La testostérone, un produit miracle contre les symptômes de la ménopause ?
14/04/2026 3 mins de lecture
Sur les réseaux sociaux, la testostérone est présentée comme un élixir capable de restaurer énergie, libido ou vitalité chez les femmes ménopausées. Pourtant, si cette hormone joue un rôle dans l’équilibre féminin, son utilisation n’est pas sans risque.
Une histoire d’hormones
La ménopause correspond à l’arrêt définitif des règles après douze mois consécutifs sans menstruation. Elle survient en moyenne autour de 50 ans. À cette période, les ovaires cessent progressivement de fonctionner et produisent beaucoup moins d’œstrogènes et de progestérone. Cette baisse hormonale explique les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, les troubles du sommeil ou la sécheresse vaginale, des symptômes qui peuvent altérer la qualité de vie. La testostérone, souvent considérée comme une hormone masculine, est également fabriquée par l’organisme féminin, environ pour moitié par les ovaires et pour moitié par les glandes surrénales. Elle participe notamment à la fonction sexuelle et à certains mécanismes cérébraux liés à la motivation. Contrairement à une idée répandue, son taux ne chute pas brutalement à la ménopause.
Une étude publiée en 2025 dans la revue eBioMedicine, montre que la testostérone diminue progressivement avec l’âge et ne disparait pas soudainement à la ménopause. Autrement dit, la diminution de la testostérone ne constitue pas l’explication centrale des symptômes de la ménopause, contrairement à ce que laissent entendre certains discours.
La testostérone peut-elle améliorer les symptômes de la ménopause ?
Dans le Global Consensus Position Statement on the Use of Testosterone Therapy for Women, publié en 2019 dans Menopause, des experts internationaux concluent qu’aucune preuve solide ne montre un effet de la testostérone sur les bouffées de chaleur, la fatigue, la mémoire, la silhouette ou le « rajeunissement ».
Il n’existe aucun argument étayé permettant d'affirmer que la testostérone améliore l'humeur ou les capacités cognitives chez les femmes. Les données les plus récentes concernent les femmes en situation d’infertilité due à une baisse de la réserve ovarienne, et elles confirment l’absence d’amélioration de leur qualité de vie .
Le seul bénéfice démontré du traitement par testostérone chez la femme concerne le trouble du désir sexuel hypoactif, c’est-à-dire une diminution persistante du désir sexuel associée à une souffrance personnelle ou relationnelle. Cette conclusion s’appuie notamment sur un essai publié en 2008 dans le New England Journal of Medicine menée sur 814 femmes ménopausées. Un patch délivrant 300 microgrammes de testostérone par jour a entraîné, en moyenne, un rapport sexuel satisfaisant supplémentaire par mois par rapport au placebo.
Toutes les études en faveur d’un potentiel bénéfice, en dehors de la prise en charge du trouble du désir hypoactif, présentent des limitations méthodologiques : elles sont rétrospectives (elles analysent des données passées plutôt que de suivre des patientes de façon prospective), de courte durée, et non contrôlées — c'est-à-dire qu'elles ne comparent pas le traitement à un placebo. Leur valeur scientifique est donc faible.
Pourquoi l’automédication est-elle risquée ?
La British Menopause Society rappelle que la testostérone ne doit être envisagée qu’en cas de trouble du désir sexuel hypoactif clairement diagnostiqué, après un bilan clinique complet, et qu’elle doit être prescrite à faible dose avec un suivi régulier. À ce jour, les formulations disponibles, sur Internet ou ailleurs sont principalement conçues pour les hommes. Sans adaptation précise des doses ni contrôle médical, le risque de surdosage expose les femmes à des effets indésirables tels que de l’acné, une augmentation de la pilosité, la chute de cheveux ou la modification parfois irréversible de la voix. Par ailleurs, les essais cliniques ayant le plus souvent duré moins de deux ans, les données à long terme restent insuffisantes, notamment concernant les risques cardiovasculaires et mammaires. Ainsi à l’heure actuelle, il n’existe pas d’autorisation de mise sur le marché de médicaments à base de testostérone conçus pour les femmes et commercialisés en France.
En conclusion, la testostérone ne constitue ni un traitement global de la ménopause ni une solution miracle validée par la recherche scientifique mais expose en cas de prescription inadaptée, les femmes à des risques réels.
Cet article a bénéficié de l’expertise et de la relecture du Pr. Florence Trémollieres, directrice du Centre de ménopause au CHU de Toulouse.