Les téléphones portables augmentent-ils le risque de cancer ?
12/01/2026 8 mins de lecture
Les téléphones portables sont devenus un élément incontournable de notre vie quotidienne. En conséquence, certains utilisateurs se sont inquiétés du fait que l’usage fréquent d’un téléphone portable puisse augmenter le risque de tumeurs de la tête et du cou, du fait de son rayonnement électromagnétique. À ce jour, les très nombreuses études sur le sujet n’ont pas identifié de lien entre téléphonie portable et risque de ce type de tumeurs.
En 2025, 98 % des Français de 12 ans et plus possèdent un téléphone mobile, dont 91 % un smartphone (1). Les pratiques évoluent rapidement et modifient l’exposition de la population aux ondes de radiofréquence (RF). Si l'usage vocal traditionnel décline au profit de l'utilisation du haut-parleur ou d’oreillettes, réduisant ainsi l'exposition directe de la tête à ces ondes, les usages d’Internet en mobilité explosent (vidéos, réseaux sociaux, etc.), favorisé par les évolutions technologiques (5G) et la densification du réseau d’antennes relais. Ces nouvelles habitudes entraînent une augmentation de l'exposition globale aux RF, notamment dans les zones urbaines densément équipées.
Crédit photo : Mart Production
Comment fonctionnent les téléphones portables ?
Les téléphones portables envoient vers et reçoivent des signaux des antennes cellulaires voisines en utilisant des ondes. En termes de fréquence, ces ondes RF se situent entre les ondes radio FM et les micro-ondes. Comme celles-ci, la lumière visible ou la chaleur, les ondes RF des téléphones portables sont une forme de rayonnement dit « non ionisant ». À la différence des rayonnements « ionisants » plus puissants (rayons X, rayons gamma ou ultraviolets), elles ne contiennent pas assez d'énergie pour endommager l’ADN des cellules et déclencher ainsi un cancer (2).
Néanmoins, lorsque leur puissance est élevée, les ondes RF peuvent en théorie réchauffer les tissus qui composent notre corps, à la manière des micro-ondes. Mais les niveaux d'énergie émis par les téléphones portables sont beaucoup plus faibles que ceux d’un four micro-ondes et ne suffisent pas à augmenter significativement la température du corps, même à proximité de l’appareil.
À noter, un téléphone émet des ondes RF plus puissantes lorsque l’antenne relais la plus proche est éloignée, lorsque le signal doit traverser des murs ou lorsque de nombreuses personnes se connectent à la même antenne en même temps.
Qu’est-ce que le débit d’absorption spécifique (DAS) ?
Le débit d'absorption spécifique (DAS) est la quantité d'énergie RF émise par le téléphone et absorbée par notre corps sous forme de chaleur (par unité de temps). Il s’exprime en watts par kg de poids de la personne (W/kg).
Les téléphones portables ont des niveaux de DAS différents (3). Les fabricants de téléphones portables sont tenus de communiquer le niveau maximal de DAS de leur produit. Trois types de DAS sont prévus pour mesurer l’exposition due aux téléphones mobiles :
- le DAS « tête » reflète l’usage du téléphone à l’oreille, en conversation vocale. En France, la valeur limite du DAS « tête » est fixée à 2 W/kg ;
- le DAS « tronc » est associé aux usages où le téléphone est porté près du tronc, par exemple dans une poche de veste ou dans un sac. La valeur limite du DAS « tronc » est également de 2 W/kg ;
- le DAS « membre » correspond à un usage du téléphone plaqué contre un membre, par exemple tenu à la main ou placé dans une poche de pantalon. La valeur limite du DAS « membre » est de 4 W/kg.
En France, c’est l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qui est chargée des vérifications relatives aux DAS. Régulièrement, des appareils sont retirés du marché pour DAS excessive (4).
Quelles sont les tumeurs recherchées dans les études sur les téléphones mobiles ?
Comme les téléphones portables en fonctionnement sont généralement tenus près de la tête, la principale préoccupation a été de savoir si les téléphones pouvaient causer ou contribuer à des tumeurs dans cette région (2) :
- les tumeurs cancéreuses du cerveau, telles que les gliomes ;
- les tumeurs non cancéreuses du cerveau, telles que les méningiomes ;
- les tumeurs non cancéreuses du nerf acoustique, qui relie l'oreille au cerveau (schwannomes vestibulaires ou neurinomes de l’acoustique)
- les tumeurs des glandes salivaires.
Qu’ont montré les études scientifiques ?
Plusieurs dizaines d'études ont examiné les liens possibles entre l'utilisation des téléphones portables et l’apparition de tumeurs. Il s'agit souvent d'études dites « de cas-témoins », dans lesquelles le temps passé à utiliser un téléphone portable par des patients atteints de tumeurs (cas) a été comparé à celui des personnes qui n'ont pas développé de tumeurs (témoins). Parmi ces études, les plus importantes ont été :
- L'étude INTERPHONE (5,6), menée dans 13 pays sur plus de 7 000 personnes ayant développé des tumeurs de la tête et un groupe similaire de personnes n'ayant pas eu de tumeurs. Cette étude a pris en compte environ 2700 gliomes, 2400 méningiomes, 1100 neurinomes de l’acoustique et 400 tumeurs des glandes salivaires. Elle n'a trouvé aucun lien entre le risque de tumeur et la fréquence des appels, la durée des appels ou l'utilisation d'un téléphone portable pendant 10 ans ou plus. Un risque accru de gliome et, dans une moindre mesure, de méningiome a été suggéré chez les 10 % de personnes qui utilisaient le plus leur téléphone portable. Mais ce résultat est difficile à interpréter car certaines personnes de l'étude ont fait état d'une utilisation invraisemblablement élevée de leur téléphone portable (12 heures par jour pendant 10 ans, voire plus !).
