Les acides gras oméga-3 sont-ils bons pour le cœur ?
24/07/2024 6 mins de lecture
Les acides gras essentiels font partie des nutriments indispensables à notre santé. Parmi eux, les acides gras oméga-3, qu’ils soient issus des poissons ou des végétaux, ont la réputation d’être importants pour la santé du cœur et des vaisseaux sanguins. Des médicaments en contenant existent pour les personnes qui ont été victimes d’un infarctus du myocarde. Pourtant les résultats des études cliniques sont décevants.
Dans quels aliments peut-on trouver des acides gras oméga-3 ?
Les huiles extraites des poissons gras (sardines, maquereaux, par exemple) sont riches en acides gras oméga-3, dont les deux principaux sont l’acide docosahexaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA). Ce dernier est celui dont les effets sur la santé cardiovasculaire ont été le plus étudiés.
Dans le monde végétal, certaines huiles (en particulier, celles de lin, de chanvre, de cameline ou de pérille, mais aussi des margarines enrichies) contiennent également des quantités importantes d’acides gras oméga-3. Parmi ceux-ci, l’acide alpha-linolénique (ALA) est le plus abondant, avec l’acide gamma-linolénique (GLA).
Parce que les acides gras oméga-3 sont importants dans le développement du système nerveux, le lait maternel contient de grandes quantités de DHA. Celui-ci fait également partie de la composition des laits maternisés, en association avec l'ALA.
À noter, notre organisme est capable de fabriquer de l'EPA à partir du DHA, mais également à partir de l'ALA et du GLA. Une alimentation végétarienne bien équilibrée n’expose donc pas à une carence en acides gras oméga-3.
Pourquoi les oméga-3 ont-ils été étudiés dans la santé cardiovasculaire ?
Les oméga-3 ont été étudiés pour leur capacité à réduire les taux sanguins de cholestérol et de triglycérides (qui contribuent au risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral - AVC), mais aussi pour prévenir les troubles du rythme cardiaque et l’hypertension artérielle (également associée au risque d’AVC). De plus, selon certaines études, il se pourrait que les oméga-3 augmentent l’efficacité de certains médicaments prescrits contre l’excès de cholestérol (les statines). En France, des médicaments à base de DHA/EPA sont prescrits pour traiter l'excès de triglycérides en association avec un régime adapté, en particulier après un infarctus du myocarde.
Dans les études, l’efficacité des oméga-3 est mesurée par des prises de sang (taux sanguins de cholestérol et de triglycérides) mais surtout par le suivi médical sur la durée de personnes prenant des oméga-3, en notant le nombre d’accidents cardiovasculaires selon leur consommation d’oméga-3.
Le plus souvent, les études ont porté sur une supplémentation par des compléments alimentaires contenant des oméga-3 issus des huiles de poisson. Les études portant sur ceux issus des huiles végétales sont plus rares.
Quels sont les résultats des études sur les oméga-3 et la santé cardiovasculaire ?
Les études portant sur l’effet des oméga-3 sur la santé du cœur et des vaisseaux sont nombreuses et leurs résultats sont très variables. En 2020, le réseau Cochrane, connu pour ses analyses croisées d’études (« méta-analyses »), a passé en revue 86 études cliniques sur ce sujet (regroupant environ 163 000 patients). Ces études évaluaient les effets, sur les maladies cardiovasculaires, d'un apport important en oméga-3 par rapport à un apport plus faible, pendant au moins 1 an.
Selon leur méta-analyse, la supplémentation en EPA et en DHA n'a que peu ou pas d'effet sur les décès et les accidents cardiovasculaires (données de haute certitude) et peu ou pas de différence sur les accidents cardiaques, les AVC ou les troubles du rythme cardiaque (données de certitude modérée). Cependant, cette supplémentation semble légèrement réduire le risque d'accidents et de décès concernant les artères coronaires (celles qui oxygènent le cœur ; données de faible certitude). Ces résultats décevants pourraient s’expliquer par le fait que, si l'EPA et le DHA réduisent effectivement les triglycérides d'environ 15 %, ils n'ont pas d'effet sur les autres graisses du sang (données de haute certitude).
