Certains compléments alimentaires peuvent-ils soulager l’endométriose ?
08/04/2022 6 mins de lecture
Confrontées aux symptômes douloureux de l’endométriose, certaines femmes cherchent à étendre leurs options en termes de traitement. Dans ce contexte, il peut être tentant d’avoir recours à des compléments alimentaires, c’est-à-dire des produits disponibles sans ordonnance et contenant des nutriments, des plantes ou d’autres substances. Si aucun produit de ce type ne peut officiellement prétendre soulager les symptômes de l’endométriose, certains franchissent néanmoins le pas ou le suggèrent subtilement. Que penser de ces produits ? Certains de leurs ingrédients sont-ils intéressants pour réduire la douleur et l’inconfort ?
Qu’appelle-t-on complément alimentaire ?
Les compléments dits « alimentaires » incluent des produits dont les propriétés supposées vont bien au-delà de la nutrition. Ils peuvent contenir des vitamines, des sels minéraux, des oligoéléments, des acides aminés, des protéines, des acides gras, mais aussi des plantes ou extraits de plantes, des enzymes ou des hormones, par exemple. Depuis le 10 juin 2002, une directive européenne précise que les compléments alimentaires « constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique ». Cette directive définit les vitamines et les minéraux autorisés, mais laisse persister un certain flou vis-à-vis des autres types de substances proposés par ces produits. Dans la pratique, de nombreux compléments alimentaires sont des produits de phytothérapie.
La notion d’allégation de santé
Par allégation de santé (ou fonctionnelle) d’un produit, on entend les affirmations qui revendiquent un bénéfice du produit pour la santé en général : rôle dans le bon fonctionnement du corps, rôle dans les capacités intellectuelles ou l’état psychologique, capacité à prévenir ou soulager des symptômes, etc. Dans le contexte des compléments alimentaires, les allégations de santé sont en général liées à un ingrédient particulier et sont strictement encadrées : au niveau européen, l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) publie régulièrement la liste des allégations autorisées et interdites pour un ingrédient particulier. Il est à noter que, pour l’EFSA et à ce jour, aucun ingrédient contenu dans les compléments alimentaires existants ne peut prétendre soulager les symptômes de l’endométriose, par manque de preuves scientifiques. De plus, certains ingrédients se sont vu interdire de prétendre contribuer à soulager les règles douloureuses : les acides gras oméga-3 et oméga-6 (dont l’acide gamma-linolénique), l’huile de germe de blé, les coquilles d’huîtres (source de calcium) et la L-théanine (un acide aminé extrait du thé vert).
Aujourd’hui, les compléments alimentaires qui prétendent soulager les symptômes de l’endométriose sont clairement hors du cadre autorisé.
L’absence d’études cliniques sérieuses sur le sujet
La décision de l’EFSA reflète la mauvaise qualité des quelques études cliniques qui ont cherché à évaluer l’efficacité de certains ingrédients sur les symptômes de l’endométriose. En effet, ces études évaluent en général des mélanges de substances (vitamines, acides gras essentiels, plantes, etc.), associés à d’autres mesures, en particulier des modifications du régime alimentaire (augmentation de la consommation de fibres, suppression des produits laitiers ou du gluten, etc.). Lorsqu’un effet est constaté, il est impossible de le rattacher à un ingrédient ou une mesure alimentaire en particulier. Certains ingrédients sont promus sur la base d’études de corrélation qui ne démontrent en rien un lien de cause à effet : par exemple, les études qui ont observé que les femmes souffrant d’endométriose semblent avoir des taux sanguins de zinc inférieurs à ceux des femmes n’en souffrant pas ne prouvent en rien qu’enrichir son alimentation en zinc soulagera les symptômes.
Quels sont les ingrédients proposés dans les compléments destinés aux femmes souffrant d’endométriose ?
