Prendre de la vitamine D prévient-il les infections respiratoires de l’hiver ?
23/06/2025 5 mins de lecture
Il est courant d’entendre des personnes, en particulier âgées, dire qu’elles prennent des compléments alimentaires de vitamine D pour se protéger des infections respiratoires hivernales (grippe, rhume, Covid-19, bronchiolite/VRS, etc.). Mais cette stratégie est-elle efficace ? L’analyse des nombreuses études cliniques sur le sujet met en évidence une réduction toute relative (de l’ordre de 11 %) du risque de souffrir de ces infections courantes, certes significative mais inférieure à celle obtenue par la vaccination et les mesures barrières.
Quels sont les rôles de la vitamine D dans notre corps ?
La vitamine D regroupe plusieurs substances dont les deux plus courantes sont :
- la vitamine D2 ou ergocalciférol, produite par les végétaux,
- et la vitamine D3 ou cholécalciférol, d’origine animale et produite par la peau sous l’action des rayons ultraviolets B.
La vitamine D est essentielle au métabolisme du calcium et du phosphore. Elle augmente leur absorption dans l’intestin et diminue leur élimination dans l’urine, favorisant ainsi la croissance et la minéralisation des os et des dents.
Elle joue également un rôle dans la contraction musculaire, la transmission nerveuse, la coagulation du sang, la régulation des hormones et la santé de la peau et des muqueuses.
Elle est également indispensable au fonctionnement normal du système immunitaire, en particulier l’immunité dite « innée », celle qui défend, par exemple, les voies respiratoires sans avoir recours aux anticorps (les virus sont détruits avant de pouvoir se multiplier dans les cellules des bronches et des poumons).
Quels sont les valeurs normales de vitamine D dans le sang ?
La recherche d’une éventuelle déficience en vitamine D repose sur une prise de sang. Mais des désaccords scientifiques subsistent sur les valeurs normales de 25(OH)D (25-hydroxyvitamine D, la forme habituellement dosée) dans le sang. En pratique courante :
- dans la population générale, une concentration sanguine de 25(OH)D supérieure à 20 ng/mL (50 nmol/L) est considérée comme suffisante ;
- dans la population à risque d’ostéoporose liée à l’âge, une maladie ou un traitement chronique, ce taux sanguin de référence devrait, selon les recommandations du GRIO (Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses, Souberbielle), être supérieur à 30 ng/mL (75 nmol/L).
Comme pour les concentrations sanguines, la définition d’une déficience en vitamine D n’est pas complètement consensuelle. Selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), dans la population générale, on parle de déficience sévère pour un taux sanguin de 25(OH)D inférieur à 5 ng/mL (12,5 nmol/L), de déficience modérée pour un taux compris entre 5 et 10 ng/mL (12,5-25 nmol/L), et de déficit pour un taux compris entre 10 et 20 ng/mL (25-50 nmol/L).
Selon les études épidémiologiques, on estime que, en termes de taux sanguins de 25(OH)D, 40 à 50 % de la population française se situe au-dessous de 20 ng/mL et 80 % au-dessous de 30 ng/mL (Vernay).
Prendre de la vitamine D réduit-il le risque d’infections respiratoires aiguës de l’hiver ?
De très nombreux essais cliniques ont cherché à évaluer les effets de la vitamine D sur la prévention des infections respiratoires courantes (à l’exception de la Covid-19, récente, qui n’a pas été incluse dans les études). Depuis 2012, une équipe d'épidémiologistes de la Queen Mary University of London, a publié 3 analyses croisées (méta-analyses) portant, au fil des années, sur un nombre croissant d'essais cliniques contrôlés.
Si, en 2012, les résultats de la première méta-analyse (Jolliffe 2013) montraient des résultats contradictoires, dès 2017, une deuxième méta-analyse (Martineau 2017) portant sur 25 essais randomisés (11 321 patients de 0 à 95 ans) montrait que la supplémentation en vitamine D réduit modérément (de 12 %) mais significativement le risque de ces infections. Cet effet était nettement plus marqué pour les personnes qui avaient, au début de l’étude, des concentrations sanguines de 25(OH)D inférieurs à 10 ng/mL (25 nmol/L, avec une réduction de 30 % du risque dans cette population) que pour celles présentant des taux supérieurs à 10 ng/mL, suggérant ainsi une protection plus marquée chez les personnes qui ingéraient moins de vitamine D dans leur alimentation.
De plus, l’effet protecteur n'était observé que chez les personnes qui prenaient de la vitamine D tous les jours ou toutes les semaines et pas chez celles recevant une dose élevée à une moindre fréquence (tous les mois ou tous les 6 mois).
En 2021, cette même équipe a publié une troisième méta-analyse actualisée (Jolliffe 2021) : 40 essais randomisés, 30 956 patients de 0 à 95 ans. La réduction du risque d'infection respiratoire aiguë liée à la supplémentation en vitamine D était, de nouveau, modérée mais significative : 11 %. Cette réduction était maximale pour une supplémentation quotidienne de 400 à 1000 UI (unités internationales) de vitamine D, pendant une période inférieure ou égale à 12 mois.
Il est donc possible de penser qu’une supplémentation quotidienne ou hebdomadaire de vitamine D, en restant au-dessous des 1000 UI par jour, peut légèrement réduire le risque d’infections respiratoires hivernales, en particulier chez les personnes qui consomment peu d’aliments riches en vitamine D.
Comment enrichir son alimentation en vitamine D ?
Plutôt que prendre des compléments alimentaires, il peut être intéressant de veiller à enrichir son alimentation en vitamine D tout au long de la mauvaise saison.
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), les apports journaliers de vitamine D devraient être de 15 microgrammes (600 UI) par jour pour un adulte. En 2017, l'étude INCA 3 (INCA 3) a montré que, chez les Français âgés de 18 à 79 ans, l'apport moyen quotidien se situe plutôt autour de 3,1 microgrammes (124 UI) par jour.
La vitamine D se trouve dans :
- les poissons gras comme le maquereau, la sardine, le saumon ou le hareng, le foie de poisson et les huiles qui en sont extraites ;
- les abats, notamment le foie ;
- les produits laitiers enrichis en vitamine D, le beurre, les margarines, le fromage ;
- les jaunes d’œuf, en particulier si les poules ont été nourries avec des aliments riches en vitamine D.
L’exposition au soleil (par exemple des avant-bras, une demi-heure par jour) contribue également au maintien de concentrations sanguines de vitamine D suffisantes, mais dans une moindre mesure chez les personnes âgées et celles à peau mate ou noire chez qui la synthèse de vitamine D est moins efficace.
Attention, la vitamine D fait partie des vitamines dites « liposolubles » (vitamines A, D, E et K) qui peuvent s’accumuler de manière toxique dans les graisses du corps. Il convient donc de rester prudent sur les quantités de vitamine D consommées.
En conclusion, veiller à sa consommation et à sa concentration sanguine de vitamine D peut apporter un petit bénéfice en termes de prévention des infections respiratoires de l’hiver (et bien sûr de prévention de l’ostéoporose). Mais les effets protecteurs de la vitamine D dans ce domaine palissent face à ceux des vaccins (grippe, Covid-19, VRS/bronchiolite, pneumocoques) et du respect des mesures barrières (port du masque, ventilation des locaux partagés).