Les perturbateurs endocriniens

Dossier

Publié le 04/01/2021

Dossier constitué avec : Ademe - Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie , Agir pour bébé – Santé publique France, Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, ANSM - Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, Cancer et environnement-Centre Léon Bérard, Commission européenne, ECHA-Agence européenne des produits chimiques, EFSA-Autorité européenne de sécurité des aliments, eSet Bourgogne Franche-Comté – Santé environnement pour tous, Fil santé jeunes, Inca - Institut national du cancer, Inserm, Inrs - Santé et sécurité au travail, Mpedia, Réseau DES France

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui dérèglent le fonctionnement hormonal. Ils sont souvent présents dans les lieux de vie et de travail quotidiens. Les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables aux effets qu’ils peuvent avoir sur la santé. La prise en compte des perturbateurs endocriniens est complexe et relativement récente. Tandis que la recherche avance et que la réglementation s’empare progressivement du sujet, il est recommandé de prendre des précautions pour limiter son exposition aux produits chimiques en général, en attendant que les perturbateurs endocriniens soient scientifiquement identifiés.

Les perturbateurs endocriniens, c’est quoi ?

Des substances chimiques néfastes pour la santé

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques, d’origine naturelle ou artificielle, qui dérèglent le fonctionnement hormonal des organismes vivants. Ces substances peuvent ainsi provoquer des troubles de la croissance, du développement sexuel ou neurologique et de la reproduction. Elles peuvent également engendrer des maladies comme le diabète et certains cancers hormono-dépendants (thyroïde, sein, ovaire, utérus, prostate et testicule), c’est-à-dire pour lesquels les hormones jouent un rôle dans la prolifération des cellules cancéreuses.

Ces substances agissent de 3 manières différentes :

  • Elles modifient les mécanismes de production des hormones naturelles dans l’organisme ;
  • Elles se substituent aux hormones en mimant leur action dans les mécanismes biologiques ;
  • Elles empêchent l'action des hormones.

Il existe une grande diversité de substances dont la capacité de perturbation endocrinienne est suspectée voire avérée : hormones naturelles ou synthétiques (œstrogènes, testostérone, progestérone…), produits chimiques de combustion, produits industriels ou domestiques tels que des plastiques, des cosmétiques, des pesticides, des solvants…

Si les effets toxiques de certaines substances sont clairement établis à forte dose, il reste à identifier les éventuels effets néfastes liés à une perturbation hormonale à long terme, voire, à travers plusieurs générations, et potentiellement à faibles doses.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié en 2017 un avis portant une proposition de critères d’identification des perturbateurs endocriniens. Dans ses conclusions, l’Anses recommande de distinguer les perturbateurs endocriniens en trois catégories : « avérés », « présumés » et « suspectés ».  

Pour en savoir plus
Les perturbateurs endocriniens. Dossier de l’Anses
Les perturbateurs endocriniens. Dossier de l’Inca  
Que sont les perturbateurs endocriniens. Dossier de Santé Publique France
Avis de l’ANSES

2 minutes pour comprendre les perturbateurs endocriniens

L’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé

À quoi sert le système endocrinien ?

Le système endocrinien regroupe les organes qui produisent des hormones : thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse, pancréas… Une fois produites, les hormones circulent dans le sang avec l’objectif de réguler de nombreux comportements et fonctions de l'organisme comme la croissance, le développement sexuel, le développement cérébral, la reproduction, la température du corps, la faim, le sommeil, le niveau d’insuline (hormone qui régule le taux de sucre dans le sang), le rythme cardiaque…

 

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Source : Institut national du cancer 
 

Pour en savoir plus
Dico d’ado : Le rôle de l’endocrinologue

 

Quels sont les perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés ?

D’après un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, qui date de 2012, près de 800 substances chimiques sont des perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés, notamment :

  • les pesticides ;
  • des plastifiants ;
  • des médicaments (Distilbène, anti-douleurs comme le paracétamol et l’aspirine) ;
  • des cosmétiques (parabènes).

