Utilise-t-on vraiment seulement 10 % de notre cerveau ?

02/05/2023 4 mins de lecture

Le mythe selon lequel nous utilisons seulement 10 % de notre cerveau est l’une des plus anciennes « infox » relatives à la santé. Des historiens en ont retrouvé trace il y a plus d’un siècle ! Ce mythe a largement nourri la littérature et le cinéma qui ont imaginé ce qu’il pourrait se passer si nous parvenions à libérer les 90 % restants ! Malheureusement, notre cerveau est déjà bien occupé et ses capacités sont entièrement mises à profit par nos activités. Ainsi, cette théorie ne possède aucune base scientifique… mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas développer ses capacités cérébrales !

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Crédits : Image de holdendrils

Dix pour cent de quoi ?

Avant de nous aventurer sur les causes et la réfutation du mythe des 10 %, il est intéressant de se demander ce que signifie ce pourcentage. Dix pour cent de quoi ? Habituellement, il est fait référence au volume de matière cérébrale mis en activité tout au long de la journée. Comme si 90 % de nos cellules cérébrales restaient sagement au repos.
Mais le cerveau n’est pas constitué de cellules toutes identiques qui sont soit en activité, soit au repos. Il contient environ 50 % de neurones, les cellules nerveuses capables d’être « activées » et 50 % de cellules dites « gliales », dont le rôle est de protéger, isoler électriquement, nourrir et défendre les neurones. Donc, d’emblée, nos activités cérébrales ne sont assurées que par 50 % des cellules du cerveau ! Alors 10 % du tout ou 10 % des neurones ?
 

Pourquoi a-t-on pu évoquer une sous-utilisation du cerveau ?

Les raisons initiales de cette fausse idée ne sont pas clairement identifiées. Certains historiens émettent l’hypothèse que, parce que les premiers neurobiologistes ont montré que certaines régions du cerveau étaient associées à certaines fonctions (le cortex auditif, le cortex visuel, le cortex moteur, par exemple), ils ont pu laisser croire à l’existence de zones sans fonction précise, voire inactives.

D’autres hypothèses circulent pour expliquer cette fausse idée, par exemple :

  • la découverte des cellules gliales qui ne sont pas électriquement actives ;
  • une théorie qui postulait qu’un entraînement approprié augmentait les capacités cérébrales (la théorie de la « réserve énergétique »), ce qui sous-tendait l’existence d’un potentiel inexploité ;
  • la découverte de la « substance blanche » du cerveau, c’est-à-dire des zones essentiellement formées de fibres de connexion, relativement pauvres en neurones ;
  • le fait que certaines personnes aient pu continuer à fonctionner quasi-normalement alors qu’une partie de leur cerveau avait été détruite au cours d’un accident ;
  • le cas des personnes hydrocéphales dont le cerveau se développe dans un volume réduit (la boîte crânienne est en partie remplie d’une poche de liquides).

Si les raisons de ce mythe sont difficiles à cerner, il est facile de comprendre pourquoi il a fait florès : comment résister à l’idée que nous puissions disposer de capacités intellectuelles 10 fois plus importantes que celles dont nous disposons aujourd’hui ?

Comment a-t-on pu montrer que nous utilisons tout notre cerveau ?

Très rapidement, des scientifiques se sont élevés contre l’idée que 90 % du cerveau reste inactif. En termes d’évolution des espèces, il n’existe pas d’exemple où un organe se serait développé pour, in fine, ne pas être utilisé au maximum de ses possibilités. L’espèce humaine a un volume cérébral exceptionnellement élevé, il aurait été difficile d’expliquer que cette évolution se soit faite sans être mise à profit. D’autant plus que le fait d’avoir un « gros » cerveau a un prix : 20 % de nos dépenses énergétiques servent au fonctionnement cérébral !

Au fil des années, la connaissance du fonctionnement du cerveau s’est affinée. En particulier, il a été possible de mettre en évidence que les zones identifiées comme étant liées à des fonctions précises (par exemple les différents cortex cités précédemment) étaient plutôt les points de rencontre de circuits impliqués dans ces fonctions, des chaînes de neurones qui s’étendent à de nombreuses autres zones. Ainsi, à titre d’exemple, une activité comme la reconnaissance d’un visage mobilise des chaînes de neurones à travers de nombreuses zones du cerveau, au-delà du cortex visuel.

De plus, les nouvelles techniques d’imagerie de l’activité cérébrale, capables d’identifier les zones du cerveau particulièrement actives lors d’une tâche, montrent également l’existence d’un fort « bruit de fond » dans l’activité cérébrale, y compris pendant le sommeil. Certes, pour une tâche donnée, l’activité neuronale est forte dans certaines zones, mais on voit également d’autres zones avec une activité plus modérée, ainsi qu’une activité à bas bruit dans l’intégralité du cerveau. Seule exception, les zones lésées (par exemple à la suite d’un AVC) qui, elles, restent silencieuses, ce qui permet de les identifier et d’en évaluer l’étendue.

Nos capacités cérébrales sont-elles à leur maximum ?

Si la théorie des 10 % ne possède aucune base scientifique, cela ne signifie pas que nous n’ayons pas la possibilité de développer nos possibilités ! En effet, plus que le nombre de neurones, ou le nombre de neurones actifs à un instant donné, il existe un marqueur plus intéressant de nos capacités cérébrales : le nombre et la nature des connexions entre les neurones. Or celles-ci sont fortement dépendantes des diverses activités que nous menons tout au long de la journée : en effet, elles se développent (et disparaissent) en fonction de nos besoins.
Ainsi, pratiquer une langue étrangère, un instrument de musique ou une nouvelle activité sportive développe et affine des capacités que nous n’aurions pas acquises sans ces activités. Le cerveau est, comme les muscles ou les ligaments, capable de s’adapter à de nouvelles contraintes et d’acquérir de nouveaux savoir-faire.
 

 

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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