L’aluminium est-il toxique pour le cerveau ?
12/01/2026 7 mins de lecture
Des cas d’intoxication à l’aluminium ont été observés chez des personnes accidentellement exposées à des doses élevées d’aluminium : professionnels des usines de production de ce métal, personnes insuffisantes rénales dialysées, par exemple. Cette intoxication se traduit par une atteinte du cerveau ou des os.
Hors de ces cas particuliers, aucun cas d’intoxication par l’aluminium n’a été observé et les soupçons relatifs au rôle de ce métal dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer ou du cancer du sein n’ont jamais été confirmés.
Il existe une controverse sur l’usage de dérivés de l’aluminium dans certains vaccins. Celle-ci n’est pas liée à la quantité d’aluminium administrée mais aux interactions de ces dérivés avec le système immunitaire.
Crédit photo : BRRT / Pixabay
Comment sommes-nous exposés à l’aluminium ?
À l’exception des personnes qui travaillent l’aluminium dans leur vie professionnelle (industrie productrice de ce métal), notre exposition est essentiellement alimentaire (aliments, boissons, ustensiles culinaires en aluminium), cosmétique (en particulier les déodorants mais pas uniquement) et thérapeutique (certains médicaments) (1).
En ce qui concerne l’alimentation, l’aluminium est faiblement absorbé par l’intestin : entre 0,1 et 1 % de l’aluminium ingéré passe dans le corps. Le reste est rejeté dans les selles (2).
Quelles sont les sources principales de l’exposition à l’aluminium ?
Les sources alimentaires d’aluminium sont les céréales et les produits céréaliers (pâtes, biscuits, pain, etc.), les légumes (sauf les pommes de terre), le thé et le cacao (5 mg dans 100 grammes de chocolat !), le lait, par exemple. L’eau (du robinet ou minérale) et les sodas en cannette ne sont qu’une source minime d’aluminium (moins de 5 % des apports pour l’eau selon les régions ; 0,4 % pour les sodas) (3).
Certains additifs alimentaires contiennent également des sels d’aluminium. Enfin, les ustensiles de cuisine en aluminium peuvent augmenter la concentration de ce métal dans les aliments qu’ils contiennent, en particulier lorsque ceux-ci sont acides et conservés longuement dans ces récipients.
Le rôle des cosmétiques dans notre exposition à l’aluminium est mal connu car nous disposons de peu de données sur l’absorption de ce métal à travers la peau.
Enfin, une autre source importante d’aluminium se trouve dans certains médicaments contre les brûlures d’estomac : les antiacides et les pansements gastriques (3).
Quelle est la toxicité d’une exposition excessive à l’aluminium ?
Les seuls cas de toxicité clinique avérée de l’aluminium ont été observés dans des populations particulières : professionnels de l’industrie de ce métal, insuffisants rénaux dialysés (lorsque l’eau de ville locale étaient riche en aluminium et les appareils de dialyse défectueux) et nourrissons prématurés (lorsque les aliments administrés en intraveineuse étaient trop riches en aluminium). Hors de ces cas particuliers, aucune intoxication par l’aluminium n’a été documentée (3).
Lorsqu’il est absorbé en excès, l’aluminium est toxique pour les cellules du cerveau et peut provoquer des encéphalopathies (des maladies du cerveau), ainsi que des troubles du psychisme ou du mouvement.
Son rôle dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer, autrefois suspecté, n’a jamais pu être confirmé, même si les taux d’aluminium dans le cerveau des personnes victimes de cette maladie sont plus élevés que la moyenne (comme le sont les taux de certains autres métaux) (3). L’excès d’aluminium est également toxique pour les os, qu’il fragilise.
Chez les personnes qui travaillent dans la production l’aluminium, certains processus de fabrication (en particulier, la fumée de brai, un dérivé de la houille) sont suspectés de favoriser l’apparition de cancers du poumon et de la vessie.
Néanmoins, l’aluminium lui-même n’est pas classé dans les substances cancérigènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, 3).
Enfin, les soupçons d’une toxicité de l’aluminium des déodorants dans l’apparition de cancers du sein ont été démentis par plusieurs études (3).
Quelles sont les limites recommandées d’exposition à l’aluminium ?
Aujourd’hui, la « dose hebdomadaire tolérable provisoire (DHTP) » de l’aluminium est de 2 mg par kilo de poids corporel et par semaine (donc, par exemple, 120 mg/semaine pour une femme de 60 kg) (1). Cette dose, définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), a remplacé en 2011 celle précédemment donnée par l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui était de 1 mg/kg de poids corporel par semaine (1).
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), l’exposition moyenne à l’aluminium en France est d’environ 0,28 mg/kg/semaine pour les adultes et de 0,42 mg/kg/semaine pour les enfants entre 3 et 17 ans (du fait de la plus grande consommation de lait et de chocolat), donc en deçà des limites recommandées (4). On estime que, en France, seulement 0,2 % des adultes et 1,6 % des enfants dépassent la limite d’exposition recommandée.
Comment réduire son exposition à l’aluminium ?
