Le baby blues est-il toujours normal chez une jeune mère ?

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Santé.fr Décryptage

13/06/2023 5 mins de lecture

Il est important de distinguer le baby blues, qui touche de nombreuses mères et disparaît rapidement, de la dépression post-partum, trouble psychique sévère et durable qui peut avoir des conséquences défavorables sur le développement de l’enfant. Le premier apparaît dans la semaine qui suit la naissance, la seconde à partir du 2e mois.

Reconnaître et communiquer sur ses émotions négatives après la naissance d’un enfant s’avère souvent difficile, mais cela est indispensable pour protéger la santé mentale du nourrisson et de la personne qu’il ou elle deviendra plus tard.

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Crédits: Photo de kids flashcard

Le baby blues, une mauvaise semaine à passer

Cinquante à 80 % des femmes développent, entre le 2e et le 5e jour après l’accouchement, un mal-être passager, le baby blues. Dû essentiellement aux changements hormonaux brutaux qui suivent l’accouchement, ce trouble se traduit par de l’irritabilité, des sautes d’humeur, voire de l’anxiété. Les mères dont c’est le premier enfant ne sont pas plus touchées que celles qui en ont déjà un ou plusieurs. Il disparaît spontanément en une semaine tout au plus (parfois, il ne dure que quelques heures). Il ne nécessite pas de traitement particulier, juste du repos et du soutien de la part du conjoint et de l’entourage.

La dépression post-partum, d’apparition plus tardive

La dépression post-partum (DPP) est beaucoup plus préoccupante que le baby blues. Il s’agit d’une dépression somme toute classique mais qui prend des formes légèrement différentes du fait qu’elle survient quelques semaines après la naissance d’un enfant.

La DPP survient généralement 2 ou 3 mois après l’accouchement (donc beaucoup plus tardivement que le baby blues), mais elle peut se développer plus tard au cours de la première année après la naissance. Elle touche entre 10 à 20 % des mères mais concerne également les conjoints ou conjointes, dans les mêmes proportions !

Les symptômes de la DPP sont similaires à ceux de la dépression tout court : tristesse, démotivation, fatigue, troubles du sommeil (trop ou trop peu) et de l’appétit, irritabilité, perte d’intérêt pour les choses que l’on appréciait, tendance à l’isolement, sentiment que rien ne s’améliorera jamais, etc.

À ces symptômes habituels s’ajoutent des symptômes en lien avec la maternité : absence d’intérêt pour le nourrisson, réduction des échanges visuels et vocaux avec lui (dont les sourires), sentiment de dévalorisation (« mauvaise mère »), culpabilité, anxiété intense pour la santé de l’enfant, par exemple. Ces symptômes généraux et particuliers sont souvent plus intenses le soir.

Les facteurs de risque de développer une dépression post-partum

Certains facteurs de risque augmentent le risque de développer une dépression post-partum :

  • l’absence de soutien du conjoint pendant la grossesse et après l’accouchement et, plus globalement, l’insatisfaction conjugale pendant ces périodes ;
  • l’absence de soutien de l’entourage (les mamans solos isolées sont particulièrement à risque, en particulier celles qui sont économiquement précaires) ;
  • des antécédents dépressifs, en particulier pendant la grossesse ;
  • un événement stressant survenu pendant la grossesse ou après l’accouchement (décès d’un proche, licenciement, etc.) ;
  • une vulnérabilité vis-à-vis de l’image sociale de la maternité idéale, qui se heurte à une réalité plus prosaïque ;
  • un nourrisson qui présente des comportements atypiques (peu tonique, peu responsif, peu vigilant).

Par ailleurs, des dérèglements hormonaux sont souvent identifiés chez les mères qui souffrent de dépression post-partum (hypothyroïdie, taux sanguin de progestérone élevé, taux sanguin de prolactine anormalement bas), sans qu’on sache s’ils contribuent à la DPP ou s’ils en sont une conséquence.

Comme le baby blues, le risque de dépression post-partum n’est pas plus élevé chez les mères qui viennent d’accoucher de leur premier enfant. Il est possible d’en souffrir après une ou plusieurs maternités vécues sans problèmes.

De l’importance de ne pas ignorer une dépression post-partum

Parce que certains symptômes peuvent être faussement attribués à la vie avec un jeune bébé (en particulier la fatigue, les troubles du sommeil ou l’anxiété), et parce que reconnaître que l’on est triste et indifférente après une naissance est difficile, la dépression post-partum est relativement souvent passée sous silence par la mère qui en souffre.

Une DPP qui n’est pas prise en charge médicalement représente un danger pour la mère comme pour l’enfant. En effet, les femmes qui ont souffert de dépression post-partum ont un risque plus élevé de développer un nouvel épisode de dépression dans les 5 années qui suivent. Pour les enfants, la détérioration de la relation mère/enfant en lien avec une DPP peut entraîner des troubles du développement social, émotionnel et cognitif. Des études ont montré que les nourrissons dont la mère traverse un épisode de dépression post-partum présentent davantage de troubles alimentaires et du sommeil, ainsi que des pleurs excessivement fréquents. Plus tard, ils semblent plus vulnérables à la dépression infantile.

Que faire si vous craignez de souffrir de dépression post-partum ?

Si la tristesse et la culpabilité s’immiscent dans votre quotidien de maman ou de papa d’un nourrisson, il est essentiel de faire le point avec un professionnel de santé pour dépister une éventuelle dépression post-partum. Pour débuter, le site « Nos 1000 premiers jours » propose 10 questions en ligne pour faire rapidement le point sur votre bien-être émotionnel (questionnaire EPDS, voir Sources). Si vos réponses suggèrent un mal-être, il vous sera proposé de prendre un rendez-vous (téléphonique ou par SMS) avec une infirmière spécialisée en périnatalité (la période autour de l’accouchement).

Vous pouvez également en parler avec votre médecin traitant ou celui qui suit votre nourrisson. Depuis le 1er juillet 2022, pour mieux accompagner les jeunes mères dans les semaines qui suivent la naissance, un entretien postnatal précoce leur est proposé systématiquement. Il peut être réalisé par une sage-femme ou un médecin entre la 4e et 8e semaine après l'accouchement. L’objectif de cet entretien est :

  • de repérer les premiers signes de la DPP ;
  • d’identifier d’éventuels facteurs de risques qui exposent les parents à cette dépression ;
  • d'évaluer les éventuels besoins de la femme ou du couple en termes d'accompagnement.

Le professionnel de santé peut proposer un deuxième entretien entre la 10e et la 14e semaine qui suivent l'accouchement, afin de continuer l’accompagnement s’il le juge nécessaire ou à la demande du ou des parents. Cet entretien est pris en charge aux taux habituels (70 % par l’Assurance maladie obligatoire).

Pour vous comme pour votre enfant, il est important de ne pas rester isolé ou isolée. La dépression post-partum n’est pas honteuse et, parce qu’elle touche jusqu’à 2 parents sur 10, les professionnels ont l’habitude de prendre en charge cette condition sans jugement.

 

Auteur : Santé.fr Décryptage

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