Que penser de l’oxygénothérapie hyperbare ?

30/04/2025 4 mins de lecture

Dans le traitement de certains problèmes de santé, il peut être intéressant d’augmenter la concentration du sang en oxygène pour prévenir l’asphyxie de certaines cellules, mais aussi pour lutter contre des bactéries résistantes aux médicaments habituels. Pour y parvenir, il est nécessaire de placer les patients dans des caissons où la pression de l’air est artificiellement augmentée : c’est l’oxygénothérapie hyperbare.
Contrairement à ce que peuvent prétendre certains sites internet, si cette méthode est reconnue scientifiquement, son utilité n’est pas prouvée dans les maladies psychiques, la sclérose en plaques, l’infection par le VIH/sida ou pour diminuer le stress.

Quel est le principe de l’oxygénothérapie hyperbare ?

L’oxygénothérapie hyperbare (OHB) est une méthode d'administration d'oxygène, inhalé sous une pression supérieure à la pression atmosphérique (« hyperbare »), dans le but de soulager certaines maladies. Dans ces conditions particulières de pression, la concentration du sang en oxygène est nettement plus élevée que celle obtenue en respirant à la pression atmosphérique. De plus, cet oxygène n’est pas seulement fixé sur l’hémoglobine (le pigment rouge du sang), mais aussi dissous dans le plasma où il peut agir directement sur les cellules.

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Quels sont les effets d’un apport d’oxygène supérieur à la normale ?

Augmenter la concentration du sang en oxygène permet :

  • de favoriser l’oxygénation des tissus mal desservis par la circulation sanguine (par exemple quand ces tissus ont été écrasés lors d’un accident ou que les petits vaisseaux sanguins locaux sont insuffisants) ;
  • de lutter contre certaines bactéries sensibles à l’oxygène (par exemple, le staphylocoque doré). De plus, l’OHB favorise la pénétration de certains antibiotiques dans les bactéries et les cellules du corps (en particulier, dans le cerveau).
  • de favoriser la cicatrisation des tissus qui ont été abimés par un choc, une brûlure, une opération chirurgicale ou un traitement anticancéreux par rayons X (radiothérapie). L’OHB semble également exercer un effet anti-inflammatoire ;
  • de favoriser la disparition de bulles de gaz dans le sang (comme cela arrive aux plongeurs sous-marins qui remontent trop vite).

En pratique, comment se passe l’oxygénothérapie hyperbare ?

L’OHB est administré dans un caisson étanche (plus connu sous le nom de « caisson de décompression »), munie d’une paroi transparente. En France, une vingtaine de centres, le plus souvent situés dans des hôpitaux, disposent de ce type de caisson.
Lors d’une session, la personne traitée reste 90 minutes dans le caisson. Un traitement consiste habituellement en 1 ou 2 sessions par jour, pendant 10 à 50 jours selon le problème de santé à traiter.

Dans quelles maladies utilise-t-on l’oxygénothérapie hyperbare ?

Depuis des dizaines d’années, l’OHB est largement utilisée lors de 2 types d’urgence médicale :

  • l’intoxication au monoxyde de carbone (du fait d’un système de chauffage et d’aération défectueux). Le monoxyde de carbone perturbe la fixation d’oxygène sur l’hémoglobine et l’OHB permet de contourner ce problème en diffusant l’oxygène via le plasma ;
  • les bulles de gaz dans le sang (« embolies gazeuses »), par exemple lors d’accidents de décompression chez un plongeur sous-marin. L’augmentation de la pression favorise la disparition progressive de ces bulles.

De plus, elle est considérée comme bénéfique :

  • après un accident qui a écrasé un membre ou provoqué une facture ouverte (quand les tissus blessés risquent de se nécroser par insuffisance d’irrigation sanguine) ;
  • après une brûlure du 2nd degré touchant plus de 20 % de la surface du corps ;
  • pour soulager les séquelles d’une radiothérapie anticancéreuse (par exemple, au niveau d’une mandibule, de la vessie ou du rectum) ;
  • lors de surdité apparaissant brusquement (souvent liée à un problème d’irrigation sanguine) ;
  • lors d’infections résistantes aux traitements habituels dues à des bactéries sensibles à l’oxygène (ulcères, plaies chroniques, etc.) ;
  • pour favoriser la cicatrisation d’ulcères ou de plaies chroniques (par exemple, les ulcères du pied chez les personnes diabétiques), ou de greffes de peau ;
  • lors de nécrose osseuse (mandibule, mais aussi hanche).

D’autres usages existent, plus rares et moins documentés sur le plan scientifique.

Quelles sont les maladies où l’oxygénothérapie hyperbare n’apporte aucun bénéfice ?

Contrairement à ce que certaines personnes prétendent (qui font la promotion de l’OHB dans un cadre non hospitalier et non contrôlé), l’oxygénothérapie hyperbare n’a aucun effet sur les maladies suivantes :

  • la sclérose en plaques ;
  • la dépression et l’anxiété ;
  • les troubles du spectre autistique ;
  • les acouphènes ;
  • l’infirmité motrice cérébrale ;
  • l’infection par le VIH/sida ;
  • le stress.

De plus, chez la femme enceinte dont le placenta oxygène insuffisamment le fœtus, l’OHB ne présente pas d’intérêt.

Quelle est la toxicité de l’oxygénothérapie hyperbare ?

L’OHB présente peu d’effets indésirables. Rarement, la haute pression (3 fois la pression atmosphérique) peut endommager les tympans, un accident réversible. Chez certaines personnes, l’OHB déclenche des troubles du rythme cardiaque, voire une crise de convulsions sous l’effet de la forte concentration d’oxygène dans le sang. Ces effets indésirables disparaissent dès que la pression redevient normale.
Pour certaines personnes claustrophobes, rester 90 minutes dans un caisson hyperbare peut représenter une épreuve.

En conclusion, l’oxygénation hyperbare est une méthode de traitement validée et pratiquée dans des centres spécialisés. Au-delà de l’intoxication par le monoxyde de carbone et les accidents de décompression en plongée, elle peut être bénéfique lorsqu’un apport supplémentaire d’oxygène est nécessaire pour prévenir l’asphyxie des cellules ou favoriser la cicatrisation. Son usage tend à se répandre dans la prise en charge de certains accidents traumatiques ou de complications de traitements chirurgicaux ou anticancéreux.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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