L'andropause est-elle une ménopause au masculin ?

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Service Public d'Information en Santé

30/06/2025 5 mins de lecture

Chez les femmes, la ménopause est bien définie : elle marque la fin des cycles menstruels et de la fertilité, accompagnée de bouleversements hormonaux parfois gênants. Récemment, des publications destinées au grand public ont mis en avant le concept d’andropause comme étant la « ménopause des hommes » et une grande oubliée de la médecine. Pourtant, les éventuels effets de l’âge sur les hormones masculines sont bien distincts de la ménopause, à la fois par leur apparition plus graduelle et leur caractère non universel (voire rare). Quand peut-on parler d’andropause et comment soulager les symptômes qui la caractérisent ? 

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Des symptômes qui vont au-delà de la vie sexuelle

La testostérone, produite principalement par les testicules, est une hormone clé pour la santé masculine. Elle joue un rôle dans la sexualité, le maintien de la force et de la masse musculaire, la solidité des os, mais aussi dans l’énergie générale et l’humeur. Ses concentrations sanguines diminuent lentement à partir de 30 ans. Il existe donc une baisse physiologique (« normale ») des taux de testostérone avec les années.

Lors de diminution anormalement importante de la testostérone, plutôt que d’andropause, les médecins préfèrent parler d’hypogonadisme masculin lié à l’âge (HMLA). Celui-ci peut entraîner des symptômes divers :  

  • érections matinales plus rares, troubles de l’érection, réduction du désir sexuel ;
  • diminution de la capacité à mener une activité physique vigoureuse (par exemple, courir, soulever une charge lourde, pratiquer un sport intense) ;
  • diminution de la densité des os ;
  • irritabilité, perte de motivation, fatigue, tristesse, voire dépression.

Ces symptômes ne sont pas spécifiques de l’HMLA, mais lorsqu’ils sont associés à un taux anormalement bas de testostérone, ils la caractérisent et aboutissent à une diminution significative de la qualité de vie.

Contrairement à la ménopause, ce phénomène est progressif, inégal d’un homme à l’autre, et loin d’être systématique. Seuls ceux qui présentent à la fois un taux de testostérone anormalement bas et des symptômes gênants peuvent être considérés comme réellement touchés. 

Un phénomène réel, mais qui n’affecte pas tous les hommes

L’HMLA ne concernerait qu’une minorité d’hommes, souvent après 60 ans. Selon les critères choisis pour la définir, entre 2 et 6 % des hommes âgés seraient concernés par ce déficit hormonal lié à l’âge. Ce pourcentage augmente avec le grand âge. L’HMLA semble plus fréquente chez ceux qui présentent des maladies chroniques comme l’obésité ou le diabète de type 2. Le mode de vie joue également un rôle : le tabagisme, une activité physique insuffisante ou une consommation excessive de boissons alcoolisées semblent accélérer la chute de la testostérone dans le sang.

De plus, les études scientifiques semblent indiquer que l’HMLA ne produit de symptômes notables que chez environ un quart des hommes ayant des taux de testostérone considérés comme anormalement faibles. Mais il est également possible qu’un certain nombre d’hommes souffrant d’HMLA se refusent à signaler leurs symptômes, par fatalisme ou par réticence à aborder le sujet. 

L’HMLA, difficile à diagnostiquer 

Il ne suffit pas de doser la testostérone dans le sang pour poser un diagnostic d’HMLA. En effet, le taux de testostérone varie au cours de la journée et peut être influencé par de nombreux facteurs (stress, maladie, prise de certains médicaments, etc.). 
La règle est donc de faire deux dosages matinaux, à jeun, à quelques jours d’intervalle. Il est préférable de doser non seulement la testostérone totale, mais aussi à la testostérone libre, c’est-à-dire celle qui circule dans le sang sans être liée à des protéines, et qui est donc biologiquement active. Malheureusement, le dosage de la testostérone libre n’est pas disponible dans tous les laboratoires d’analyse. 
Certaines maladies comme le diabète, l’obésité, les maladies du foie ou l’alcoolodépendance peuvent fausser les résultats, en modifiant les taux sanguins d’une protéine appelée SHBG (Sex Hormone Binding Globulin). D’où l’importance de ne pas fonder un diagnostic uniquement sur le taux de testostérone mais également sur l’ensemble des symptômes. 

Que faire lorsque la qualité de vie est affectée par les symptômes de l’HMLA ?

Lorsque le déficit en testostérone est confirmé et que les symptômes associés nuisent à la qualité de vie globale, un traitement hormonal substitutif peut être proposé. Il consiste à administrer de la testostérone sous forme de gel ou d’injections.  

Dans les études scientifiques sur ce traitement substitutif, il a été constaté une amélioration significative des symptômes sexuels (en particulier sur le désir sexuel, mais de manière moins certaine sur les troubles de l’érection), des symptômes d’ordre psychique, de la masse et de la force musculaire, de la densité des os, ainsi qu’une diminution du poids chez les hommes obèses. 
Mais ce traitement substitutif ne doit pas être envisagé comme un traitement anti-âge miracle. Il n’est pas recommandé pour les hommes sans symptômes malgré un déficit en testostérone, ni pour ceux dont le déficit hormonal n’est pas confirmé.  

Attention, des précautions s’imposent avant un traitement par testostérone !

Des précautions doivent être prises avant la mise en place d’un traitement substitutif par testostérone, entre autres :

  • s’assurer de l’absence de cancer de la prostate ou d’antécédents de cette maladie ;
  • surveiller le PSA (Prostatic Specific Antigen, un marqueur sanguin de l’état de la prostate) avant et après le début du traitement ;
  • éviter le traitement chez les personnes qui souffrent de certaines maladies, par exemple une apnée du sommeil sévère non traitée, une maladie cardiaque récemment diagnostiquée ou un risque élevé de caillots sanguins.

Concernant les risques sur le cœur et les vaisseaux sanguins, les études les plus récentes sont rassurantes : aucun lien n’a été clairement établi entre traitement à la testostérone et infarctus du myocarde. Les données sur le cancer de la prostate sont également rassurantes, même si la prudence reste de mise chez les hommes à risque pour ce cancer. 

Et si on commençait par l’hygiène de vie ? 

Avant même de penser au traitement hormonal, certains changements de mode de vie peuvent contribuer à prévenir l’HMLA :

  • pratiquer une activité physique régulière, surtout de renforcement musculaire ;
  • perdre du poids, si nécessaire ;
  • limiter sa consommation de boissons alcoolisées et de tabac ;

dépister et traiter les autres facteurs de risque liés à l’âge (hypertension artérielle, diabète de type 2, etc.)

En conclusion, les symptômes du vieillissement hormonal existent aussi chez les hommes, mais ils ne concernent qu’une toute petite minorité, ce qui les différencie de ceux de la ménopause. Même s’ils peuvent nuire à la santé générale, étant donné leur rareté ils ne justifient pas une médicalisation systématique du vieillissement sexuel. Des traitements existent, mais ils ne sont prescrits qu’aux rares hommes dont la chute des taux sanguins de testostérone s’accompagne de symptômes handicapants.

Auteur : Service Public d'Information en Santé

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