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Source : Ministère de la Santé et de la Prévention

Le bisphénol A a été reconnu comme perturbateur endocrinien par l’Agence européenne des substances chimiques (ECHA). Il a été inscrit sur la liste des substances extrêmement préoccupantes.

La liste est modifiée régulièrement en fonction de la production de nouvelles connaissances scientifiques, car l’étude de ces substances est relativement récente (voir la partie Recherche de ce dossier thématique).

A savoir ! Beaucoup de perturbateurs endocriniens persistent de longues années dans l’environnement et peuvent être transférés d’un milieu à un autre (sol, eau, air, poussières, etc.) longtemps après qu’ils aient été produits.

Comment diminuer son exposition aux perturbateurs endocriniens ?

Les 3 voies d’exposition : la bouche, le nez, la peau

Les perturbateurs endocriniens peuvent pénétrer dans l’organisme :

  • par ingestion d’aliments et d’eau contenant des pesticides par exemple, ou encore lorsqu’un bébé suce un jouet ;
  • par inhalation d’air ou de poussières pollués par des produits ménagers, du mobilier…
  • par contact avec la peau (vêtements, lunettes, produits cosmétiques…)

Les doses d’exposition 

Au cours de la vie, nous sommes régulièrement exposés à des doses variables de nombreuses substances chimiques qui sont (ou sont susceptibles d’être) des perturbateurs endocriniens. Supprimer les perturbateurs endocriniens de notre quotidien est impossible, mais quelques bons réflexes permettent de limiter son exposition à ces substances.

Dans certains secteurs professionnels, on peut être exposé aux perturbateurs endocriniens à de plus fortes doses que la population générale. C’est le cas notamment dans l’agriculture (manipulation de pesticides par exemple), l’industrie pharmaceutique (production d’hormones par exemple) et chimique (fabrication de plastiques par exemple). La protection des travailleurs exposés aux perturbateurs endocriniens est prévue par le Code du travail (voir la partie Réglementation du dossier).

Une sensibilité plus forte au début de la vie

La sensibilité aux perturbateurs endocriniens peut varier selon les périodes de la vie. Le fœtus et l’embryon, le nourrisson et le jeune enfant présentent une sensibilité accrue à ces substances. L’Organisation mondiale pour la santé (OMS) recommande de limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant les 1000 premiers jours de vie, soit de la date de conception de l’enfant jusqu’à ses 2 ans. 

Pour en savoir plus
Les perturbateurs endocriniens. Dossier de eSet Bourgogne Franche-Comté
Perturbateurs endocriniens et travail. Dossier de l’INRS


Les bons réflexes dans la cuisine

Il est recommandé de manger des fruits et légumes frais, de saison, car ils contiennent généralement moins de produits chimiques et de pesticides utilisés pour la conservation. Bon à savoir : en lavant et en épluchant les fruits et légumes, on élimine une partie des résidus de pesticides.

Comment faire pour les produits alimentaires transformés ? L’astuce est de repérer la présence éventuelle des conservateurs alimentaires E 214 à 219. Il importe de les éviter puisque le parabène utilisé dans ces conservateurs est suspecté d’être un perturbateur endocrinien.

Un autre geste simple à appliquer consiste à choisir des boites en verre pour conserver les aliments car le contact des aliments avec toutes sortes de plastiques, particulièrement en cas de chauffage aux micro-ondes, peut poser problème.

Les bons réflexes sur la peau

Certains ingrédients de cosmétiques, en particulier les conservateurs, pourraient perturber le système hormonal. C’est pourquoi, par précaution, il vaut mieux privilégier les pains de savon à base végétale bio et les huiles végétales (jojoba, amande douce, olive…), et plus globalement les produits bio et/ou labellisés sans phtalates. 

Les produits solaires (crèmes, gels, huiles ou aérosols), indispensables pour se protéger des méfaits du soleil, sont eux aussi des produits chimiques. L’efficacité ne doit donc pas être le seul critère de choix. Certains filtres solaires et conservateurs sont fortement suspectés de se comporter en perturbateur endocrinien.

L’application gratuite QuelCosmetic (réalisée par l’UFC Que choisir) facilite le choix des cosmétiques car elle évalue les risques toxicologiques de milliers de produits.