La liste des ingrédients proposés dans ce contexte est particulièrement longue et diverse, ce qui semble indiquer qu’aucun d’entre eux ne ressort comme particulièrement efficace pour soulager les symptômes de l’endométriose. Certains de ces ingrédients sont des nutriments (des substances présentes dans les aliments) : vitamines B3, B6, B9, B12, D ou E, calcium, magnésium, zinc, acides gras essentiels oméga-3 et oméga-6. D’autres sont des plantes : alchémille, gattilier, mélisse, copaïba, actée à grappes noires (cimifuga), grande camomille et camomille allemande (matricaire), fenouil, gingembre, romarin, renouée du Japon, bourgeons de vigne, jeunes pousses de framboisier, saule blanc, etc. D’autres enfin sont des substances extraites de plantes : quercétine, resvératrol, curcumine, sulforaphane, pycnogénol, par exemple. Ces ingrédients sont promus soit parce qu’ils seraient capables de diminuer l’action des estrogènes sur les lésions d’endométriose (activité antiestrogénique), soit parce qu’ils auraient une activité anti-inflammatoire pouvant contribuer à diminuer la douleur. Mais aucun de ces ingrédients n’a fait l’objet d’études cliniques sérieuses, voire d’étude clinique tout court.
Gros plan sur la curcumine
La curcumine est extraite du curcuma (Curcuma longa), une plante de la famille du gingembre. Elle fait partie des curcuminoïdes, un ensemble de substances anti-inflammatoires et antioxydantes. C’est en tant qu’anti-inflammatoire potentiel qu’elle est proposée dans les compléments destinés aux femmes souffrant d’endométriose. Les propriétés anti-inflammatoires de la curcumine ont fait l’objet de plusieurs études dans le traitement de l’arthrose et de la polyarthrite rhumatoïde, deux maladies inflammatoires, avec quelques signes encourageants. Néanmoins, les études existantes concernent de petits nombres de patients et ces signes favorables restent à confirmer par des études plus vastes. De plus, selon d’autres études, du fait d’une absorption intestinale faible, les concentrations sanguines de curcumine après ingestion sont trop modestes pour espérer un effet thérapeutique. Des recherches en biochimie sont toujours en cours pour améliorer son absorption intestinale.
Gros plan sur le gattilier
En phytothérapie, on utilise les baies séchées et broyées du gattilier (Vitex agnus-castus) pour produire des extraits qui sont employés pour soulager les règles irrégulières ou absentes, les douleurs des seins liées au cycle menstruel ainsi que le syndrome prémenstruel. Les baies de gattilier contiennent des substances (dites « diterpéniques ») qui agissent sur le cerveau (hypophyse) en stimulant les récepteurs sensibles à la dopamine (un messager chimique présent dans le cerveau). Cette stimulation réduirait la sécrétion d'une hormone, la prolactine, par l'hypophyse et augmenterait celle de progestérone par les ovaires. C’est cet effet progestéronique qui est mis en avant dans les compléments alimentaires destinés aux femmes souffrant d’endométriose. Mais aucune étude n’existe sur cet usage. Attention, parce qu’il agit sur le système hormonal, le gattilier devrait toujours être utilisé sous le contrôle d’un médecin.
Gros plan sur les acides gras essentiels
Les acides gras essentiels sont des matières grasses présentes, par exemple, dans certains poissons (huiles de poisson) et graines (huiles végétales). Les plus connus sont les acides gras oméga-3 et oméga-6. Ils ont fait l’objet de très nombreuses études, pour évaluer leur intérêt dans la prévention et le traitement de maladies très diverses (maladies cardiovasculaires, maladies inflammatoires, etc.).
Les acides gras oméga-3 et oméga-6 sont souvent proposés dans les compléments alimentaires destinés aux femmes souffrant d’endométriose, dans une logique de réduction de l’inflammation. Le plus couramment présent dans ces compléments est un acide gras oméga-6, l’acide gamma-linolénique (GLA). Dans quelques études cliniques, l'administration, pendant 3 à 6 mois, d’huile de bourrache riche en GLA a semblé réduire les symptômes de maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde ou l’arthrose. Mais d'autres études, plus longues et de plus grande taille, sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Aucune étude n’a été menée sur les effets du GLA, ou de l’enrichissement de l’alimentation en oméga-3 ou en oméga-6, dans le contexte de l’endométriose.
En conclusion, les compléments alimentaires qui sont proposés aux femmes souffrant d’endométriose n’ont pas fait la preuve de leur efficacité (ni de leur sécurité). Les femmes qui souhaitent néanmoins avoir recours à un produit de ce type devrait le faire en lien avec leur médecin traitant ou leur gynécologue, dans une optique de sécurité, mais aussi pour travailler ensemble à identifier les moyens d’évaluer objectivement l’effet de ce produit (et, le cas échéant, éviter ainsi de gaspiller de l’argent). Par exemple, il peut être judicieux d’établir ensemble une grille d’intensité des symptômes et de qualité de vie qui pourra être complétée avant, pendant et après la prise du complément alimentaire.