Infox Santé : ne contribuez pas à leur dissémination !

08/12/2021 5 mins de lecture

À travers les réseaux sociaux, les infox santé (les « fake news » dans le domaine de la santé) représentent un danger croissant. En effet, elles peuvent éloigner des personnes fragiles du système de santé, retarder un diagnostic ou un traitement indispensable, ou nous conduire à ignorer les actions de prévention destinées à nous protéger.

La désinformation en santé a toujours existé. Mais aujourd’hui, elle circule à grande vitesse et peut toucher des dizaines de milliers de personnes en quelques minutes. Or nous ne sommes pas tous à même de distinguer une information validée et légitime d’un mensonge destiné à effrayer ou à attirer les lecteurs vers des entreprises ou des personnes peu dignes de confiance.

Pour protéger les plus fragiles, il est indispensable que nous apprenions toutes et tous à ne pas disséminer ces informations dangereuses. En pratique, comme faire ?

 

Résistez à la tentation de relayer une information sans l’avoir lue

Qui peut se vanter de n’avoir jamais partagé, sur un réseau social, un article de presse à la seule lecture de son titre, de son paragraphe introductif ou de l’image qui l’accompagne ? Si ces éléments vont dans le sens de nos opinions, s’ils soulèvent des émotions que nous partageons, comment ne pas souhaiter les partager au plus vite avec nos contacts ? Ce problème est tellement récurrent que Twitter, un réseau social populaire, a dû mettre en place un message d’alerte lorsqu’un article est partagé sans que l’utilisateur ait d’abord cliqué sur le lien vers l’article ! Cette décision a fait suite à une étude scientifique qui, en 2018, a montré que, sur Twitter, les fausses nouvelles se répandent plus vite que les vraies !

Pourtant, il arrive que le titre et l’introduction du document ne reflète absolument pas les propos qu’il contient. Parfois le contenu modère et affine un titre provocateur (mais le mal est fait à la seule lecture du titre). Parfois, sous un titre modéré et rassurant se cachent des propos mensongers, voire répréhensibles par la loi. Donc, avant de relayer, lisez l’intégralité de ce que vous allez partager.  

Résistez à la tentation de vous valoriser en relayant des informations destinées à faire réagir

Les réseaux sociaux, où posséder un grand nombre de contacts est valorisant pour l’utilisateur, nous poussent plus ou moins consciemment à partager des opinions et des contenus qui, eux-mêmes, vont être largement partagés. Donc des contenus spectaculaires, inédits, chargés émotionnellement, à contre-courant de l’avis dominant, etc. Ce principe est vieux comme la presse à scandales : plus c’est « gros », plus ça intrigue, plus c’est lu.

Les personnes qui favorisent la désinformation l’ont bien compris. Elles savent présenter les choses pour nous faire réagir en sachant que, dans ce cas, nous aurons davantage tendance à partager (et ainsi à accroître leur notoriété).

Quand, sur un réseau social, une information vous fait réagir au quart de tour, prenez le temps de réaliser qu’il y a de grandes chances que vous soyez manipulé dans le but de vous enrôler dans une chaîne de désinformation. Résister à un premier réflexe purement émotionnel est, dans ce contexte, un acte citoyen de protection de vos contacts.  

Vérifiez systématiquement les affirmations que vous relayez

Évidemment, pour ne pas contribuer à une campagne de désinformation, la méthode la plus sûre est de systématiquement vérifier les affirmations de ce que vous allez relayer. Vous n’êtes pas des professionnels du journalisme ou de la science, mais vous pouvez faire par exemple une vérification rapide sur un moteur de recherche en ligne, pour voir si ces affirmations spectaculaires n’ont pas déjà été analysées par une source fiable (par exemple les services de décodage de l’information des grands quotidiens de presse ou de… Santé.fr). Comparez ces affirmations à ce que disent les sources fiables sur le sujet, demandez l’avis de professionnels que vous appréciez (votre médecin traitant ou votre pharmacien, par exemple). Bien sûr, cela demandera du temps et des efforts de votre part, mais rapidement vous saurez où aller vérifier et vous apparaîtrez ainsi comme une source fiable aux yeux de vos contacts.  

Pensez aux risques que vous faites courir aux autres en relayant une information non vérifiée

La décision de relayer ou non une information qui va à contre-courant des informations habituelles sur un sujet particulier se pèse également en termes de conséquences potentielles pour vos contacts. Avant de partager, posez-vous la question de savoir si cette information « inédite » pourrait amener l’un de vos contacts à prendre des décisions drastiques et négatives sur son suivi médical ou sur ses traitements. Relayer une information contraire au consensus des professionnels de santé est une lourde responsabilité : vous pourriez ensuite regretter d’avoir transmis des éléments faux ou dangereux, ou d’avoir contribué à isoler une personne du système de santé.

Entre relayer une information sur les bienfaits d’un aliment et partager des informations fausses sur des vaccins indispensables, il y a un vaste fossé en termes de conséquences potentielles sur la santé des autres. Sur les réseaux sociaux, comme dans la vie de tous les jours, nous avons le devoir de protéger notre entourage, de ne pas déstabiliser nos contacts malades ou proches de personnes malades, de respecter leurs choix, et de les aider à prendre soin de leur santé.  

Assurez-vous que vous ne participez pas à une campagne de recrutement

Les infox santé ne sortent pas seulement de l’imagination et des peurs d’individus isolés qui pensent rendre un service à leurs semblables. Souvent, cette désinformation cible des personnes malades, fragiles ou en détresse afin de les attirer dans un système sectaire, destiné à développer sur elles une emprise émotionnelle et financière. Sur les 3000 signalements de dérives sectaires enregistrés chaque année par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), 40 % ont un lien direct avec la santé !

Donc avant de relayer une information sur la santé, demandez-vous qui en est à l’origine (il faut parfois remonter la chaîne jusqu’à la source première) et quelles sont les raisons qui ont pu pousser cette personne ou cette organisation à la publier. Au-delà des structures sectaires, cet exercice permet parfois de réaliser que, derrière une objectivité revendiquée, se cache en fait une organisation politique ou une entreprise commerciale.

 

En conclusion, il est essentiel de garder constamment à l’esprit que la résistance aux infox santé est l’affaire de chacun d’entre nous, pour chacun des éléments partagés sur les réseaux sociaux. Pour éviter d’être manipulé, mieux vaut ne jamais céder à la tentation de relayer par réflexe, sans réfléchir, et prendre le temps de vérifier et d’exercer son esprit critique. Il en va de la santé de nos contacts et la nôtre, puisque nous sommes toutes et tous les contacts d’autres acteurs de ces réseaux.