#DerrièreLeChiffre : plus de 4 heures d’écran par jour pour les 6-17 ans, qu’est-ce que cela signifie ?
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Publié le 27/02/2025
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
D’après Santé publique France, les enfants de 6 à 17 ans passeraient en moyenne 4h11 par jour sur un écran, hors temps scolaire. Une durée qui semble conséquente et qui interroge : que signifie vraiment ce chiffre ? Pourquoi est-ce problématique pour les jeunes de passer autant de temps sur les écrans ? Que peut-on faire pour les protéger ? Voici quelques éléments de réponse.
D’où vient ce chiffre ?
Il est tiré de la dernière étude qui fait référence en France concernant le temps cumulé d’exposition des enfants aux écrans : l’étude Esteban, menée en 2015 par Santé publique France. Celle-ci est citée dans le rapport de la commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans, remis en avril 2024.
D’autres études ont été menées depuis et donnent des chiffres complémentaires, bien qu’ils varient selon les méthodologies utilisées. L’étude 2024 sur les jeunes et la lecture réalisée par l’institut IPSOS pour le Centre national du Livre (CNL) indique par exemple que, chez les 16-19 ans, les garçons passent en moyenne 5h12 sur les écrans et les filles 5h09. Chez les enfants âgés de 7 à 9 ans, la moyenne quotidienne s’élève à 1h50 pour les garçons et 2h20 pour les filles.
S’agissant des très jeunes enfants, on peut s’appuyer sur la cohorte « Elfe » (Inserm-Ined) qui suit les temps d’écran des enfants nés en 2011 : elle indique que le temps d’écran quotidien moyen des enfants était de 56 min à 2 ans (soit en 2013), 1h20 à 3 ans et demi (en 2014-2015) et 1h34 à 5 ans et demi (en 2017). Toujours selon cette étude, seuls 13,7 % des enfants n’étaient pas du tout exposés aux écrans à l’âge de 2 ans.
Comment l’interpréter ?
Toutes ces données s’entendent hors du temps scolaire, et représentent des durées conséquentes à l’échelle d’une journée. Les enfants sont en effet très largement exposés aux écrans (10 en moyenne par foyer), et cela de plus en plus jeunes. Il y a non seulement les écrans disposés dans les espaces communs, comme souvent la télévision, mais aussi des équipements individuels comme les smartphones, qui arrivent de plus en plus tôt (âge moyen d’acquisition 9 ans et 8 mois) et sont plus compliqués à contrôler pour les parents.
Le chiffre ici présenté est une moyenne, qui regroupe des réalités différentes selon les tranches d’âge, et des usages variés : du temps passé devant la télévision, mais aussi les jeux vidéo ou encore de la fréquentation d’internet, notamment les réseaux sociaux.
On peut également supposer que le temps d’écran des jeunes rapporté par l’étude Esteban en 2015 (4h11) est en-dessous de la réalité actuelle. Depuis 10 ans, l’exposition aux écrans s’est encore renforcée, notamment du fait des périodes de confinement liées au Covid. Parallèlement, l’offre de divertissements numérique s’est considérablement étendue, en particulier via les plateformes vidéo. Tout cela a créé et ancré de nouvelles habitudes d’usage, en particulier chez les plus jeunes.
En quoi ces temps d’écran sont-ils problématiques ?
S’il existe des usages et des contenus éducatifs qui peuvent être bénéfiques, la commission d’experts sur l’impact et l’exposition des jeunes aux écrans note dans son rapport qu’ « un consensus scientifique net se dégage » sur les conséquences globalement néfastes d’une trop forte exposition aux écrans des enfants et des adolescents, cela sur plusieurs aspects de leur santé physique et mentale.
En particulier, l’utilisation des écrans contribue aux déficits de sommeil, à la sédentarité et au manque d’activité physique, et donc à l’obésité et à l’ensemble des pathologies chroniques qui en découlent, ainsi qu’aux problèmes de vue (développement de la myopie et risques possibles liés à l’exposition à la lumière bleue toxique pour la rétine).
