La grippe aviaire qui touche les vaches américaines se transmet-elle à l’homme ?
16/01/2025 6 mins de lecture
Depuis le printemps 2024, une épidémie de grippe aviaire a touché un peu moins d'un millier d’élevages bovins laitiers aux États-Unis (chiffres actualisés début 2025). Cette épidémie est à l’origine d’une soixantaine de cas d’infection chez des personnes en contact avec les animaux touchés, dont une est décédée.
Par ailleurs, des particules infectieuses du virus responsable de cette maladie ont été découvertes dans le lait cru issu de vaches infectées. Une étude récente a clairement montré que la pasteurisation de ce lait contaminé est très efficace pour détruire ces particules. Si le lait pasteurisé reste sûr, les autorités américaines déconseillent la consommation de lait cru tant que l’épidémie est en cours, même si les risques d’infection humaine en buvant ce lait restent très faibles.
Qu’est-ce que la grippe aviaire ?
La grippe aviaire (également appelée « influenza aviaire ») est une infection respiratoire des oiseaux (« aviaire ») due à des virus Influenza de type A (A/H5N1 pour l’épidémie actuelle), comme pour certaines grippes humaines. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie de grippe aviaire en cours est désormais la plus importante jamais enregistrée dans le monde.
Les virus de la grippe aviaire sont extrêmement contagieux. Ils touchent tous les oiseaux mais certaines espèces sont plus à risque de formes sévères, souvent mortelles : canards, oies, mouettes, goélands, pélicans, cygnes, vautours, corbeaux, hiboux, aigles et de nombreuses autres espèces d'oiseaux sauvages. Au début d’une épidémie, ils se transmettent des oiseaux sauvages aux oiseaux domestiques et aux élevages par contact direct. Ensuite, il peut y avoir transmission entre les élevages via les fientes et le fumier, mais aussi par transport involontaire de matières infectieuses par les personnes, le matériel d’élevage, les véhicules, etc.
Une transmission possible aux mammifères, dont les vaches laitières
Des cas de transmission sporadique de la grippe aviaire à diverses espèces de mammifères ont été signalés : chat, vison, putois, furet, phoque, blaireau, ours noir, lynx, coyote, dauphin, marsouin, chat pêcheur, renard, léopard, opossum, loutre, porc, raton laveur, chien viverrin, mouffette, etc. Chez la plupart de ces espèces, la maladie est sans gravité.
Depuis avril 2024, les États-Unis connaissent une épidémie de grippe aviaire dans certains élevages bovins laitiers (début 2025, 925 troupeaux touchés dans 16 États). Les analyses génétiques des virus isolés montrent clairement qu’ils sont tous issus d’une même transmission à partir d’un oiseau. La présence de cette épidémie dans plusieurs élevages et plusieurs états est due à des transferts de vaches entre ces élevages.
En 2024, les autorités de santé américaines ont identifié un total de 66 cas d’infections humaines dues à ce virus, essentiellement des personnes en contact avec des bovins infectés. Aucune d’entre elles n’a transmis le virus à ses proches. Un seul décès a été recensé, chez une personne fragile.
Le virus de la grippe aviaire est-il présent dans le lait ?
Des analyses d’échantillons de lait faites en mai 2024 ont révélé la présence de matériel génétique du virus (ARN), une première à l’échelle mondiale. À la suite de cette découverte, la Food and Drug Administration (FDA, autorité sanitaire américaine) a effectué une recherche dans des lots de lait pasteurisé vendus dans le commerce : plusieurs ont montré la présence de fragments d’ARN appartenant à ce virus. Plus récemment, d’autres études ont également montré que des virus entiers (donc infectieux) pouvaient être présents dans du lait fraîchement trait à partir de vaches infectées : les chercheurs de la FDA ont testé 275 échantillons de lait cru provenant de plusieurs fermes contaminées situées dans 4 états touchés par l'épidémie. Parmi eux, 158 échantillons de lait cru se sont révélés positifs pour les fragments viraux et, parmi eux, 39 se sont avérés contenir du virus infectieux avec une concentration moyenne de 3 000 particules virales par millilitre.
La pasteurisation détruit-elle le virus de la grippe aviaire ?
