Que penser des cafés dits « aux champignons » ?
24/03/2025 5 mins de lecture
Les rayons des boutiques bio ont récemment vu apparaître des produits combinant du café (moulu ou soluble) avec des extraits de champignons aux propriétés supposément médicinales. Ces « cafés aux champignons » (ou mushroom coffees) sont promus pour améliorer l’état de santé en général, la résistance aux infections et lutter contre le stress et la fatigue. Mais leur efficacité reste à prouver en l’absence d’études cliniques convaincantes.
Pourquoi mettre des champignons dans du café ?
Le but de l’enrichissement du café en champignons n’est pas gustatif : le goût reste proche de celui du café.
Les champignons employés sont ceux utilisés dans la médecine traditionnelle, en particulier dans les pays asiatiques. Pour être mélangés au café, ils sont séchés et réduits en poudre. En Asie, ces champignons ont la réputation de stimuler l’immunité et de lutter contre la fatigue, un peu à la manière du ginseng. Les fabricants des cafés enrichis en champignons mettent en avant ces usages traditionnels, mais aussi de supposés effets positifs sur le stress et l’anxiété, les troubles de la concentration et de la mémoire, voire sur le vieillissement.
Les publicités pour ces cafés précisent fréquemment que ces champignons présentent des propriétés « adaptogènes ». Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’ils aideraient l’organisme à répondre aux agressions et aux déséquilibres dont il est l’objet, par exemple liés au stress. Les ginsengs (Panax ginseng et Eleutherococcus senticosus) et la rhodiole (Rhodiola rosea) font également partie des plantes dites adaptogènes, même si la réalité de ce concept n’a jamais vraiment été vérifiée.
Quels sont les champignons présents dans ces produits ?
La plupart de ces cafés contiennent 4 ou 5 champignons, parmi lesquels :
- le reishi ou ganoderme luisant (Ganoderma lucidum) qui pousse sur les racines de certains arbres ;
- le chaga ou polypore oblique (Inonotus obliquus), un champignon parasite du bouleau ;
- le cordyceps (Cordyceps sinensis, C. militaris), une moisissure en forme de doigt qui pousse sur le dos de certaines chenilles des hauts plateaux himalayens ;
- l’hydne hérisson (lion’s mane, Hericium erinaceus), parasite des feuillus ;
- la queue de dinde (Trametes versicolor) qui pousse sur le bois de chêne ou de hêtre ;
- le polypore en ombelle ou poule des bois (Polyporus umbellatus), un champignon parasite des racines de vieux chênes.
Ces champignons contiennent des substances particulières appelées mycopolysaccharides ou bêta-D-glycanes qui seraient à l’origine de leurs effets. Pour la plupart, ces substances ne sont pas absorbées par l’intestin. Une fois ingérées, elles se retrouvent dans les selles, à l’exception d’une petite fraction qui semble être digérée par les bactéries de la flore intestinale. D’autres substances sont également présentes : cordycépine, érinacines, héricénones, etc.
Que sait-on des effets de ces champignons sur la santé ?
Malheureusement, les études sur les effets de ces champignons et des bêta-D-glycanes sur la santé ont souvent été menées dans le tube à essai ou des modèles animaux, ce qui en limite fortement la transposition à la santé humaine. Les essais menés chez des patients sont de petite taille et d’assez mauvaise qualité en termes de méthodologie. Pour cette raison, l’efficacité de ces champignons sur l’immunité ou sur la santé psychique reste scientifiquement infondée.
Au Japon, deux bêta-D-glycanes, le lentinan et le schizophyllan extraits d’un champignon appelé schizophylle commun (Schizophyllum commune), constituent le principe actif de médicaments utilisés dans le traitement de certains cancers. Ils sont administrés par voie intraveineuse (pour contourner les problèmes d’absorption intestinale), en même temps que la chimiothérapie. Leur action reposerait sur leur capacité à stimuler les défenses immunitaires. Mais ils n’ont jamais été autorisés en Europe.
En 2012, les autorités de santé européennes (Agence européenne de sécurité des aliments et la Commission européenne) ont estimé, au vu des données scientifiques, que les produits contenant du reishi ne peuvent pas prétendre stimuler le corps en phase d’épuisement. De la même manière, selon ces autorités, les produits contenant Cordyceps sinensis ne peuvent pas prétendre à renforcer ou revigorer l’organisme, soutenir le système immunitaire, ou augmenter l’endurance. Elles ne se sont par prononcées sur les autres champignons.
Existe-il des risques à consommer ces champignons ?
Les champignons tels que le reishi et le chaga peuvent augmenter l’effet des anticoagulants (warfarine, aspirine) et exposer au risque d’hémorragie. Pour cette raison, ils sont déconseillés aux personnes qui prennent des médicaments anticoagulants ou qui vont subir une intervention chirurgicale. De plus, leur consommation est déconseillée aux personnes qui prennent des médicaments suppresseurs de l’immunité (anti-inflammatoires de la famille de la cortisone, médicaments contre le rejet des greffes et biothérapies contre les maladies inflammatoires chroniques, y compris auto-immunes). En effet, si l’action immunostimulante de ces champignons s’avérait significative, ils s’opposeraient à l’efficacité de ces médicaments.
Enfin, certaines personnes consommant ces champignons ont signalé des diarrhées, des saignements de nez ou des démangeaisons de type allergique, ainsi qu’une sécheresse de la bouche, de la gorge ou du nez, réversibles à l’arrêt de leur consommation.
Attention à la qualité des produits contenant ces champignons !
Dans les cafés aux champignons, comme dans les compléments alimentaires en contenant, l’un des problèmes potentiels est l’absence de standardisation en termes de concentrations des principes actifs. En l’absence de données sur les dosages à respecter et d’informations sur les concentrations dans les produits, il devient difficile de savoir quelle quantité de café consommer pour espérer un effet. La grande variabilité de leur coût, globalement élevé (entre 120 et 500 €/kg selon les produits), semble indiquer des concentrations très différentes en termes d’extraits de champignons, mais les informations détaillées manquent.
De plus, les sources d’approvisionnement sont très rarement indiquées, ce qui rend difficile un contrôle en termes de contaminants comme les métaux lourds, les pesticides ou les mycotoxines (toxiques présents dans les champignons).
En conclusion, les données scientifiques manquent pour juger des propriétés et de l’efficacité des champignons présents dans ces nouveaux cafés ou dans d’autres types de compléments alimentaires. Parce que les données obtenues dans le tube à essai sont intrigantes, il est indispensable que la recherche continue, sur leurs mécanismes d’action, sur leurs effets, seuls ou en association, et sur leur toxicité. De plus, il sera également nécessaire normaliser la production de suppléments à base de champignons, tout au long de leur chaîne de production, afin de garantir des produits de niveau de qualité élevé.