Si aucun lien entre l’exposition aux écrans et les troubles du neurodéveloppement n’a pu être scientifiquement établi, une surexposition aux écrans peut entraîner des retards d’acquisition du langage et des capacités socio-relationnelles. L’omniprésence et la surutilisation des écrans par l’entourage des enfants sont un facteur de risque de ces retards, en entravant les interactions adultes-enfants essentielles pour le développement de ces fonctions neurocognitives.
Les écrans et en particulier les réseaux sociaux, par leurs mécanismes addictifs et enfermants, semblent également être un facteur de risque supplémentaire de dépression ou d’anxiété, en cas de vulnérabilité préexistante chez les enfants ou les adolescents.
Enfin l’accès non maitrisé des enfants aux écrans et l’insuffisante régulation des contenus auxquels les mineurs peuvent être exposés, en matière de pornographie et d’extrême violence font peser un risque élevé sur leur équilibre. Voire parfois sur leur sécurité, a fortiori si le dialogue n’est pas engagé avec les adultes au sujet de ce qui est vu, lu ou entendu en ligne, ainsi qu’au sujet des rencontres faites en ligne.
Comment protéger les enfants et adolescents ?
Pour protéger les enfants et adolescent et reprendre le contrôle sur l’utilisation des écrans, chacun a un rôle à jouer (les jeunes eux-mêmes, les familles, parents, mais aussi communautés éducatives, professionnels qui les accompagnent, institutions, associations).
Dans son rapport, la commission d’experts souligne également que la responsabilité première incombe aux acteurs du numérique, qui doivent être vigilants quant aux outils qu’ils proposent et aux contenus qu’ils diffusent, en permettant à chacun de garder le contrôle sur son exposition et sa consommation.
Au niveau individuel, les adultes doivent idéalement instaurer une progressivité dans l’accès aux écrans et dans les usages qui en sont faits par les mineurs, en fonction de leur âge. Cette logique de « parcours » échelonné, accompagné et sécurisé, doit permettre de ne plus « lâcher » les enfants et les adolescents dans le monde numérique sans soutien ni éducation. Pour cela, des outils d’information et d’accompagnement à la parentalité numérique existent, tels que jeprotegemonenfant.gouv.fr, ou Internet Sans Crainte.
Quelles sont les recommandations en termes d’âge et d’usage ?
Pour minimiser les risques liés aux écrans, les recommandations actuelles restent celles connues du grand public : ne pas y exposer les enfants de moins de 3 ans, et de déconseiller leur usage jusqu’à l’âge de 6 ans, ou du moins de le limiter fortement, de sorte qu’il soit occasionnel, basé sur des contenus à valeur éducative, et accompagné par un adulte.
Après 6 ans, il s’agit de tendre vers une exposition modérée, contrôlée et sécurisée, qui trouve sa juste place parmi des activités qui se doivent d’être diversifiées et variées pour le développement des enfants et des adolescents. Il n’est pas opportun que les enfants disposent de téléphone portable avant l’âge de 13 ans, soit l’entrée dans le secondaire.
A partir de 11 ans, s’ils disposent d’un téléphone, il est recommandé que celui-ci ne puisse pas être utilisé pour se connecter à Internet. A partir de 13 ans, s’ils disposent d’un téléphone connecté, il ne doit pas permettre d’accéder aux réseaux sociaux ni à des contenus illégaux. Enfin, à compter de 15 ans, âge symbolique de la majorité numérique, l’accès devrait être limité aux plateformes conçues de façon éthique.
Pour aller plus loin : découvrez tous les outils à votre disposition sur jeprotegemonenfant.gouv.fr
Sources
Le Service Public d’Information en Santé, au sein du Ministère de la santé et de l'accès aux soins, associe les institutions et agences publiques missionnées dans les champs de la santé, ainsi que les partenaires privés à but non lucratif (associations, ordres professionnels, sociétés savantes, universités…).
La démarche vise à assurer la cohérence et la cohésion des actions autour d’une vision commune de l’information publique en santé prévoyant également l’élaboration d’outils favorisant l’implication des usagers au processus d’amélioration du système de santé.