Pour respecter la dose hebdomadaire tolérable et contrôler son exposition à l’aluminium, certains gestes simples peuvent être mis en pratique (5) :
- évitez les ustensiles de cuisine en aluminium, en particulier pour stocker les aliments et particulièrement les aliments acides ;
- vérifiez la DLUO (date limite d’utilisation optimale) des boissons en canettes pour éviter de consommer celles dont le contenu est resté longtemps en contact avec l’aluminium ;
- pour les boissons acides, par exemple les colas et les jus d’agrumes, préférez les bouteilles en verre ;
- pour cuisiner en papillote, préférez le papier sulfurisé (papier cuisson) aux feuilles d’aluminium ménager ;
- si vous devez régulièrement prendre des médicaments contre les brûlures d’estomac et les reflux gastro-œsophagiens, consultez votre médecin traitant pour recevoir un médicament qui réduit la production d’acides gastriques.
À quoi servent les sels d’aluminium dans les vaccins ?
Depuis les années 1920, dans certains vaccins injectables, de petites doses d’oxyhydroxyde d’aluminium (au maximum 0,82 mg d’aluminium par injection) sont utilisées comme adjuvant, c’est-à-dire pour amplifier la réaction immunitaire après la vaccination.
Les doutes qui existent sur la toxicité de cet adjuvant ne sont pas liés à la quantité d’aluminium présente : celle-ci est minimale et n’est administrée que très occasionnellement. Elle est sans commune mesure avec la quantité d’aluminium à laquelle nous sommes exposés tous les jours à travers notre alimentation.
Ces doutes sont liés à l’effet de doses infimes d’oxyhydroxyde d’aluminium lorsqu’elles sont associées à des antigènes (les protéines présentes dans les vaccins et qui sont à l’origine de l’immunisation). L’étude française qui a semé la suspicion en 2017 (6) a observé un effet négatif sur l’activité motrice et l’anxiété des souris d’une dose d’oxyhydroxyde d’aluminium injectée de 0,2 mg/kg de poids corporel, en association avec des extraits bactériens. Mais ces effets n’ont pas été observés aux doses plus élevées de 0,4 ou 0,8 mg/kg de poids corporel (sans extraits bactériens), ce qui exclut la possibilité d’un effet lié à une toxicité quantitative (c’est-à-dire due à la quantité d’aluminium administré). Il est à noter que les travaux qui incriminent l’aluminium dans les vaccins proviennent essentiellement de cette équipe française et que leurs travaux n’ont pas été reproduits par d’autres équipes.
Les sels d’aluminium présents dans les vaccins ont également été mis en cause dans une maladie spécifique, la myofasciite à macrophages (7,8). Décrite dans les années 1990, cette maladie se caractérise par une lésion observée au point d’injection d’un vaccin administré auparavant. Dans cette lésion, des cristaux d’oxyhydroxyde d’aluminium se trouvent dans des globules blancs, les macrophages, immobilisés localement par ces cristaux (de la même manière que les pigments d’un tatouage immobilisent les macrophages qui tentent de les éliminer).
Parfois, d’autres symptômes sont associés à cette lésion : fatigue chronique, douleurs articulaires et musculaires, voire troubles partiels de la mémoire. Une étude épidémiologique menée par l’Afssaps (précurseur de l’ANSM, Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé) en 2002 (8) n’a pas permis de conclure à une association entre la lésion observée au point d’injection et l’existence des symptômes cités ci-dessus, ce qui a amené le comité scientifique de l’Afssaps à conclure en mai 2004 qu’« aucun syndrome clinique spécifique n’est retrouvé associé à la vaccination avec des vaccins contenant un adjuvant aluminique. »
En 2013, dans son rapport « Aluminium et Vaccins » (8), le Haut Conseil de la Santé Publique a réaffirmé la nécessité de la vaccination dans la lutte contre les maladies infectieuses potentiellement graves et a invité la communauté scientifique à continuer ses recherches sur les adjuvants à base d’aluminium.
Pour rappel, la polémique de 1998 sur les liens entre vaccination et autisme a concerné le vaccin Rougeole-Oreillons-Rubéole, qui ne contient pas d’oxyhydroxyde d’aluminium. L’étude en question s’est révélé être une fraude scientifique (9). Pour rappel également, les vaccins contre la Covid-19 ne contiennent pas de sels d’aluminium.
En conclusion, si la toxicité de l’aluminium est réelle, elle ne concerne que certaines personnes particulièrement exposées. Pour les autres, les liens entre aluminium et maladie d’Alzheimer ou entre déodorants contenant des sels d’aluminium et cancer du sein n’ont jamais été démontrés, voire contredits dans le cas du cancer du sein. Néanmoins, l’existence d’une dose hebdomadaire tolérable invite à prendre des mesures pour contrôler la quantité d’aluminium que nous ingérons.
Enfin, la présence d’oxyhydroxyde d’aluminium dans certains vaccins ne doit pas être la justification d’un refus de ces vaccins et d’une exposition au risque d’une maladie grave, voire mortelle.