Que penser des compléments alimentaires destinés à soulager l’arthrose ?

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Service Public d'Information en Santé

20/03/2025 5 mins de lecture

L’arthrose, usure progressive des cartilages articulaires, affecte la qualité de vie et l’autonomie de la quasi-totalité des seniors. Face à l’absence de traitement curatif, les compléments alimentaires suscitent un grand intérêt, offrant l’espoir de réduire la douleur et les raideurs. Malheureusement, très peu de ces produits ont fait l’objet d’études scientifiques de bonne qualité et ils ne remplacent ni le traitement médical, ni une activité physique régulière adaptée. 

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Les ingrédients controversés des compléments alimentaires contre l’arthrose

Depuis 2012, les autorités sanitaires européennes (Agence européenne de sécurité des aliments et Commission européenne) ont, en l’absence de preuves cliniques suffisantes, interdit aux compléments alimentaires contenant certains ingrédients de prétendre favoriser la mobilité des articulations, ou réduire le processus de destruction des cartilages, ou être bénéfique à la santé des surfaces articulaires et des cartilages.

Ces ingrédients, pourtant souvent retrouvés dans les compléments alimentaires promus « pour la santé des articulations », sont :

  • la glucosamine, une substance présente dans les cartilages ;
  • la chondroïtine sulfate, également présente dans les cartilages ;
  • la S-adénosyl-L-méthionine (SAM-e), une substance naturellement produite par l’organisme ;
  • les acides gras oméga-3 issus des huiles de poisson ou de l’huile de krill (plancton) ou l’acide gamma-linolénique (GLA) (parfois appelé « insaponifiables ») ;
  • le méthyl sulfonyle méthane (MSM), une substance naturelle contenant du soufre ;
  • le silicium (souvent extrait de la prêle).

D’autres ingrédients sont également proposés, malgré la pauvreté des preuves cliniques les concernant : le collagène de type 2 non dénaturé, les extraits de moules aux orles verts (riches en glucosamine, chondroïtine et acides gras oméga-3), une algue appelée Padine queue-de-paon (Padina), un probiotique (Bifidobacterium longum CBi0703), etc.

Outre l’absence de données concernant leur efficacité, certaines de ces substances peuvent être à l’origine d’effets indésirables.

Des risques concernant la chondroïtine sulfate et la glucosamine

En mars 2019, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a signalé avoir reçu des signalements d’effets indésirables à la suite de la prise de compléments alimentaires contenant de la chondroïtine sulfate ou de la glucosamine : nausées, diarrhées, aigreurs d’estomac, maux de ventre, rougeurs et démangeaisons, hépatites ou purpura (lésions hémorragiques de la peau).

Une expertise scientifique menée à la suite de ces signalements a identifié les personnes davantage à risque de connaître ces effets indésirables, en particulier après la prise de glucosamine :

  • les personnes diabétiques ou obèses : la glucosamine pourrait augmenter la résistance à l’insuline de l’organisme ;
  • les personnes asthmatiques ou présentant une allergie alimentaire aux crustacés ou aux insectes ;
  • les personnes hémophiles ou qui reçoivent un traitement anticoagulant (antivitamine K) : risque d’hémorragies, observées en Australie. 

Que penser des plantes pour soulager l’arthrose ?

Plusieurs plantes sont traditionnellement proposées pour soulager l’arthrose.

Les racines d’harpagophyton (griffe-du-diable) contiennent des principes actifs qui seraient anti-inflammatoires. Leurs effets sur les douleurs articulaires ont fait l’objet d’études cliniques dont la qualité méthodologique est relativement bonne. Dans le cadre de l’arthrose, au moins 9 études cliniques (dont 3 menées contre placebo) portant sur plus de 2 000 patients ont été menées. Elles semblent indiquer que l’harpagophyton soulage effectivement les douleurs articulaires légères à modérées, et diminue la raideur des articulations atteintes par l’arthrose.

L’Agence européenne du médicament reconnaît l’usage traditionnel de l’harpagophyton « pour soulager les douleurs articulaires mineures ». Elle recommande une durée maximale de traitement de 4 semaines. L’harpagophyton est déconseillé aux personnes qui souffrent de maladies cardiovasculaires, de reflux gastro-œsophagien ou d’ulcère de l’estomac ou du duodénum, ainsi qu’à celles souffrant de calculs biliaires. 

L’écorce de saule blanc contient des composés salicylés, en particulier la salicine. Dans l’organisme, celle-ci est transformée en acide salicylique, substance anti-inflammatoire et antalgique (contre la douleur) proche de l’aspirine. Cette substance se retrouve également dans la reine-des-prés (ou spirée). L’Agence européenne du médicament reconnaît comme « traditionnel » l’usage de l’écorce de saule blanc contre « les douleurs articulaires mineures ». Attention, ces plantes présentent les mêmes contre-indications que l’aspirine (risque de saignement et d’irritation de l’estomac).

Le curcuma (associé au poivre pour une meilleure absorption par l’intestin) réduirait la douleur articulaire et aurait un effet anti-inflammatoire. Cet effet a fait l’objet de plusieurs études dans le traitement de l’arthrose. En 2016, une méta-analyse (l’analyse croisée d’études existantes) a conclu qu’il existe des signes encourageants concernant l’effet d’un gramme de curcumine par jour en cas d’arthrose. Néanmoins, les études analysées concernaient de petits nombres de patients et ces signes favorables restent à confirmer par de plus vastes études. 

D’autres plantes sont parfois proposées pour soulager l’arthrose, sans preuves cliniques suffisantes : cassis, ortie dioïque, bouleau, boswellie, etc. 

Que peut-on faire pour soulager l’arthrose ?

L’activité physique adaptée (APA) fait partie des traitements non médicamenteux de l’arthrose qui peuvent être prescrits par le médecin traitant.

L’APA est proposée par les clubs sportifs (qui ont une section dédiée) et les kinésithérapeutes. De nombreuses activités sportives peuvent être adaptées pour pouvoir être pratiquées par les personnes souffrant d’arthrose, même celles en surpoids : aviron, canoë-kayak, natation, tai-chi chuan, qi gong, etc. Elles permettent une diminution de la douleur, une amélioration de l’amplitude articulaire et un renforcement musculaire. Par ailleurs, lors d’arthrose du genou, perdre du poids est un élément important de la prise en charge de l’arthrose.

Enfin, bien sûr, mieux vaut ménager ses articulations et éviter de les solliciter de manière prolongée, par exemple, en jardinant, en bricolant ou en randonnant. Faire des pauses et savoir se ménager est essentiel.

En conclusion, avant de prendre un complément alimentaire pour soulager votre arthrose, consultez un médecin ou un pharmacien pour vérifier qu’il est adapté à votre situation, surtout si vous prenez d’autres médicaments. Gardez à l’esprit que l’arthrose est surtout soulagée par un mode de vie adapté, incluant une activité physique adaptée et une alimentation équilibrée et diversifiée, en particulier si vous êtes en surpoids. 

Auteur : Service Public d'Information en Santé

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Bibliographie