Les femmes enceintes doivent-elles éviter de manger du poisson ?
17/03/2025 5 mins de lecture
« Le poisson, c’est bon pour la santé ! » y compris celle des femmes enceintes. Néanmoins, pour se protéger de certaines infections et de la toxicité d’éventuels polluants sur le fœtus et le nourrisson, des recommandations existent, relatives aux espèces de poissons à privilégier ou à éviter, à la fréquence de consommation ou aux modes de conservation ou de préparation.
Le poisson, une source essentielle de nutriments
Pour les femmes enceintes, comme pour nous tous, le poisson est une source essentielle de nutriments importants. Dans le cadre de la grossesse, sa richesse en acides gras oméga-3 et en iode en font un aliment particulièrement intéressant.
Les acides gras oméga-3 sont indispensables au développement et au fonctionnement du système nerveux du fœtus. C’est le cas en particulier des acides gras oméga-3 dits « à longue chaîne » (EPA, acide eicosapentaénoïque, et DHA, acide docosahexaénoïque), particulièrement présents dans les poissons gras (sardine, maquereau, saumon, hareng, par exemple). Le poisson est également une source intéressante de minéraux essentiels à la grossesse comme le phosphore, l'iode, le zinc, le cuivre, le sélénium et le fluor, mais aussi de vitamines : A, D et E.
Le poisson, parfois contaminé par des micro-organismes infectieux
Pendant la grossesse, il est important de se protéger contre certaines infections. C’est le cas, en particulier, de la listériose qui peut provoquer une interruption spontanée de grossesse, un accouchement prématuré ou une infection grave du nourrisson. La bactérie responsable de cette infection, Listeria monocytogenes, est capable de se développer à basse température et dans les aliments très salés. De nombreux types d’aliments peuvent ainsi être contaminés, y compris les produits de charcuterie et certains fromages. C’est pour prévenir la listériose et ses conséquences que les femmes enceintes sont invitées à ne jamais manger de poisson cru (sushi, sashimi, tarama), de poissons fumés (saumon, truite, etc.), de coquillages crus ou de crustacés (crevettes, langoustines, etc.) vendus cuits et décortiqués. De plus, le poisson cru peut parfois être contaminé par des vers parasites dangereux pour la santé. Il est important de consommer du poisson bien cuit.
En zone tropicale ou intertropicale, il est recommandé de ne pas manger de poissons de mer carnivores (barracuda, mérou, carangue, sarde, pagre, etc.). En effet, ceux-ci peuvent être contaminés par une toxine (« ciguatoxine ») sécrétée par des algues microscopiques (Gambierdiscus toxicus) proliférant dans les récifs coralliens pollués. Cette intoxication, appelée ciguatera ou « gratte », peut être à l’origine d’accouchements prématurés.
Le poisson, parfois contaminé par les polluants
Régulièrement, les médias se font l’écho de contamination de poissons par des métaux lourds comme le méthylmercure ou d’autres polluants (dioxines ou PCB, par exemple). Leur présence est particulièrement problématique pour les poissons carnivores (accumulation en haut de la chaîne alimentaire) et pour ceux qui vivent dans des eaux très polluées (par exemple en mer Baltique).
Le méthylmercure est surtout présent chez les poissons carnivores, par exemple les thons, les lottes ou les daurades sauvages. Les dioxines et les PCB s’accumulent dans les poissons les plus gras comme les anguilles, ainsi que dans certains poissons dits « bio-accumulateurs » comme le barbeau, la brème, la carpe, le poisson-chat ou le silure.
Au cours de la grossesse et jusqu'à 3 ans, le cerveau de l'enfant est particulièrement vulnérable à l'action toxique de ces polluants et notamment du méthylmercure et des PCB. C’est la raison pour laquelle des recommandations spécifiques destinées aux femmes enceintes ou allaitantes, ainsi qu'aux enfants de moins de 3 ans, ont été définies (voir ci-dessous).
Quels poissons privilégier ou éviter lorsqu’on est enceinte ?
Le choix des poissons à consommer pendant la grossesse est un équilibre entre leur intérêt nutritionnel, le risque de contamination par des polluants et la manière dont ils sont préparés. Pour aider les femmes enceintes dans ce choix, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a émis des recommandations pour les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de 3 ans :
- limiter la consommation de poissons prédateurs sauvages (lotte/baudroie, loup/bar sauvage, bonite, empereur, grenadier, flétan, brochet, daurade sauvage, raie, sabre, thon y compris en conserve, aiglefin, etc.) ;
- éviter la consommation d’espadon, marlin, siki, requin et lamproie, mais aussi de foie de morue ;
- pour les poissons d’eau douce, il est recommandé de limiter la consommation d’anguilles, barbeaux, brèmes, carpes, poissons chats, silures à 1 fois tous les 2 mois, voire de s’abstenir complètement.
Parmi les poissons considérés comme à favoriser (s’ils sont bien cuits) , on peut lister :
- le colin/merlu/lieu jaune ou noir ;
- le cabillaud/morue ;
- le saumon (sauf fumé) ;
- la sardine ;
- le maquereau ;
- le hareng (sauf fumé) ;
- la truite ;
- le merlan ;
- les anchois ;
- la sole ;
- les poissons d’élevage ;
- les œufs de poisson.
Quelle quantité de poisson consommer ? À quel rythme ?
Selon l’Anses, les femmes enceintes (comme la population générale) devraient consommer du poisson 2 fois par semaine en associant un poisson gras à forte teneur en oméga-3 (saumon, sardine, maquereau, hareng) et un autre poisson (colin, merlu, cabillaud, sole, etc.). Comme pour les viandes, une portion de poisson une fois cuit équivaut à environ 100 grammes.
Il est important de varier les espèces et les lieux d’approvisionnement. Pour le poisson frais, il doit être conservé dans la zone la plus froide du réfrigérateur (en haut ou en bas selon les appareils).
Et les fruits de mer ?
Les fruits de mer (moules, huîtres, crustacés) peuvent également être contaminés par la bactérie Listeria, des toxines issues d’algues microscopiques ou des polluants. Ils peuvent également présenter un risque pour une infection du foie, l’hépatite virale A.
Pendant la grossesse, les fruits de mer ne doivent jamais être consommés crus, même s’ils ont été congelés. Ils doivent être bien cuits (leur chair devient alors complètement opaque). De plus, comme indiqué précédemment, les crustacés vendus décortiqués et cuits (par exemple, les crevettes) doivent également être évités du fait du risque de listériose.
Choisir son poisson, un acte écoresponsable
S’il est recommandé de consommer du poisson pour sa valeur nutritionnelle, certaines techniques de pêche peuvent avoir des impacts environnementaux négatifs. Mieux vaut donc privilégier les poissons qui sont issus d’une pêche écoresponsable, il existe des écolabels dignes de confiance comme les labels Bio et ASC pour les poissons d’élevage et le label MSC pour les poissons sauvages.
Il reste dans tous les cas important de diversifier les types de poissons et les sources d’approvisionnement.
En conclusion, la grossesse est parfaitement compatible avec la consommation de poisson, à condition de rester vigilante sur les espèces de poissons consommés, sur leur mode de préparation (toujours bien cuits) et de rester dans la modération.