conclusion, les données scientifiques disponibles sur la gelée royale sont intéressantes mais insuffisantes pour se prononcer sur ses bénéfices en termes de santé. Rien n’indique qu’elle ait un effet de boost général sur l’organisme. Seul son intérêt nutritionnel est confirmé, du fait de sa richesse en nutriments indispensables. Des études supplémentaires seront nécessaires pour confirmer les bénéfices suggérés, en particulier autour de la ménopause et des troubles gynécologiques. Par précaution, chez les personnes souffrant de cancer, sa consommation est à éviter.