Suite à cette découverte, la FDA a cherché à savoir si la pasteurisation rapide du lait (« pasteurisation flash », 72°C pendant 15 secondes) était efficace pour détruire d’éventuels virus de la grippe aviaire présents dans le lait. Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé du lait entier cru artificiellement contaminé par une concentration de virus plus élevée que celle trouvée dans les échantillons de lait cru contaminés (environ 5 millions de particules virales par millilitre). Après avoir pasteurisé ce lait, le virus a été complètement inactivé dans chacune des 9 expériences répétées.
Les échantillons de lait prélevés à mi-parcours de la pasteurisation indiquent que le virus a été inactivé très rapidement et les experts de la FDA ont extrapolé que les conditions de pasteurisation flash pourraient probablement éliminer jusqu’à 1 000 milliards de particules virales par millilitre de lait.
Ces résultats démontrent que ce mode de pasteurisation est efficace pour éliminer le virus A/H5N1 du lait avec une grande marge de sécurité. Le risque d’attraper la grippe aviaire en buvant du lait n’existe donc que si le lait est consommé cru, aux États-Unis (aucun autre pays n’a signalé cette maladie chez les vaches laitières).
Doit-on craindre une épidémie humaine de grippe aviaire A/H5N1 ?
La transmission des virus influenza aviaires à l’espèce humaine est rare et se fait au sein des élevages par le biais d’aérosols (les excrétions respiratoires des animaux infectés, ou leurs selles séchées pulvérisées). Il n’y pas de transmission par les viandes cuites ou les produits alimentaires issus des animaux infectés. Il est exceptionnel que les personnes contaminées par un virus de la grippe aviaire le transmettent à leur entourage. Aux États-Unis, l’épidémie qui sévit actuellement chez les vaches laitières n’a provoqué que 4 cas chez les personnes qui s’occupent de ces animaux, tous bénins. Aucune de ces personnes n’a transmis le virus à ses proches.
Les autorités sanitaires restent rassurantes sur la possibilité d’une épidémie humaine, à la condition que des mesures soient prises pour éviter que le virus A/H5N1 n’acquière des mutations propres à augmenter son infectivité et sa transmission dans l’espèce humaine (ces mutations sont connues et recherchées systématiquement). Parmi les mesures recommandées pour éviter cette dérive génétique, on trouve, par exemple, l’abattage systématique des animaux dans les élevages infectés, la désinfection des matériels d’élevage et des bâtiments, le port systématique du masque dans les élevages ou lors de manipulation de la faune sauvage, la vaccination des professionnels de l’élevage contre la grippe saisonnière (pour éviter un mélange de gènes entre les 2 virus) et, surtout, la surveillance virologique et sérologique des animaux et des personnels exposés aux animaux, afin de détecter rapidement l’apparition de mutations potentiellement problématiques.
Récemment, 15 pays de l’Union européenne ont commandé 665 000 doses de vaccins humains contre la grippe aviaire (avec une option pour 40 millions de doses supplémentaires). Ces doses sont destinées aux personnes les plus exposées à une éventuelle contamination par la grippe aviaire à partir d'oiseaux ou d'autres animaux, comme les travailleurs des élevages de volailles et les vétérinaires. Début juillet 2024, la Finlande a commencé à administrer ce vaccin à environ 10 000 professionnels, une première dans le monde.
En conclusion, la grippe aviaire qui sévit actuellement se transmet rarement à des personnes. Concernant le lait, la pasteurisation détruit le virus de la grippe aviaire, comme de très nombreux autres micro-organismes infectieux. En règle générale, la consommation de lait cru est à éviter lorsqu’on ne dispose pas de garanties sanitaires sur l’élevage dont il provient. En France, aucun cas de grippe aviaire n’a été signalé parmi les élevages laitiers mais la possibilité est réelle, du fait de la présence de nombreux oiseaux infectés par ce qui est la plus vaste épidémie de grippe aviaire jamais enregistrée à ce jour.
Edit : cet article publié en juillet 2024 a été mis à jour en janvier 2025 avec les dernières données et informations disponibles concernant la circulation du virus aux Etats-Unis.