Le régime alimentaire d’une femme enceinte peut-il influencer le sexe du bébé ?
05/05/2023 4 mins de lecture
Depuis toujours, certains parents ont essayé diverses méthodes pour choisir le sexe de leur prochain enfant. Parmi ces méthodes, les régimes alimentaires à suivre avant et au moment de la fécondation ont eu leur heure de gloire. Néanmoins, outre l’absence d’efficacité démontrée de ces régimes, ceux-ci peuvent exposer à des déséquilibres alimentaires particulièrement nuisibles au moment de la conception et au tout début d’une grossesse encore ignorée de la future maman.
Crédits: SHVETS production
Pour rappel, le sexe du bébé est déterminé dès la conception
Au moment de la fécondation, deux acteurs se rencontrent :
- l’ovule, issue de la mère, qui contient, entre autres chromosomes, un chromosome X ;
- le spermatozoïde, apporté par le père, qui contient soit un chromosome X, soit un chromosome Y.
Si le spermatozoïde qui gagne la course à la fécondation contient un chromosome X, l’enfant sera une fille (XX). S’il contient un chromosome Y, ce sera un garçon (XY). Le sexe du bébé dépend donc uniquement des particularités du spermatozoïde victorieux.
Pour exercer une influence sur le sexe du bébé, il est donc nécessaire d’intervenir avant ou pendant la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde, en favorisant ou défavorisant les différents spermatozoïdes. Par exemple, pour augmenter la probabilité d’avoir un garçon, il faut soit favoriser les spermatozoïdes portant Y dans leur course à l’ovule, soit défavoriser ceux portant X.
La plupart des méthodes de choix du sexe de l’enfant reposent sur l’idée que l’on pourrait modifier la nature des sécrétions vaginales et utérines (dans lesquelles « nagent » les spermatozoïdes) pour favoriser soit les porteurs de X, soit les porteurs de Y.
La méthode du moment de la fécondation
Cette méthode, ancienne, postulait que la nature des sécrétions varie pendant la période de fécondité (quand l’ovule est disponible à la fécondation, soit les 5 jours précédant l’ovulation et le jour de l’ovulation). Ainsi, selon le moment choisi pour le rapport sexuel, il aurait été possible de faire pencher la balance en faveur des spermatozoïdes X ou Y : selon cette méthode, une fécondation dans la seconde partie de la période de fécondité favoriserait la naissance d’un garçon. Promue dans les années 1960, cette méthode n’a jamais montré d’efficacité.
Les régimes dits « ioniques »
Ces régimes visent également à modifier la nature chimique (et surtout le pH, c’est-à-dire l’acidité) des sécrétions du vagin et de l’utérus. Ils doivent être suivis par la future mère au moins 8 à 10 semaines avant la fécondation. Ils ont été populaires en France car portés par un gynécologue parisien, le Dr François Papa, qui a publié un ouvrage à ce sujet au début des années 1980.
Selon ce praticien, un régime pauvre en calcium et riche en potassium favoriserait la conception d’un garçon, alors qu’un régime pauvre en sodium et potassium, mais riche en calcium et magnésium, favoriserait la conception d’une fille.
Dans une étude réalisée chez 200 femmes, la probabilité d’avoir un enfant du sexe désiré est passée de 50 % (une chance sur deux) à environ 78 % (trois chances sur quatre). Mais cette étude présentait un biais important : 75 % des femmes avaient abandonné l’étude avant sa fin, trouvant le régime trop strict. Aucune autre étude fiable n’a été menée pour évaluer cette méthode et elle continue de faire débat parmi la communauté scientifique.
Dans les années 2000, un médecin a tenté d’associer la méthode du moment de la fécondation et cette du régime ionique. Selon cette étude, l’association des deux méthodes correctement suivies permettrait un taux de succès de 81 %, contre seulement 24 % si l’une ou les deux méthodes n’étaient pas correctement suivies. Aucune autre étude n’est venue confirmer ces résultats.
Les régimes relatifs à l’origine et la quantité des calories ingérées
Plus récemment, diverses études ont cherché à évaluer l’impact de l’alimentation sur le sexe de l’enfant, en fonction de l’origine principale des calories apportées par les aliments dans les semaines précédant la conception. Cette hypothèse provient d’études chez les rongeurs de laboratoire, chez qui plusieurs études ont suggéré que :
- une alimentation riche en graisses saturées (animales) et pauvre en glucides favoriserait la naissance de petits mâles ;
- à l’inverse, une alimentation où l’essentiel des calories est apporté par les glucides et non par les graisses saturées favoriserait la naissance de petites femelles
Une étude britannique portant sur 740 femmes a mesuré le rapport garçons/filles en fonction de la richesse en calories dans l’alimentation. Chez les 30 % femmes qui avaient l’alimentation la plus riche en calories, un garçon naissait dans 56 % des cas. Chez les 30 % qui avaient l’alimentation la moins riche en calories, ce pourcentage tombait à 45 %.
Cette étude a été beaucoup critiquée. En effet, dans les périodes de famine (par exemple aux Pays-Bas pendant la deuxième guerre mondiale), aucun changement dans le rapport garçons/filles n’a été observé.
Comme on le voit, aucun régime alimentaire n’a fait ses preuves pour influencer le sexe du bébé. De plus, ces régimes, outre le fait d’être pénibles à maintenir, peuvent déséquilibrer l’état nutritionnel de la mère qui, faute d’être certaine d’être enceinte, va les poursuivre pendant quelques semaines après la fécondation. En particulier, dans la méthode dite « ionique », le régime « garçon » pauvre en calcium est loin d’être anodin pour une femme qui souhaite avoir un enfant ou qui vit ses toutes premières semaines de grossesse. Pour cette raison, ces régimes ne doivent jamais être réalisés sans un suivi médical et nutritionnel.