Manger végétarien protège-t-il des maladies du cœur et des vaisseaux sanguins ?
11/06/2025 5 mins de lecture
Opter pour une alimentation végétarienne est-il bon pour la santé et, en particulier, celle du cœur et des vaisseaux sanguins ? Cette question fait l’objet de nombreuses d’études, qui ont comparé la santé de centaines de milliers de personnes pendant des dizaines d’années, végétariennes ou non (« études de cohortes »). Ces études penchent pour un effet positif du végétarianisme sur la santé cardiovasculaire.
En mars 2025, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié un long rapport d’expertise sur les effets d’une alimentation végétarienne sur la santé, y compris celle du cœur et des vaisseaux. Ses conclusions sont moins optimistes que celles de la plupart des études.
Pour rappel, le terme « végétarien » englobe en fait plusieurs types d’alimentation :
- celles qui incluent les œufs et/ou les produits laitiers : ovovégétariens, lactovégétariens et lacto-ovovégétariens ;
- le végétalianisme qui exclut les œufs et les produits laitiers, et qui est un élément de l’alimentation végane, qui exclut par ailleurs tout produit issu de l’élevage (miel, cuir, laine, etc.).
Alimentation végétarienne et maladies cardiovasculaires
Plusieurs analyses croisées d’études de cohortes (des « méta-analyses ») récentes ont suggéré que l’alimentation végétarienne est associée à une diminution du risque cardiovasculaire. Par exemple :
- une méta-analyse d’une centaine d’études portant sur 56 461 végétariens et 8 421 végétaliens comparés à 184 167 non végétariens, publiée en 2017, observe que les régimes végétariens sont associés à une réduction de 25 % du risque d’infarctus du myocarde ou de maladie des artères coronaires (qui irriguent le cœur), mais pas du risque de maladies cardiovasculaires en général ou d’accident vasculaire cérébral (AVC).
- concernant le risque d’hypertension artérielle, une méta-analyse incluant 15 essais, publiée en 2020, suggère qu’une alimentation végétarienne réduit significativement la pression artérielle systolique (le chiffre le plus élevé de la tension) de -2,66 mmHg, et la pression diastolique (le plus bas) de -1,69 mmHg, avec un effet significativement plus marqué de l’alimentation végétalienne (-3,12 mmHg sur la pression systolique) comparée à l’alimentation lacto-ovovégétarienne (-1,75 mmHg).
- une méta-analyse de 30 essais publiée en 2023 suggère que, par rapport au groupe qui consomme de la viande, l’alimentation végétarienne réduit significativement les taux sanguins de cholestérol total (-0,34 mmol/L) et de LDL cholestérol (le « mauvais » cholestérol, -0,30 mmol/L). Aucune différence significative n'a été observée pour les taux de triglycérides.
Les experts de l’Anses ont repris toutes ces études, en vérifiant, pour chacune, si les résultats pouvaient être expliqués par autre chose que l’alimentation végétarienne (par exemple, la quantité de nourriture consommée, le poids, l’activité physique, le tabagisme, etc.). Leurs conclusions sont que l’alimentation végétarienne est clairement associée à une réduction du risque d’infarctus et de maladie coronariennedes artères. Mais, en l’absence d’études suffisantes, il est impossible d’affirmer qu’une alimentation végétalienne/végane est supérieure à une alimentation lacto-ovovégétarienne sur ce risque.
De plus, les experts de l’Anses concluent qu’un régime végétarien, un régime lacto-ovovégétarien ou un régime végétalien, ne semble pas entraîner une réduction des autres facteurs de risque cardiovasculaire pris en compte dans les études (excès de cholestérol, hypertension artérielle, surpoids, par exemple).
Alimentation végétarienne et diabète de type 2
Le diabète de type 2 est une maladie qui peut apparaître progressivement chez les personnes en surpoids, en particulier après 40 ans. Il représente un facteur de risque important de maladie des vaisseaux sanguins, en particulier les plus fins (dans la peau, la rétine, les reins, etc.). Il est lié à l’acquisition d’une résistance des cellules du corps à l’insuline, l’hormone qui permet de réduire le taux de sucre dans le sang (glycémie).
Plusieurs études suggèrent que l’alimentation végétarienne est associée à une meilleure sensibilité à l’insuline et un meilleur contrôle de la glycémie, ainsi qu’une réduction du risque de développer un diabète de type 2. Par exemple :
- dans une cohorte américaine importante (Adventist Health Study-2), les végétariens présentaient environ 50 % de risque en moins d’être diabétiques de type 2 par rapport aux consommateurs de viande, même après ajustement pour le poids et divers facteurs de mode de vie.
- une méta-analyse publiée en 2023 (76 études regroupant 2,23 millions de participants avec environ 60 000 cas de diabète de type 2) a observé que les personnes végétariennes avaient un risque de diabète de type 2 réduit de 21 %.
Dans leur analyse de toutes les études sur le sujet, les experts de l’Anses concluent qu’un régime végétarien est clairement associé à un risque plus faible de diabète de type 2. Cette diminution du risque est observée à la fois pour les alimentations lacto-ovovégétarienne et végétalienne. De plus, pour l’Anses, l’alimentation végétarienne est également associée à une diminution du risque de résistance à l’insuline et de glycémie à jeun élevée.
Alimentation végétarienne et surpoids
Les études épidémiologiques montrent que les végétariens ont tendance à avoir un index de masse corporelle (IMC) plus faible et, donc, un risque d’obésité moindre que les non végétariens. Par exemple, dans la cohorte Adventist Health Study-2, l'IMC moyen était le plus bas chez les végétaliens (23,6 kg/m2) et progressivement plus élevé chez les lacto-ovo-végétariens (25,7 kg/m2), les pesco-végétariens (26,3 kg/m2) et les omnivores (28,8 kg/m2, proche du seuil d’obésité).
Concernant l’adoption d’une alimentation végétarienne dans une optique de perte de poids, une synthèse des connaissances de 2024 portant sur 27 essais d'intervention (3361 participants) et 6 méta-analyses (9168 participants, 61 essais) a montré que 75 % de ces études retrouvent une diminution significative du poids dans le groupe végétarien, en moyenne de -5,0 kg (-1,8 à -12,1 kg).
Dans leur rapport, les experts de l’Anses concluent qu’un régime végétarien, comparé à un régime non végétarien, ne semble pas associé à une perte ou un gain de poids chez l’adulte. Mais ils précisent également qu’une alimentation végétalienne/végane semble associée à un gain de poids plus faible au cours du temps chez l’adulte.
En conclusion, l’alimentation végétarienne semble apporter certains bénéfices en termes de santé du cœur et des vaisseaux, en particulier sur le risque d’infarctus et de diabète de type 2. Mais elle ne peut, à elle seule, agir sur l’ensemble des facteurs de risque et des maladies. Elle nécessite d’être complétée par d’autres mesures de prévention, en particulier une activité physique régulière, l’arrêt du tabac et une alimentation équilibrée et diversifiée (ce qui n’est pas garanti par l’adoption d’une alimentation végétarienne qui peut, elle aussi, s’avérer trop riche ou déséquilibrée).