Les filtres minéraux sont-ils plus sûrs que les filtres chimiques dans les produits solaires ?

03/06/2024 5 mins de lecture

La meilleure protection contre les effets néfastes du rayonnement ultraviolet du soleil reste les vêtements. Néanmoins, les produits solaires sont un complément indispensable en cas d’exposition. Ceux-ci contiennent des filtres, dont certains sont d’origine minérale et d’autres sont issus de la chimie organique. Lesquels privilégier pour sa santé et pour… l’environnement ?

Merci au Dr Céline Couteau, Maître de conférences à Nantes Université

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Crédit photo : Julia Pomodoro

Filtres organiques, filtres minéraux, de quoi parle-ton ?

Les produits de protection solaire doivent offrir à la fois une protection contre les ultraviolets de type B (UVB, responsables des coups de soleil) et ceux de type A (UVA, responsables du vieillissement cutané), ces deux types d'UV pouvant être également responsables de cancers de la peau (carcinomes et mélanome) en cas d'exposition excessive. Pour bloquer ces UV, les produits solaires peuvent contenir des filtres organiques ou des filtres minéraux autrefois appelés « écrans » ou les deux (même si très peu de produits associent dans leur composition les deux types de filtres).

Les filtres organiques ont la propriété d'absorber et de neutraliser les rayons UV. Les filtres minéraux sont des substances qui agissent par réflexion (oxyde de zinc, dioxyde de titane sont les deux seuls filtres minéraux autorisés par la réglementation européenne à ce jour). Ces filtres minéraux existent sous différentes granulométries (différentes tailles de particules). Certaines formes pigmentaires vont rendre la peau très blanche mais la protection solaire est en réalité extrêmement faible. D’un autre côté, des formes nanoparticulaires ont une meilleure action photoprotectrice et laissent beaucoup moins de traces blanches sur la peau que ceux réalisés à partir de formes pigmentaires. Il faut donc chasser de son esprit le lien entre « traces blanches sur la peau » et « efficacité photoprotectrice » car en réalité, c’est l’inverse qui est scientifiquement prouvé.

Enfin, il ne faut pas opposer « filtre organique » et « filtre minéral » en croyant que ces derniers sont naturels, dans la mesure où les deux types de filtres sont obtenus par synthèse.

Le SPF, l’indicateur qui doit figurer sur l’emballage, qu’est-ce que c’est ?

Le SPF (Sun Protection Factor) ou FPS en français (facteur de protection solaire) est un indicateur universel qui traduit l’efficacité d’un produit solaire en matière de protection dans le domaine UVB. Les valeurs de SPF affichables s’échelonnent de 6 (protection faible) à 50+ (protection très haute). Ce SPF est déterminé par l’industriel avant mise sur le marché.

Si le SPF figure clairement sur l’emballage, il n’en est pas de même de l’indice UVA. Pourtant tout produit solaire conforme à la réglementation doit protéger l’utilisateur dans le domaine UVB et UVA, en respectant un ratio SPF/indice UVA inférieur ou égal à 3.

Minéral ou organique, quel est le type de filtre le plus efficace ?

Il existe actuellement 30 filtres UV autorisés par la réglementation européenne. Ces filtres sont diversement efficaces. Certains sont excellents et permettent d’obtenir deux unités SPF par pourcentage d'emploi. Ceci signifie que pour une dose d'emploi de 10%, le SPF obtenu est de 20. D’autres sont nettement moins efficaces et ne permettent d’obtenir qu’une demi-unité SPF par % dans le produit.

En matière de prévention des cancers cutanés, la balance bénéfices/risques penche en faveur des filtres organiques. La meilleure preuve : les dispositifs médicaux à action photoprotectrice (qui peuvent revendiquer un effet préventif des cancers cutanés et sont conseillés en milieu hospitalier, chez les greffés ou les immunodéprimés, par exemple) sont composés uniquement de filtres organiques.

Qu’ils soient organiques ou inorganiques, ces filtres ne demandent pas de délai d’action avant d’être efficaces. Il est donc inutile d’appliquer son produit 20 à 30 minutes avant de s’exposer au soleil.

Une protection totale, est-ce que cela existe ?

Une protection totale n’existe pas. Il est important de le savoir afin de ne pas se surexposer. Le terme d’écran total a pu être employé il y a de cela des années. Depuis 2006, ce terme ne peut plus être utilisé car il pouvait susciter chez l’utilisateur un faux sentiment de sécurité.

Une protection pour bébé, est-ce que cela est justifié ?

On voit se multiplier sur le marché des produits destinés aux bébés et ce même dès la naissance… Ceci est tout à fait en opposition avec les recommandations européennes. Pour des raisons évidentes de sécurité, on ne doit en effet jamais exposer un enfant de moins de 3 ans. Il est également bon de rappeler qu’il n’existe pas de filtres UV adaptés spécifiquement à ce public.

Quels sont les impacts de ces filtres sur la santé et l’environnement ?

Les filtres UV (organiques et inorganiques) sont des molécules actives qui ne sont pas neutres d’un point de vue environnemental. A la mer, il convient donc d’utiliser des produits résistants à l’eau afin d’éviter de polluer les océans. Il convient également d’éliminer soigneusement le produit solaire appliqué en journée lors de la toilette du soir afin de minimiser la pénétration dans la peau des filtres UV.

Des moyens complémentaires pour se protéger du soleil

Ne pas s’exposer au soleil aux heures où les UV sont les plus abondants reste le moyen le plus intelligent et le plus sûr de préserver sa santé cutanée. La protection vestimentaire est également à remettre à l’honneur du fait de ses multiples avantages. Il est indispensable également de se couvrir la tête avec un chapeau à larges bords (à privilégier par rapport à la casquette qui ne protège pas les oreilles) et de protéger ses yeux avec des lunettes de qualité validée. L’usage de produit solaire sera réservé aux zones découvertes.

Les solaires DIY, une fausse bonne idée

Les solaires réalisés à la maison ne sont pas sûrs d’emploi. Les formules trouvées sur Internet renferment soit de l’oxyde de zinc pigmentaire (une substance très peu photoprotectrice) soit des huiles végétales (comme l’huile de karanja ou l’huile de pépins de framboise) présentées à tort comme des filtres UV.

Bien conserver les produits de protection solaire

Afin que le produit de protection solaire conserve son efficacité, il convient de suivre quelques règles

- respectez la date limite d’utilisation (date de péremption) si elle est indiquée sur l’emballage du produit
- respectez la durée maximale d’utilisation après ouverture si elle est précisée sur l’emballage
- n’utilisez pas un produit de protection solaire s’il a changé d’aspect ou d’odeur depuis la dernière utilisation
- refermez bien le produit après utilisation et conservez-le à l’abri de la chaleur et sans exposition directe à la lumière du jour.

Pour rappel, les vêtements, chapeaux et lunettes restent la meilleure protection lorsqu’on doit s’exposer au soleil, en particulier chez les enfants.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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