Le curcuma peut-il soigner l'arthrose et les cancers ?
29/07/2026 7 mins de lecture
Le curcuma est une plante utilisée depuis des siècles en cuisine et en médecine traditionnelle. De couleur jaune, la poudre de rhizome de curcuma est l’ingrédient principal du curry. En phytothérapie traditionnelle, le curcuma est utilisé pour favoriser la production de bile par le foie et stimuler sa sécrétion dans l’intestin. Plus récemment, de nombreux magazines et sites internet ont vanté son intérêt dans le traitement de l’arthrose, ainsi que ses propriétés supposément anticancéreuses. Qu’en est-il vraiment ?
Crédit photo : Karolina Grabowska - Pexels
Quel est l'usage traditionnel du curcuma en phytothérapie
Le curcuma (Curcuma longa, Curcuma xanthorrhiza) est une plante de la famille du gingembre qui est utilisée depuis des siècles en Asie, en particulier comme conservateur alimentaire naturel. En phytothérapie, on utilise son rhizome (tige souterraine) qui est cuit puis séché avant d'être réduit en poudre.
Traditionnellement(1), le curcuma est proposé pour favoriser la production et la sécrétion de bile en cas de digestion difficile, et pour stimuler l'appétit. En médecine ayurvédique (Inde), il est également proposé contre l’asthme, la toux, l’ulcère gastroduodénal, les calculs urinaires et les problèmes de peau, mais aussi pour soulager les règles douloureuses et stimuler la montée de lait.
Dans son dossier sur cette épice (1), l’Agence européenne du médicament considère comme traditionnel l’usage du curcuma pour soulager les digestions difficiles. Elle recommande une durée maximale du traitement de 2 semaines et conseille de ne prendre du curcuma ni pendant la grossesse ni pendant l’allaitement, hors usage alimentaire comme épice.
Dans le domaine des troubles digestifs, une étude clinique contrôlée avec un groupe placebo a montré une certaine efficacité du curcuma dans les troubles digestifs mineurs (brûlures d’estomac, ballonnements, flatulences, etc.), mais les études sur les ulcères gastroduodénaux se sont révélées décevantes.
Quelles sont les limites de l’usage du curcuma ?
Le rhizome de curcuma contient un ensemble de substances, les curcuminoïdes, dont la curcumine est la plus abondante. Chimiquement, ces substances possèdent des propriétés antioxydantes marquées, traditionnellement mises à profit pour conserver les aliments. Néanmoins, du fait d’une mauvaise absorption intestinale, les concentrations sanguines de curcumine après ingestion de curcuma sont faibles. Cette limite n’est pas gênante dans le traitement des problèmes digestifs (la curcumine agit alors directement sur le tube digestif) mais elle pose problème pour traiter des problèmes de santé qui affectent d’autres organes (lorsqu’un passage dans le sang serait nécessaire pour obtenir un effet).
Des tentatives ont été faites pour améliorer l’absorption intestinale de la curcumine. Par exemple, des études ont montré qu’une substance issue du poivre, la pipérine, augmente significativement l’absorption intestinale de la curcumine. Mais la pipérine agit en augmentant la perméabilité globale de la paroi de l’intestin ce qui peut être source de problèmes de santé. Cette piste n’est donc pas privilégiée.
Plus récemment, de nouvelles formes de curcumine sont apparues, supposément plus absorbables par l’intestin (liposomes, nanoparticules, etc.). Mais les données cliniques manquent sur leur efficacité et leur éventuelle toxicité.
En résumé, si la curcumine possède bien des propriétés antioxydantes, sa mauvaise absorption intestinale limite son action au tube digestif, et les procédés destinés à améliorer cette absorption manquent encore de preuves suffisantes d'efficacité et de sécurité.
Le curcuma peut-il soulager les problèmes d’arthrose (« rhumatismes ») ?
En laboratoire, dans des cultures de cellules immunitaires, la curcumine présente des propriétés anti-inflammatoires. Ces résultats ont amené des médecins à évaluer les effets de la curcumine contre l’arthrose.
-En 2014, une petite étude (4) randomisée a comparé les effets du curcuma à ceux de l’ibuprofène dans l’arthrose du genou. Des effets similaires et modestes ont été observés.
- En 2016, une méta-analyse (l’analyse croisée d’études existantes (5) ) a conclu qu’il existe des signes encourageants concernant l’effet d’un gramme de curcumine par jour en cas d’arthrose. Néanmoins, les études analysées concernaient de petits nombres de patients et ces signes favorables restent à confirmer par une étude plus vaste. De nouveau, le problème principal semble être la faible absorption intestinale(3) de la curcumine.