Concernant les huiles végétales, selon cette méta-analyse, consommer plus d'ALA ne fait probablement pas ou peu de différence pour les décès ou les accidents coronariens, toutes causes confondues, mais semblent réduire légèrement les accidents cardiovasculaires en général et les troubles du rythme cardiaque (données de certitude modérée ou faible). Globalement, les conclusions du réseau Cochrane sont que l'EPA, le DHA et l'ALA peuvent être légèrement protecteurs contre certaines maladies cardiovasculaires, mais que cet effet reste modeste.
L’effet des oméga-3 pourrait être plus net chez les personnes qui reçoivent des statines pour réguler leur taux sanguin de cholestérol. L’étude REDUCE-IT, menée sur plus de 8 000 patients traités par des statines et présentant un risque aggravé d’accident cardiovasculaire (excès de triglycérides, antécédents personnels d’accident cardiovasculaire ou diabète), a montré que 4 grammes d’EPA par jour pendant 5 ans semble significativement réduire (de 25 %) le risque d’accident cardiovasculaire majeur chez ces patients particuliers.
Les avis des autorités de santé sur les effets des oméga-3 sur le cœur et les vaisseaux
Les autorités de santé s’accordent à reconnaître un léger effet positif des acides gras oméga-3 sur la santé du cœur et des vaisseaux sanguins. Leurs recommandations varient selon s’il s’agit d’oméga-3 issus de poissons ou de végétaux.
L’Agence européenne de sécurité de l’alimentation (EFSA) considère que, selon les études disponibles, les produits contenant des oméga-3 issus des huiles de poisson peuvent prétendre contribuer au fonctionnement normal du cœur si ces produits contiennent au moins 40 mg d'EPA/DHA pour 100 g et 100 kcal de produit, et s'ils apportent au moins une dose quotidienne de 250 mg d’oméga-3. Mais, pour l’EFSA, ces produits ne peuvent pas prétendre réduire les taux sanguins de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol), fluidifier le sang, ni protéger le cœur des maladies cardiovasculaires.
Toujours selon cette agence, les produits contenant des acides gras oméga-3 issus des huiles végétales peuvent prétendre contribuer au maintien de taux sanguins de cholestérol normaux s’ils contiennent au moins 0,3 g d'ALA pour 100 g et 100 kcal de produit, et s’ils en apportent au moins une dose quotidienne de 2 grammes. Mais ils ne peuvent pas prétendre être important pour la santé du cœur et des vaisseaux sanguins, ni contribuer à maintenir une pression artérielle normale.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a choisi une position un peu plus optimiste. Selon elle, la consommation d'acides gras oméga-3 (sans distinction de leur origine) favorise :
- une diminution de la pression artérielle chez les personnes présentant une hypertension artérielle ;
- une diminution de la quantité de triglycérides dans le sang ;
- chez les personnes présentant des maladies cardiovasculaires, une réduction des accidents et de la mortalité cardiovasculaires.
À noter, cet avis a été publié avant la méta-analyse du réseau Cochrane. Par ailleurs, l’Anses rappelle que la prévention des maladies cardiovasculaires repose surtout sur des mesures hygiéniques et diététiques : une alimentation diversifiée et équilibrée, et la pratique régulière d’une activité physique.
En conclusion, si les bénéfices des acides gras oméga-3 sur la santé cardiovasculaire semblent réels, les effets d’une telle supplémentation restent modestes et semblent plutôt concerner les personnes qui ont déjà connu des problèmes cardiovasculaires, en particulier un infarctus du myocarde ou une maladie coronarienne, dans l’objectif de réduire le risque de rechute. Une telle supplémentation pourrait également être bénéfique aux personnes qui ont de faibles apports alimentaires en acides gras oméga-3 (celles qui consomment peu de poissons et d’huiles végétales en contenant).