Pour en savoir plus
Télécharger l’appli QuelCosmetic (Apple StoreGoogle Play)

Pour le bébé, il est conseillé́ d’utiliser le moins de produits d’hygiène possible car la peau du jeune enfant est très perméable. Pour sa toilette, il est recommandé de remplacer les lingettes par un savon surgras à pH neutre. 
Concernant les couches, il est préférable d’utiliser des couches jetables écologiques, sans parfum, sans chlore et sans polyacrylate de sodium (une substance absorbante) ou celles qui sont lavables en fibre de bambou.

Pour en savoir plus
Toilette et produits cosmétiques : conseils aux parents
Réduire l’exposition aux substances chimiques
La réglementation sur les cosmétiques


Laver les vêtements avant de les porter

Pour limiter le contact de sa peau avec des substances qui pourraient un jour s’avérer perturbantes pour le système endocrinien, il est recommandé de toujours laver un vêtement après achat, avant de le porter.
On peut aussi privilégier les textiles bénéficiant d’un label écologique. Certains labels garantissent notamment une utilisation limitée de certains produits chimiques nocifs lors de la fabrication des vêtements.

Aérer son domicile chaque jour

Dans la maison, les perturbateurs endocriniens sont susceptibles d’être présents dans certains meubles, certaines peintures, certains objets de décoration ainsi que dans des produits ménagers. Comme ils se diffusent continûment dans l’air, la solution est d'ouvrir les fenêtres 10 minutes par jour, de préférence tôt le matin et tard le soir pour ceux qui habitent en ville, car c’est le moment où la pollution de l'air extérieur est la moins forte. Cette recommandation d’aération vaut aussi quand on bricole et quand on fait le ménage.

Un ménage régulier est également efficace. Il suffit de passer l’aspirateur (de préférence avec filtre HEPA) ou d’effectuer un balayage humide. Le nettoyage de son logement doit être plus fréquent si l’on vit en ville, en cas de présence d’un enfant en bas âge, si l’on a un animal de compagnie…

Pour en savoir plus
Comment assainir l'air de chez vous ?

Jardiner sans pesticides chimiques, c’est possible

Plusieurs pesticides chimiques (insecticides, fongicides et herbicides) sont susceptibles de contenir des perturbateurs endocriniens. Ils sont interdits à la vente aux particuliers depuis janvier 2019. Pour ceux qui auraient des stocks de produits chez eux, il est recommandé de les apporter à la déchetterie et de ne surtout pas les vider dans les canalisations de son domicile.

Désormais seuls les pesticides d’origine naturelle sont disponibles pour les jardiniers amateurs.

Alors pour lutter contre les mauvaises herbes, les insectes et les rongeurs, on change ses habitudes ! On utilise de l’eau bouillante sur les terrasses ou allées pour se débarrasser des mauvaises herbes, on fait les bonnes associations de plantes pour repousser les insectes indésirables…

Un usage raisonné en agriculture

L’usage d’un pesticide peut s’avérer nécessaire en cas de foyer d’infestation identifié très tôt, et en cas d’attaques virulentes et à forte capacité de propagation en raison des conditions.

 

Les précautions à prendre pendant la grossesse

Pour la femme enceinte, il est important de particulièrement limiter son exposition aux perturbateurs endocriniens afin de préserver la santé de l’enfant à naître. En complément des bons gestes qui viennent d’être présentés —recommandés pour tous — la femme enceinte doit prendre des précautions supplémentaires :

  • en évitant le bricolage et les travaux de décoration ;
  • en utilisant les produits de beauté avec modération (parfum, maquillage, crèmes…) ;
  • en limitant l’usage de produits ménagers chimiques et d’engrais de jardinage ;
  • en portant des gants jetables en cas d’utilisation de produits à potentiel toxique ;
  • en évitant les encens, bougies parfumées et désodorisants. 

Préparer la chambre de bébé 2 mois avant la naissance

Les matériaux et meubles neufs peuvent émettre des perturbateurs endocriniens. Il importe donc de planifier les travaux de la chambre du bébé́ au moins 2 mois avant son arrivée. Ne pas oublier d’aérer la pièce régulièrement et longuement après les travaux.