- En 2018, les autorités de santé européennes (EFSA, European Food Safety Authority et la Commission européenne) ont analysé les données cliniques disponibles et se sont prononcées sur la curcumine. Elles ont estimé que les compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine ne peuvent pas prétendre contribuer au fonctionnement normal des articulations. Ces revendications d’effet sont désormais interdites pour les compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine.(6)
- En 2020, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) (7) a publié un avis sur les effets des compléments alimentaires à base de plantes sur l’immunité, dans le contexte de la Covid-19. Dans cet avis, l’Anses précise, au sujet du curcuma : « Au vu de l’ensemble des données cliniques, il apparaît, malgré des résultats parfois contradictoires, que les extraits de curcuma et la curcumine(2) sont susceptibles d’exercer un effet anti-inflammatoire dans des pathologies variées. L’hétérogénéité de ces études, en termes de méthodologie, de produits évalués, de paramètres mesurés, doit être soulignée. »
Le curcuma peut-il aider les personnes qui souffrent de cancer ?
La curcumine a montré, sur des cultures de cellules, une capacité à bloquer la multiplication de plusieurs types de cellules cancéreuses (voir par exemple 8,9). Mais aucune étude clinique sérieuse n’a été menée chez l’homme dans cette maladie, de nouveau du fait des problèmes d’absorption intestinale de la curcumine.
Existe-t-il des risques à prendre des compléments de curcuma ?
Selon l’Agence européenne du médicament (1), les éventuels effets indésirables du curcuma sont une sécheresse de la bouche, des flatulences et des brûlures d’estomac (à des doses élevées). Certaines personnes sont allergiques aux plantes de la famille du curcuma et peuvent présenter des réactions intenses. Un surdosage se traduit par des nausées et des vomissements.
Le curcuma est contre-indiqué chez les personnes qui souffrent d’obstruction des voies biliaires (calculs) (1). Celles qui souffrent d’une maladie du foie doivent consulter leur médecin avant de prendre du curcuma en grande quantité (10). Enfin, le curcuma à dose élevée est déconseillé en cas d’ulcère de l’estomac ou du duodénum, car il risque d’augmenter l’irritation.(1)
Les personnes qui souffrent de calculs rénaux doivent également rester vigilantes en cas de prise de doses élevées de curcuma.
Attention au curcuma si vous prenez des médicaments fluidifiants du sang
Les produits contenant du curcuma pourraient interagir avec les médicaments fluidifiants du sang (« anticoagulants »), en particulier la warfarine (Coumadine), ainsi qu’avec les plantes aux propriétés anticoagulantes (ail, gingembre, ginkgo, ginseng, éleuthérocoque, kava, fève tonka, etc.).
Une recherche dans les bases de données d’articles scientifiques permet de constater que les propriétés anticoagulantes de la curcumine (mais pas du curcuma brut) ont fait l’objet de quelques études dans le tube à essai qui vont dans le sens d’une action anticoagulante (12). Une autre substance issue du curcuma, la bisdéméthoxycurcumine (BDMC), a également montré des propriétés anticoagulantes dans le tube à essai et chez l’animal (13). En effet, dans une étude, des souris ont reçu de la curcumine, de la BDMC ou un placebo par voie orale. Le temps de coagulation (après une petite entaille au niveau de la queue) a été plus long chez les souris ayant reçu de la BDMC que dans le groupe placebo, et encore davantage chez les souris ayant reçu de la curcumine. Mais cette étude a porté sur un petit nombre de souris (3 dans chaque groupe), ce qui limite sa fiabilité. À ce jour, aucune étude sur les propriétés anticoagulantes de la curcumine n’a été faite chez l’homme. Mieux vaut néanmoins rester prudent.
Ce qu'il faut retenir de l'action du curcuma pour soigner l'arthrose et les cancers
En conclusion, au-delà de ses propriétés digestives traditionnelles, il n’existe aucune évidence de bénéfice du curcuma dans d’autres problèmes de santé, à l’exception peut-être de l’arthrose et des maladies inflammatoires. Plus de 200 études cliniques menées avec le curcuma ou la curcumine ont fait l’objet de publications scientifiques, mais aucune de ces études n’était suffisamment puissante pour en tirer des conclusions définitives. Pourtant, cela n’empêche malheureusement pas certains de promettre un soulagement, voire une guérison, avec cette plante.
Il faudra attendre la mise au point de formes chimiques de curcumine mieux absorbées par l’intestin, et la mise en place d’études cliniques de qualité avec ces substances, pour avoir une meilleure idée de ce que le curcuma peut apporter à notre santé.