- L'étude de cohorte danoise (7) a comparé toutes les personnes au Danemark qui avaient un abonnement à un téléphone portable entre 1982 et 1995 (environ 400 000 personnes) à celles qui n'avaient pas d'abonnement, afin de détecter une éventuelle augmentation des tumeurs de la tête chez les abonnés. L'utilisation du téléphone portable, même pendant plus de 13 ans, n'a pas été associée à un risque accru de tumeurs cérébrales, de tumeurs des glandes salivaires ou de cancer en général.
- L'étude Million Women (8) a porté sur plus de 800 000 femmes au Royaume-Uni sur une moyenne d'environ 14 ans. Cette étude n'a trouvé aucun lien entre l'utilisation du téléphone portable et le risque de tumeurs du cerveau.
- L’étude internationale MOBI-KIDS (9) a étudié 900 enfants et adolescents âgés de 10 à 24 ans et atteints de tumeurs du cerveau (de gliomes pour la moitié d’entre eux). Pour chacun de ces participants, deux patients témoins au profil similaire (sexe, âge, région géographique), mais hospitalisés pour une appendicite, ont été questionnés. Toutes ces personnes ont été interrogées sur la fréquence d’utilisation de leur téléphone portable et du wifi. Ces réponses ont été comparées avec les données des opérateurs téléphoniques. Une part des participants a également accepté d’installer, sur leur téléphone, un logiciel pour mesurer, durant un mois, les appels (nombre et durée), les messages et le transfert de données internet. Cette étude, menée entre 2010 et 2015, ne suggère pas de lien entre tumeur du cerveau et usage du téléphone portable chez les enfants et les adolescents.
En octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié une actualisation des connaissances (1) sur les effets des ondes RF, centrée sur le risque de cancer. Près d’un millier d’études scientifiques ont été analysées, dont plusieurs menées après la mise en place des réseaux 5G, enrichissant considérablement les connaissances sur ce sujet. Pour l’Anses, cette nouvelle analyse ne met pas en évidence de lien entre l’exposition aux ondes RF, principalement émises par la téléphonie mobile, et l’apparition de cancers.
Quelles sont les limites de ces études ?
Ces études, rassurantes, présentent néanmoins des limites.
Tout d'abord, elles n'ont pas encore été en mesure de suivre des personnes pendant de longues périodes. Après une exposition connue à un agent cancérigène, il faut parfois des dizaines d’années pour que des tumeurs se développent. Étant donné que les téléphones portables ne sont largement utilisés que depuis vingt-cinq ans dans la plupart des pays, il n'est pas possible d'exclure d'éventuels effets à très long terme sur la santé.
Dans la plupart des études (à l’exception de MOBI-KIDS), la mesure du nombre d’heures passées sur un téléphone portable a été grossière. Il s'agit le plus souvent d'études qui s'appuient sur les souvenirs des personnes concernant leur utilisation passée du téléphone portable. Dans ce type d'études, il peut être difficile d'interpréter un lien éventuel entre le cancer et une exposition aux ondes RF. Les personnes atteintes d'un cancer réfléchissent souvent aux raisons possibles de leur maladie et peuvent donc parfois se souvenir de leur utilisation du téléphone différemment des personnes qui ne souffrent pas de cancer.
Comment réduire mon exposition aux ondes des téléphones portables ?
Les personnes préoccupées par les ondes RF peuvent prendre plusieurs mesures pour limiter leur exposition (au-delà du simple fait de moins utiliser son téléphone portable) :
- utilisez le mode haut-parleur ou la fonction d’appel vidéo du téléphone, ou un dispositif mains libres tel que des écouteurs avec ou sans fil, pour réduire la quantité d'ondes RF qui atteignent votre tête. Les oreillettes Bluetooth transmettent généralement des ondes RF, mais à des niveaux de puissance bien inférieurs à ceux des téléphones portables.
- envoyez des textos au lieu de parler au téléphone (mais jamais en conduisant !).
- à l’intérieur, privilégiez l’usage en wifi, même pour téléphoner (via les diverses applications qui proposent cette fonctionnalité).
- choisissez un téléphone dont le DAS est faible, tout en sachant que le DAS indiqué par le fabricant est fondé uniquement sur le fonctionnement du téléphone à sa puissance maximale, et non sur ce à quoi les utilisateurs seront exposés dans le cadre d'une utilisation quotidienne du téléphone. En effet, le DAS réel pendant l'utilisation varie en fonction d'un certain nombre de facteurs (éloignement de l’antenne, appel depuis un bâtiment), de sorte qu'il est possible qu'un téléphone ayant un DAS déclaré inférieur puisse, dans certaines situations, exposer une personne à plus d'énergie RF qu'un téléphone ayant un DAS déclaré supérieur.
En conclusion, de très nombreuses études scientifiques n’ont pas réussi à identifier de lien entre l’usage du téléphone portable et le risque de tumeurs de la tête, chez l’adulte comme chez l’enfant de 10 ans et plus. Absence de preuve n’est pas preuve de l’absence, mais ces études sont néanmoins rassurantes.