La vitamine D est-elle utile pour prévenir le cancer et les maladies cardiovasculaires ?

03/05/2022 5 mins de lecture

Depuis des années, la supplémentation en vitamine D fait régulièrement la Une des médias dans le contexte de la prévention d'une grande variété de maladies : cancers, maladies cardiovasculaires, infections respiratoires, sclérose en plaques et autres maladies auto-immunes, etc. Si la supplémentation en vitamine D est recommandée par les autorités sanitaires chez les personnes âgées de plus de 60 ans, elle n’est pas recommandée chez les adultes, hors carence identifiée à l’aide d’une prise de sang.

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Crédit photo : Leohoho - Unsplash

Dans le contexte de la prévention du cancer ou des maladies cardiovasculaires, au moins trois grandes études contrôlées portant sur des dizaines de milliers de personnes âgées de plus de 60 ans, supplémentées en vitamine D pendant 5 ans, n’ont montré aucun effet bénéfique de cette supplémentation.

La vitamine D regroupe plusieurs substances dont les deux plus courantes sont la vitamine D2 ou ergocalciférol, produite par les végétaux, et la vitamine D3 ou cholécalciférol, d’origine animale et produite par la peau sous l’action des rayons ultraviolets B. La vitamine D est essentielle au métabolisme du calcium et du phosphore. Elle augmente leur absorption dans l’intestin et diminue leur élimination dans l’urine, favorisant ainsi la minéralisation des os et des dents. La vitamine D se trouve dans les poissons gras comme, par exemple, le maquereau, la sardine ou le hareng, le foie de poisson et les huiles qui en sont extraites, ainsi que dans les jaunes d’œuf si les poules ont été nourries avec des aliments riches en vitamine D.

Les Français, plutôt carencés en vitamine D

Dans les pays industrialisés, une déficience en vitamine D s’observe surtout chez les personnes souffrant de maladies chroniques de l’intestin, de cirrhose du foie et d’alcoolisme, ainsi que chez celles qui sont insuffisamment exposées à la lumière du soleil et celles qui ont une peau foncée. Les personnes âgées sont particulièrement concernées car la capacité de l’organisme à absorber ou à synthétiser la vitamine D sous l'effet du soleil diminue avec l’âge.

Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), les apports journaliers de vitamine D devraient être de 15 microgrammes (600 UI) par jour pour un adulte. En 2017, l'étude INCA 3 a montré que, chez les Français âgés de 18 à 79 ans, l'apport moyen quotidien se situe plutôt autour de 3,1 microgrammes (124 UI) par jour.

Selon les études épidémiologiques, on estime que, en termes de taux sanguins de vitamine D, 40 à 50 % de la population française se situe au-dessous de 20 ng/mL et 80 % au-dessous de 30 ng/mL (voir ci-dessous).

Une supplémentation recommandée chez les personnes âgées

Chez les personnes à risque de carence, il est intéressant de faire une prise de sang pour mesurer le taux de vitamine D.

  • - dans la population générale, une concentration sanguine de vitamine D supérieure à 20 ng/mL (50 nmol/L) est considérée comme suffisante ;
  • - dans la population à risque d'ostéoporose liée à l'âge, une maladie ou un traitement chronique, ce taux sanguin de référence devrait, selon les recommandations du GRIO (Groupe de recherche et d'information sur les ostéoporoses), être supérieur à 30 ng/mL (75 nmol/L).

Si le taux sanguin de vitamine D est inférieur à ces valeurs, le médecin prescrit une supplémentation en vitamine D pour le ramener à des valeurs normales. Lorsque cet objectif est atteint, un traitement d’entretien est prescrit pour le maintenir tout au long de la vie. Cette supplémentation peut prendre la forme d’un traitement quotidien oral (à prendre pendant le repas) ou d’injections mensuelles ou trimestrielles (la vitamine D s’accumule dans la graisse du corps et est relâchée progressivement).

Récemment, il a été établi que l’alimentation, même équilibrée, et la lumière du soleil ne sont pas assez efficaces pour apporter suffisamment de vitamine D chez les personnes âgées de plus de 60 ans. Pour cette raison, les autorités sanitaires recommandent désormais la prescription de suppléments de vitamine D (entre 800 et 1000 UI par jour) chez ces personnes.

Quelle efficacité pour la vitamine D dans la prévention des maladies cardiovasculaires ou du cancer ?

Depuis une quinzaine d’années, la supplémentation en vitamine D est évaluée comme moyen potentiel de prévention des maladies cardiovasculaires ou des cancers. Cette hypothèse provient d'études qui ont constaté que les personnes qui souffrent de ces maladies ont des taux sanguins de vitamine D faibles ou, à l'inverse, que les personnes qui prennent des suppléments de vitamine D semblent partiellement protégées contre ces maladies.

Mais pour objectivement évaluer l’intérêt de la vitamine D dans la prévention des cancers ou des maladies cardiovasculaires, il a fallu faire des études contrôlées, c’est-à-dire comparant un groupe de personnes prenant de la vitamine D à un groupe de personnes similaires prenant un placebo, pendant plusieurs années.

L’espoir d'un rôle positif de la vitamine D dans la prévention des cancers et des maladies cardiorespiratoires a été contredit en 2019 par la publication des résultats de VITAL, une grande étude contrôlée menée sur 25 000 personnes âgées de plus de 50 ans (hommes) ou 55 ans (femmes), pendant une durée médiane de 5,3 ans (avec administration de 2000 UI de vitamine D par jour). Cette étude n'a montré aucun effet protecteur de la supplémentation en vitamine D sur le risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire. De plus, en 2019, une analyse croisée des études contrôlées sur la vitamine D pour la prévention des cancers, incluant VITAL, a observé une réduction minime de la mortalité due à cette maladie mais aucune réduction du risque de développer un cancer.

Plus récemment, en 2022, les résultats de deux grandes études menées en Australie et en Finlande ont été publiés. Dans la première, menée sur 21 000 personnes de plus de 60 ans dont la moitié ont reçu 60 000 UI de vitamine D par mois pendant 5 ans, l’administration de cette vitamine n’a eu aucun effet sur le nombre de décès, que ceux-ci soient dus aux cancers, aux maladies cardiovasculaires ou à d’autres maladies.

Dans la seconde, menée sur 2 500 personnes âgées de 60 ans et plus (hommes) ou 65 ans et plus (femmes), un tiers des participants ont reçu 1 600 UI de vitamine D par jour, un tiers 3 200 UI par jour et un tiers un placebo, pendant 5 ans. De nouveau, aucune différence n’a été observée entre ces groupes, que ce soit en nombre de cancers ou de cas de maladies cardiovasculaires.

En conclusion, il semble désormais confirmé que la supplémentation en vitamine D des personnes âgées de plus de 60 ans n’apporte aucun bénéfice en termes de prévention des cancers ou des maladies cardiovasculaires. Néanmoins, l’administration de vitamine D fait toujours partie des traitements préventifs de l’ostéoporose, en particulier chez les femmes ménopausées habitant des régions peu ensoleillées.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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