Laver ou aérer les jouets avant usage

Les textiles et les matières plastiques constitutifs des poupées et autres jouets peuvent contenir des perturbateurs endocriniens. C’est pourquoi, afin de limiter l’exposition de l’enfant à ces substances, le bon geste consiste à laver le jouet (s’il est lavable) ou à le sortir de son emballage plusieurs jours avant usage.

Pour en savoir plus
Grossesse et environnement : comment repérer les produits et situations nocifs
Les bons gestes à adopter pour une grossesse dans un environnement sain
Site agir pour bébé

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L’essentiel à retenir

Les perturbateurs endocriniens peuvent être présents dans tous les lieux de la vie quotidienne : logements, entreprises, écoles, hôpitaux… Pour limiter son exposition, ce n’est pas si compliqué. Voici les principales recommandations :

  • aérer régulièrement son lieu de vie ou de travail ;
  • éviter le plastique pour conserver ou réchauffer des aliments, à la maison comme au bureau ;
  • laver les vêtements et les jouets avant de les utiliser ;
  • faire confiance aux labels pour les cosmétiques ;
  • utiliser des produits d’entretien naturels.

Focus sur les perturbateurs endocriniens les plus connus

Bisphénol A

Le bisphénol A (aussi appelé BPA) est une substance chimique utilisée dans la fabrication industrielle de plastique (polycarbonate) et de résine à usage alimentaire. On en trouve dans divers produits : revêtements intérieurs des boîtes de conserve, canettes, certaines bonbonnes et bouteilles plastiques, vaisselle plastique… En chauffant ces objets, on favorise la libération des molécules de bisphénol A, qui peuvent alors se retrouver dans les aliments ou les boissons. 

Depuis 2015, il est interdit d’utiliser du bisphénol A pour fabriquer les biberons et les contenants ou ustensiles alimentaires.

Le bisphénol A est également utilisé dans la fabrication des papiers thermosensibles (tickets de caisse, reçus de carte bleue). Depuis janvier 2020, en raison d’une mesure de restriction au sein de l’Union européenne, datée de décembre 2016, le bisphénol A ne peut plus être mis sur le marché dans le papier thermique à une concentration égale ou supérieure à 0,02 % en poids. A cette concentration, cette valeur limite équivaut à une interdiction du BPA.

Pour en savoir plus
Bisphénol A (Ministère de la Santé et de la Prévention)
Bisphénol A (Cancer et environnement)

Comment agit le Bisphénol A ?

Distilbène® (diéthylstilboestrol DES)

Jusqu’en 1977, l’hormone Distilbène® a été prescrite en France aux femmes enceintes pour réduire leur risque de fausse couche. Il a été établi que ce traitement augmentait, chez les filles de ces femmes, le risque de développer certains cancers, notamment du col de l’utérus. Des effets sont observés jusqu’à la troisième génération.

C’est pourquoi toute femme dont la mère a pris du Distilbène® durant sa grossesse peut réaliser un test de dépistage du col de l’utérus chaque année, et non tous les trois ans comme c’est le cas pour les femmes en général.

Pour en savoir plus
Diethylstilbestrol (DES)
Le Distilbène® : conséquences de l’exposition
 


Phtalates 

Les phtalates sont des substances chimiques souvent utilisées pour renforcer et maintenir la flexibilité de certains plastiques. On les trouve dans pratiquement tous les articles en PVC, donc dans de nombreux produits du quotidien : emballages alimentaires, produits cosmétiques, ballons, nappes, rideaux de douche, colles, revêtements de sol, imperméables, etc. Ils sont également présents dans des dispositifs médicaux (gants à usage unique, cathéters, poches de sang…).

Depuis 2016 il est interdit d’utiliser des phtalates dans certains dispositifs médicaux destinés à des nouveau-nés, des enfants ou des femmes enceintes. À noter également que les jouets sont désormais contrôlés pour vérifier qu’ils ne contiennent pas de phtalates. 

