Le coup de froid existe-t-il ?
05/02/2024 4 mins de lecture
« J’ai attrapé un coup de froid. », « Ne sors pas avec les cheveux mouillés, tu vas attraper froid. »… Que de fois avons-nous entendu ces phrases qui semblent suggérer que le froid peut déclencher une maladie, en l’occurrence un rhume ou une autre infection respiratoire (grippe ou bronchiolite, par exemple). Mais qu’en est-il vraiment ? Le froid peut-il nous rendre plus sensible aux micro-organismes responsables de ces infections ?
Crédit photo : Spencer Backman
Pourquoi sommes-nous plus souvent malades en hiver ?
C’est un fait, les infections respiratoires sont plus fréquentes en hiver qu’en été, même si elles persistent à plus ou moins bas bruit pendant la belle saison (comme le montrent les vagues de Covid-19 en été…). Comment expliquer cette observation ?
L’hypothèse la plus couramment acceptée est que, pendant l’hiver, nous partageons davantage de lieux clos. Comme les virus respiratoires sont transmis par l’air que nous respirons (leur transmission par les mains est bien moins fréquente), le risque de s’infecter augmente dans les lieux bondés et faiblement ventilés, comme abondamment montré pour le virus de la Covid-19.
Une autre hypothèse postule que, par temps froid, les virus présents dans l’environnement restent fonctionnels plus longtemps que par temps chaud. Leur durée de vie est augmentée car le froid ralentit leur dégradation naturelle.
Enfin, certains experts évoquent le fait que, en hiver, l’air est plus sec (dans les maisons chauffées) et que notre muqueuse nasale, desséchée, s’en trouverait plus vulnérable aux infections.
Ce qui est certain, c’est que le froid, seul, ne rend pas malade et qu’il faut un virus (ou une bactérie) pour développer une infection respiratoire. Pour être plus précis, il faut un micro-organisme infectieux capable de déjouer les pièges de notre système immunitaire et de proliférer dans notre nez, notre gorge, nos bronches ou nos poumons.
Est-on plus facilement enrhumé lorsqu’il fait froid ?
L’hypothèse selon laquelle l’exposition au froid augmente le risque de s’enrhumer a été évaluée dans de nombreuses expériences. Par exemple, dès 1968, des chercheurs ont infecté 44 volontaires avec un Rhinovirus type 15 (l’un des nombreux virus à l’origine des rhumes) et les ont exposés à des températures différentes : soit dans une pièce à 4°C, soit dans un bain à 32°C. Les volontaires ont été exposés au froid à différents moments de l’évolution du rhume : au moment de l'inoculation, pendant l'incubation, pendant la phase maximale de la maladie et pendant la convalescence. L'infectiosité, la sévérité du rhume, la production d’anticorps, la réponse des globules blancs et la flore bactérienne du nez et de la gorge ont été comparés entre les 2 groupes.
Bien que l'exposition au froid ait réduit l’augmentation du nombre de certains globules blancs (neutrophiles) habituellement observée pendant le rhume, il n'y a pas eu de changements significatifs des autres paramètres. Cette étude suggère donc que l'exposition au froid n’a aucun effet sur notre résistance au rhume. Depuis, d’autres études ont été menées, avec des résultats similaires.
Le froid a-t-il un effet sur notre système immunitaire ?
Cette question passionne les chercheurs depuis une expérience historique de Louis Pasteur en 1878. Celui-ci a montré que les poules, naturellement résistantes à la bactérie responsable d’une maladie infectieuse appelée « charbon », s’infectent et meurent de cette maladie lorsqu’on les force à vivre dans un bain d’eau glacée. Cette curieuse expérience est à l’origine de l’idée selon laquelle le froid diminue les défenses immunitaires.
Pendant quasiment 150 ans, aucune étude n’est parvenue à identifier la manière dont le froid pourrait influencer notre immunité. Ce n’est qu’en 2022 qu’une toute première étude a identifié une piste possible, au moins au niveau des voies respiratoires. Pour comprendre cette étude, il est nécessaire d’expliquer comment les cellules de la muqueuse du nez réagissent face à un virus respiratoire.
Lors d’une infection, les cellules immunitaires de la paroi des voies respiratoires détectent la présence du virus via des protéines, les TLR, qui reconnaissent des éléments, par exemple l’ARN ou l’ADN du virus. Ces protéines enclenchent la réponse immunitaire générale mais, au niveau local, elles stimulent également la production de petites bombes antivirales, les « vésicules extracellulaires », qui sont comme de minuscules bulles remplies de diverses substances dont certaines vont perturber le fonctionnement du virus. Des milliards de ces vésicules sont relâchées par les cellules du nez et vont entourer les particules de virus, réduisant ainsi leur capacité à se multiplier.
Dans l’étude publiée récemment, les chercheurs ont d’abord observé que, chez des volontaires en bonne santé exposés à de l’air à température ambiante (23°C), puis à 4°C durant 15 minutes (comme s’ils sortaient de chez eux par temps froid), la température à l’intérieur du nez diminuait d’environ 5°C. Ensuite, ils ont reproduit cette chute de température sur des échantillons de muqueuse nasale maintenus en culture et exposés à deux rhinovirus et un coronavirus responsables de rhumes.
Dans cette expérience, la quantité de vésicules sécrétées par les cellules nasales exposées au froid a diminué de près de 42 % et les protéines antivirales contenues dans les vésicules ont également été modifiées (avec une diminution de certaines d’entre elles de 77 %). De plus, les effets du froid sur les cellules en culture se sont traduits par une multiplication du virus 2 fois plus importante.
Ainsi, pour la première fois, une hypothèse plausible est proposée pour expliquer un éventuel effet de l’air froid sur les défenses immunitaires de nos voies respiratoires.
En conclusion
Si le froid seul n’est jamais à l’origine d’une maladie respiratoire, il semble désormais possible que son effet négatif sur l’immunité locale des muqueuses respiratoires puisse agir en favorisant les virus dans leur combat contre nos défenses. Ces premiers résultats restent bien sûr à confirmer, mais il paraît fort possible que des générations de mères et de grand-mères aient eu finalement raison…