Les huiles essentielles ont-elles prouvé leur efficacité et leur sécurité ?
26/06/2023 4 mins de lecture
En ligne ou dans les magazines, les huiles essentielles sont régulièrement mises en avant pour d’éventuels bénéfices pour notre santé. Ces produits de phytothérapie contiennent effectivement de nombreuses substances dont certaines ont, en laboratoire, des propriétés biologiques. Malheureusement, la littérature scientifique est très pauvre en études cliniques fiables sur ces produits. Leur efficacité manque souvent de preuves objectives. Mais leur toxicité potentielle est, elle, bien connue et leur usage exige le respect de certaines précautions.
Crédit photo: Alexia Kozig
Moins connue que la phytothérapie, l’aromathérapie possède un champ d’action plus étroit.
Elle se divise en deux écoles : l’aromathérapie médicale, qui préconise l’absorption d’huiles essentielles par voie orale ou rectale, et l’aromathérapie grand public qui utilise l’application d’huiles essentielles sur la peau (massages, bains) ou en diffusion dans l’air ambiant (brûle-parfum, inhalation). Dans le cas de son utilisation grand public, on prête à certaines huiles essentielles des propriétés diverses : antistress, toniques, sédatives ou antiseptiques.
La production des huiles essentielles de plantes
Les huiles essentielles et les essences aromatiques sont des liquides odorants et volatils. Elles sont principalement extraites des racines, des fleurs, des feuilles et des tiges de plantes ainsi que de certains arbres. La qualité d’une huile essentielle repose sur des critères bien précis : l’origine botanique de la plante, le mode de culture et de récolte, la méthode d’extraction et la composition biochimique de l’huile essentielle qui varie suivant le lieu et l’époque de récolte.
Les huiles essentielles pures se conservent quelques années, exception faite des essences d’orange, de citron et de pamplemousse, qui sont plus fragiles.
Quelle efficacité pour les huiles essentielles ?
Les études scientifiques de bonne qualité méthodologique portant sur les huiles essentielles sont rares. L’Institut Cochrane, qui analyse objectivement les résultats des études scientifiques, a évalué l’efficacité de l’aromathérapie dans les nausées et vomissements post-opératoires, les troubles cognitifs liés à l’âge (« démence ») et les douleurs après un accouchement. Dans ces trois domaines, les huiles essentielles n’ont pas mieux fait que le placebo (une huile végétale neutre).
Quelques études cliniques contrôlées (« randomisées ») ont exploré certaines huiles essentielles dans d’autres contextes :
- une étude coréenne, publiée en 2016, a évalué les effets d’une inhalation répétée d’un mélange de trois huiles essentielles : bois de santal, encens oliban et ravintsara, chez des patients souffrant de rhinite allergique perannuelle (qui durait toute l’année). Les patients ont été répartis au hasard en deux groupes. Le premier a utilisé le mélange d’huiles essentielles, le second (le groupe « contrôle ») seulement l’huile d’amande douce. Pendant 7 jours, matin et soir, les participants ont inhalé ces huiles pendant 5 minutes. Dans cette étude, ce mélange d’huiles essentielles a amélioré les symptômes allergiques.
- chez des patients atteints de pelade (une perte de cheveux localisée), une étude clinique contrôlée a montré une certaine efficacité d’un mélange d’huiles essentielles de thym, de romarin, de lavande et de cèdre.
- dans diverses conditions de stress et d’anxiété liées à une hospitalisation, les huiles essentielles de rose, de lavande ou d’orange ont montré une certaine efficacité dans des études contrôlées de faible valeur statistique.
Il est donc difficile de se prononcer sur l’efficacité des huiles essentielles, car les études sérieuses manquent.
Les huiles essentielles sont-elles dangereuses ?
Parce qu’elles concentrent des substances potentiellement irritantes, les huiles essentielles doivent être utilisées avec précaution. D’ailleurs, certaines huiles essentielles sont vendues exclusivement en pharmacie (par exemple, celles de sauge officinale, de thuya, de tanaisie, d’absinthes, d’armoises, etc.).
Deux règles s’imposent absolument :
- tout d’abord, il est essentiel de préciser que l’utilisation des huiles essentielles ne convient ni aux enfants ni aux femmes enceintes !
- ensuite, les traitements utilisant des huiles essentielles par voie orale ne doivent se faire que sur avis médical d’un médecin phytothérapeute. En effet, les huiles essentielles concentrent les substances actives et nécessitent une posologie bien adaptée pour prévenir tout risque de toxicité et d’irritation des muqueuses digestives.
Ces deux règles de base ne doivent jamais être transgressées.
L’application sur la peau étant l’un des usages les plus courants des huiles essentielles, quelques précautions sont à respecter dans ce contexte. Tout d’abord, mieux vaut ne jamais les appliquer pures au risque de voir apparaître des irritations, voire des brûlures. Pour les massages, elles doivent être préalablement diluées dans une base d'huile végétale (huile de noisette, d'amande douce, de macadamia, etc.) dans laquelle une ou plusieurs huiles essentielles sont incorporées. On obtient ainsi une lotion qui est utilisée en massage ou en friction. Pour les bains, il est recommandé de les mélanger d'abord à un savon liquide, car elles ne se dissolvent pas dans l’eau.
Attention, certaines huiles essentielles ne doivent jamais être appliquées sur la peau : par exemple, celles de cannelle, giroflier, origan, sarriette, thym, lavande aspic, etc. Par ailleurs, attention aux huiles essentielles d’agrumes (en particulier celle de citron) qui réagissent mal avec les rayons du soleil (photosensibilisation).
En cas d’inhalation directe, lorsqu’on souhaite un résultat rapide, il est préférable de respirer une à deux gouttes d'huile essentielle versées sur un mouchoir. Ne jamais inhaler directement une huile essentielle à la bouteille !
En conclusion, dans la très grande majorité des cas, les huiles essentielles ne peuvent pas prétendre aux bénéfices dont on les pare. Elles restent néanmoins des produits contenant un grand nombre de substances actives potentiellement toxiques (et elles sont reconnues en tant que telles par les autorités sanitaires). Leur usage doit donc se faire en respectant les précautions de base et, de préférence, sous la supervision d’un professionnel de santé.