Pour en savoir plus
FAQ sur les phtalates dans les matériaux plastiques en contact avec des aliments

 

Pesticides 

Les pesticides peuvent perturber le système endocrinien et endommager le système immunitaire. Ils sont également soupçonnés d’augmenter le risque de certains cancers (sein, prostate) et de réduire la fécondité́ masculine.

La France est engagée pour limiter l’exposition des populations aux pesticides. Les professionnels utilisant des pesticides dans le cadre de leur activité y sont les plus exposés mais la population générale est également concernée. En France, il est désormais interdit de réaliser des épandages aériens de pesticides (fin 2015), d’utiliser des pesticides chimiques de synthèse dans les collectivités (fin 2016) et de vendre des pesticides chimiques aux particuliers (janvier 2019). De plus, dans le cadre de la loi EGalim, depuis le 1er janvier 2020, un exploitant agricole ne peut pas utiliser des pesticides chimiques s’il ne met pas en place des mesures de protection des riverains en fonction du matériel et des techniques d'application utilisés.

Pour en savoir plus
Dossier "Les pesticides" (Inca)
Effets sur la santé d’une exposition à des pesticides
Sources d’exposition aux pesticides


Chlordécone

La chlordécone est une molécule utilisée pour fabriquer un pesticide du même nom, toxique pour l’homme. Ce pesticide a été utilisé dans les bananeraies aux Antilles à partir de 1972. Considéré comme une substance potentiellement cancérigène depuis 1979, son utilisation est interdite depuis 1993. 

Persistante, la molécule chlordécone s’est accumulée dans les sols et milieux aquatiques. Certaines productions agricoles actuelles sont sensibles à cette substance (élevage, bananes, légumes racines, poireaux, pastèques, concombres, melons…). Transportée par les cours d’eaux vers la mer, la chlordécone contamine aussi les produits de la pêche en rivière et en mer à proximité́ des côtes. Dans ces zones, la pêche est interdite.

L’exposition du fœtus et du nourrisson à la chlordécone a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur. Pour protéger le jeune enfant, il est recommandé d’éviter de consommer des produits susceptibles d’être contaminés, notamment les viandes, œufs ou végétaux provenant de circuits informels.

Quelle est la réglementation ?

En France

En 2014, la France a été le premier pays au monde à se doter d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Son objectif : articuler recherche, surveillance, réglementation et information des citoyens afin de prévenir et limiter l'exposition de la population à ces substances, en particulier les personnes les plus vulnérables (femmes enceintes, enfants). C'est dans le cadre de cette stratégie qu'a été adopté le contrôle des phtalates et du bisphénol A (BPA) dans les jouets et les tickets de caisse. 

La protection des travailleurs exposés aux perturbateurs endocriniens est prévue par le Code du travail. Les travailleurs doivent notamment faire l’objet d’une formation, être informés sur ce sujet et disposer de moyens de protection adaptés. Des dispositions spécifiques du Code du travail sont prévues pour les femmes enceintes et en période d’allaitement. Il est interdit de les affecter ou de les maintenir à des postes de travail les exposant à certaines substances identifiées comme toxiques pour la reproduction.

Pour en savoir plus
Perturbateurs endocriniens

 

En Europe

La notion de perturbation endocrinienne intègre progressivement la réglementation européenne. À ce jour, les perturbateurs endocriniens sont traités dans 3 règlements :

  • le règlement n°1907/2006 (dit règlement REACH) vise à éviter que des produits chimiques soient commercialisés sans que leurs dangers éventuels aient été évalués. Un système particulier d’autorisation et de restriction a été mis en place pour les substances considérées comme « extrêmement préoccupantes », notamment pour les perturbateurs endocriniens. C’est le cas du Bisphénol A qui est considéré, depuis 2017, comme une substance extrêmement préoccupante sur la base de ses propriétés de perturbateur endocrinien.
    Pour en savoir plus
    Usages et effets sanitaires du bisphénol A (BPA)
     
  • le règlement n°1107/2009 concerne la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Grâce à cette réglementation, une substance chimique est approuvée à condition qu’elle ne soit pas considérée comme ayant des effets perturbateurs sur le système endocrinien, à moins que l’exposition humaine à cette substance ne soit négligeable.
     
