Quels sont les bénéfices et les risques de la spiruline ?

12/01/2026 5 mins de lecture

Depuis une vingtaine d’années, la spiruline connait une popularité croissante comme source de protéines et de nutriments essentiels. Cette cyanobactérie, entre bactérie et micro-algue, est en effet riche en de nombreux nutriments indispensables à l’équilibre alimentaire. Néanmoins, elle est déconseillée aux personnes qui ont un terrain allergique, à celles qui souffrent de maladies du foie ou des muscles, ainsi qu’à celles atteintes de phénylcétonurie (une maladie génétique touchant le métabolisme). De plus, mieux vaut rester vigilant sur l’origine de la spiruline, pour éviter les intoxications par des métaux lourds ou des toxines.

 

Qu’est-ce que la spiruline ?

Sous le nom commun de spiruline se trouvent en fait diverses cyanobactéries du genre Arthrospira (autrefois appelé Spirulina). Les cyanobactéries sont à mi-chemin entre les bactéries et les micro-algues, elles poussent à la surface d’étendues d’eau douce dans les pays plutôt chauds (sud de l’Europe, Afrique subsaharienne, Mexique, Chine, Chili, par exemple) (1). Ces cyanobactéries sont récoltées et séchées pour obtenir une poudre verte qui est traditionnellement utilisée dans l’alimentation, par exemple au Tchad ou au Mexique.

La France est un petit producteur de spiruline (environ 30 tonnes, pour plus de 100 000 tonnes dans le monde) (2). Réglementairement, la spiruline est considérée comme une denrée alimentaire (3). En France, elle est disponible sous forme de compléments alimentaires. Elle est également utilisée comme colorant et dans l’alimentation animale. 

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La spiruline est-elle un aliment intéressant ?

La composition de la poudre de spiruline varie selon l’espèce récoltée et son origine. En moyenne, 100 grammes de spiruline contiennent environ 15 g de glucides, 65 g de protéines (avec de nombreux acides aminés que notre corps ne sait pas fabriquer) et moins de 10 g de matières grasses. Elle contient également de la vitamine E, des vitamines du groupe B, du bêta-carotène (le précurseur de la vitamine A), des sels minéraux (calcium, potassium, sodium, magnésium) et des oligo-éléments (cuivre, zinc, fer, manganèse, fluor, sélénium, etc.) (3).

Parmi les acides aminés, la spiruline contient une forte quantité de phénylalanine (entre 2 et 3 % du poids sec), substance toxique pour les personnes qui souffrent de phénylcétonurie, une maladie génétique (3).

Attention, la vitamine B12 contenue dans la spiruline est, pour 80 % d’entre elle, sous forme de pseudo-vitamine inactive. La spiruline ne constitue donc pas une source suffisante de vitamine B12 pour les personnes végétariennes, végétaliennes ou véganes (2,3)

La spiruline a-t-elle des effets contre certaines maladies ?

Au-delà de ses qualités nutritionnelles, certaines équipes de chercheurs ont évalué les éventuels bénéfices de la spiruline dans diverses maladies. Malheureusement, les études sont souvent de petite taille et mal conçues.  

À ce jour, la spiruline n’a pas montré d’intérêt thérapeutique dans la fatigue chronique, le diabète, l’excès de cholestérol ou le cancer. Des résultats intéressants ont été obtenus dans le traitement des rhinites allergiques (« rhume des foins », 4), mais ils nécessitent d’être explorés dans des études plus vastes. Dans le traitement des intoxications chroniques à l’arsenic, un mélange spiruline + zinc semble apporter un bénéfice, à confirmer par d’autres études (5,6).

Globalement, l’intérêt de la spiruline semble essentiellement nutritionnel, en particulier pour équilibrer les apports en vitamines et oligo-éléments. Chez les personnes végétaliennes et véganes, elle peut également contribuer à l’apport en protéines et en acides aminés essentiels (7,8)

Quels sont les dangers de la spiruline ?

Pour les autorités chargées de la sécurité alimentaire, la spiruline, si elle est de bonne qualité, ne pose pas de problème jusqu’à la dose de 5 à 6 grammes par jour (9). Néanmoins, à cette dose, sa richesse en bêta-carotène expose à un léger surdosage de ce nutriment par rapport aux recommandations nutritionnelles. Cet excès d’apport expose à un surdosage en vitamine A et, selon plusieurs études observationnelles dont l’étude française SU.VI.MAX, à un léger surrisque de cancer, en particulier de cancers de la peau et du poumon (chez les fumeurs) (10).

Entre avril 2014 et février 2017, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a reçu 49 déclarations d’effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de spiruline, essentiellement des troubles digestifs et allergiques (3). Pour 10 de ces cas, la responsabilité de la spiruline était très probable. De leur côté, les centres antipoison ont signalé 29 cas dont 18 directement après l’ingestion de spiruline. 

Après étude de ces cas et de ceux rapportés dans d’autres pays (en Europe et au Canada), l'Anses déconseille la consommation de compléments alimentaires à base de spiruline aux personnes présentant un terrain allergique ou des troubles des muscles ou du foie (1). Comme indiqué précédemment, sa consommation est également déconseillée aux personnes souffrant de phénylcétonurie (2).

Enfin, par mesure de précaution, les personnes sujettes à la goutte, aux calculs urinaires, ou celles qui ont un taux sanguin d'acide urique élevé, doivent utiliser la spiruline avec prudence. En effet, celle-ci est très riche en acides nucléiques (ADN, ARN) qui sont transformés en acide urique par l'organisme (9)

Spiruline : attention à l’origine des produits !

Dans son rapport de 2017, l’Anses, comme auparavant les autorités américaines, attire l’attention des consommateurs sur la possible contamination de la spiruline par des cyanotoxines ou des métaux lourds (2).

Les cyanotoxines (microcystines, anatoxines) sont des substances toxiques, produites par les cyanobactéries, qui peuvent provoquer des troubles du foie, des cancers de cet organe, de l’insuffisance rénale, des troubles neurologiques ou des paralysies respiratoires. Elles sont produites par certaines cyanobactéries qui peuvent contaminer les lacs de production de la spiruline. Des cas d’intoxication aiguë ont été signalés, par exemple à partir de spiruline produite au Kenya (3). Les producteurs sont censés contrôler l’absence de ces bactéries contaminantes par des examens microscopiques réguliers de leur production.

Les métaux lourds (arsenic, plomb, mercure, cadmium, nickel, etc.), s’ils sont présents dans l’eau des lacs de production sous l’effet de la pollution, ont tendance à se concentrer dans les cyanobactéries de la spiruline. Des cas de spiruline contaminée ont été rapportés au Tchad, au Burkina Faso ou à Cuba, par exemple (9).

En conclusion, les bénéfices de la spiruline sont essentiellement nutritionnels, en particulier pour les personnes végétariennes, végétaliennes et véganes. La vigilance est de mise sur l’apport alimentaire total en bêta-carotène pour ne pas s’exposer à une augmentation significative du risque de cancer de la peau ou des poumons. Elle est également de mise sur l’origine et la qualité de la spiruline consommée pour éviter les intoxications par les cyanotoxines ou les métaux lourds. 

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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Bibliographie

1 - Spirulina. Livertox.nih.gov, National Institutes of Health, avril 2019

2 - Compléments alimentaires à base de spiruline : privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés. Anses, novembre 2017

3 - Avis de l’Anses relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline. Anses, août 2017

4 - Karkos PD, Leong SC, Karkos CD et al. Spirulina in Clinical Practice: Evidence-Based Human Applications. Evid Based Complement Alternat Med. 2011; 2011: 531053. doi: 10.1093/ecam/nen058

5 - Misbahuddin M, Maidul Islam AZM, Khandker S et al. Efficacy of spirulina extract plus zinc in patients of chronic arsenic poisoning: a randomized placebo-controlled study. Clin Toxicol (Phila). 2006;44(2):135-41. doi: 10.1080/15563650500514400 

6 - Hosseini SM, Khosravi-Darani K & Mozafari MR. Nutritional and medical applications of spirulina microalgae. Mini Rev Med Chem. 2013 Jun 1;13(8):1231-7. doi: 10.2174/1389557511313080009 

7 - Gogna S, Kaur J, Sharma K et al. Spirulina- An Edible Cyanobacterium with Potential Therapeutic Health Benefits and Toxicological Consequences. J Am Nutr Assoc. 2023 Aug;42(6):559-572. doi: 10.1080/27697061.2022.2103852 

8 - Grosshagauer S, Kraemer K & Somoza V. The True Value of Spirulina. J Agric Food Chem. 2020 Apr 8;68(14):4109-4115. doi: 10.1021/acs.jafc.9b08251 

9 - Marles RJ, Barrett ML, Barnes J et al. United States Pharmacopeia Safety Evaluation of Spirulina. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 51:7, 593-604. doi: 10.1080/10408391003721719

10 - Hercberg S & Galan P. Les leçons de SU.VI.MAX : bénéfices et effets délétères des micronutriments antioxydants. Médecine des Maladies Métaboliques 2009;3(5);502-505. doi: 10.1016/S1957-2557(09)73298-5