  • le règlement n°528/2012 concerne la mise sur le marché et l’utilisation des produits biocides. Selon ce règlement, la mise sur le marché n’est pas autorisée pour les biocides perturbant le système endocrinien.
    Pour en savoir plus
    Cadre réglementaire (INRS)

En novembre 2018, la Commission européenne a adopté une stratégie visant à protéger les citoyens de l’Union européenne et l’environnement contre les produits chimiques dangereux, dont les perturbateurs endocriniens. Cette stratégie applique le principe de précaution, en se fondant sur les données scientifiques disponibles. Elle vise à réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens et à accélérer la recherche.

Pour en savoir plus
Stratégie concernant les perturbateurs endocriniens et initiative citoyenne européenne
 

Pour des villes et territoires sans perturbateurs endocriniens

En France, les collectivités s’engagent pour des villes et des territoires sans perturbateurs endocriniens.

La recherche scientifique en France

Les défis de la recherche

Il est complexe d’évaluer les risques sanitaires des perturbateurs endocriniens en raison : 

  • des faibles doses d’exposition à ces substances ; 
  • de la multiplicité des perturbateurs endocriniens, de leur présence diffuse dans l’environnement et des interactions possibles entre plusieurs substances dans l’organisme (« effets cocktails ») ; 
  • de la nature répétée de l’exposition aux perturbateurs endocriniens.


Le 4e Plan national Santé Environnement (2020-2024) prévoit de contribuer à cette évaluation. Un des axes d’action est de mieux connaître les expositions et les effets de l’environnement sur la santé des populations, en considérant globalement les expositions tout au long de la vie de l’individu, dès la période prénatale. C’est ce que l’on appelle l’exposome.

Pour en savoir plus
Le concept d’exposome

Le programme national de recherche

Le programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE) a pour objectif de soutenir des recherches fondamentales et appliquées, en appui à l’action publique. Il s’inscrit depuis avril 2014 dans la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. 5 axes de recherche prioritaires sont actuellement déployés :

  • Les mécanismes d’action des perturbateurs endocriniens dans l’organisme ;
  • Les effets de substances seules ou en mélange, à faible dose, sur plusieurs générations ;
  • La mesure de la contamination des milieux de vie, la caractérisation des expositions humaines ;
  • Les outils pour la réglementation ;
  • L’approche sociologique (notamment débat dans la société).

Les recherches du PNRPE ont permis des avancées significatives :

  • Des travaux sur les mélanges de perturbateurs endocriniens à faible dose ont montré que les effets de molécules prises individuellement ne permettent pas de prédire l’effet du mélange. Une substance peut potentialiser l’effet d’une autre ou au contraire l’atténuer selon l’organe considéré.
  • On a montré, chez la souris, l’existence d’un effet « obésogène » de l’exposition périnatale à de faibles doses de bisphénol A ou à l’un de ses substituts, le bisphénol S. 
  • Il a été démontré que des perturbateurs endocriniens semi-volatiles sont très répandus, notamment dans les poussières des logements, selon des concentrations très variables.

Pour en savoir plus
Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens
Le programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens

 

L’identification des perturbateurs endocriniens est en cours

Les connaissances sur les perturbateurs endocriniens sont en pleine évolution car le sujet est pris en compte de manière récente. Il reste beaucoup d’incertitudes sur la capacité de nombreuses substances chimiques à perturber le système endocrinien. Un travail est en cours au niveau européen. En France, c’est l’Anses qui est chargée de définir la liste des perturbateurs endocriniens reconnus. Quant à l’INRS, il engage des travaux de recherche lorsqu’il existe des spécificités vis-à-vis du travail. Il s’agit de développer des méthodes et des outils pour détecter au plus tôt, évaluer et limiter les expositions aux perturbateurs endocriniens dans le cadre professionnel.

Pour en savoir plus
Les travaux de l’Anses sur les perturbateurs endocriniens
Les actions en cours à l’INRS sur les perturbateurs endocriniens

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Les produits chimiques du quotidien