Symptômes de l’endométriose : les douleurs neurologiques
Article
Publié le 03/03/2025
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
Parmi les organes dont le fonctionnement peut être perturbé par des lésions d’endométriose figurent les nerfs qui cheminent dans la cavité abdominale et pelvienne. Lorsque c’est le cas, des douleurs particulières apparaissent, en particulier dans une jambe ou entre la vulve et l’anus. Plus intenses pendant les règles, ces douleurs ont tendance à devenir chroniques et à être invalidantes tout au long du cycle menstruel. Ces douleurs dites « neuropathiques » peuvent aiguiller vers un diagnostic initial d’endométriose car elles sont habituellement rares chez les jeunes femmes. Des traitements existent pour les soulager, traitements généraux de l’endométriose et traitements spécifiques de ces troubles du fonctionnement des nerfs.
Qu’appelle-t-on neuropathies ?
Les neuropathies se manifestent, sur le trajet d’un nerf, par des sensations d'engourdissement, de fourmillement, de ruissellement, de picotement, de brûlure, voire de décharge électrique, parfois douloureuses. Dans certains cas, par exemple lors de douleur sciatique (douleur dans une jambe) qui persiste plus de 3 mois, les neuropathies sont à l’origine de douleurs chroniques invalidantes. Elles relèvent ainsi d'une prise en charge spécifique.
Les neuropathies sont l’expression de la souffrance prolongée d’un nerf, le plus souvent lors de compression persistante, mais aussi d’inflammation chronique, ou sous l’effet de certains médicaments, par exemple les chimiothérapies contre le cancer.
Dans le contexte de l’endométriose, les neuropathies sont rares. Elles surviennent, entre autres, lorsque des lésions d’endométriose se fixent sur les nerfs qui passent dans le bassin et vont innerver les jambes, le périnée ou la vessie. L’inflammation ou la compression des fibres nerveuses est alors à l’origine de perte de sensation ou de sensations particulières, voire de douleur chronique. Les fibres nerveuses en elles-mêmes ne présentent pas de lésions. On parle également de douleurs nociplastiques.
Pourquoi observe-t-on des neuropathies lors d’endométriose ?
Les experts de l’endométriose ont observé que les lésions d’endométriose ont tendance à se fixer le long des nerfs qui traversent la cavité abdominale. Les nerfs concernés sont les nerfs pudendaux (qui innervent la vulve, le périnée et l’anus), les nerfs sciatiques (qui innervent les jambes) et les nerfs qui commandent la vessie. Ces nerfs émergent de la colonne vertébrale et passent par l’abdomen en chemin vers les organes qu’ils innervent.
Comme les autres types de douleur observés lors d’endométriose, les neuropathies dues à cette maladie ont tendance à apparaître ou à être plus intenses pendant la période des règles. Mais elles peuvent s'avérer invalidantes en permanence.
Les neuropathies (névralgies) pudendales lors d’endométriose
Les lésions d’endométriose peuvent être la cause de névralgie pudendale. Lorsque ce nerf est le siège de lésions d’endométriose, diverses douleurs peuvent être ressenties :
- des douleurs, superficielles ou profondes, qui vont de l’anus au clitoris ;
- des douleurs aggravées par la position assise, sauf sur les toilettes (car il n’y a pas de pression au niveau du périnée) ;
- des douleurs plus intenses d’un côté du périnée et de la vulve, et qui ont tendance à empirer au cours de la journée ;
- des douleurs déclenchées par la défécation ;
- des douleurs déclenchées par les relations sexuelles ;
- une sensation de corps étranger dans le vagin ;
- une intolérance au contact des vêtements sur la peau de la vulve ou du périnée.
De nouveau, ces douleurs sont plus intenses pendant les règles mais peuvent persister tout au long du cycle menstruel. Le diagnostic des neuropathies pudendales repose sur la clinique et peut être complété par des examens électrophysiologiques (qui évaluent le fonctionnement des nerfs) et sur l’IRM (pour identifier des lésions sur ces nerfs).
Les neuropathies sciatiques (sciatalgies ou douleurs de la jambe) lors d’endométriose
Lorsqu’un nerf sciatique devient le site de lésions d’endométriose, des douleurs se font sentir dans une jambe. Selon la partie du nerf qui est affectée par les lésions, ces douleurs de jambe peuvent toucher la fesse, la cuisse, le mollet ou le pied. Elles sont aggravées lors des règles mais peuvent devenir permanentes si elles ne sont pas prises en charge. Elles ressemblent aux douleurs sciatiques « classiques » ce qui peut retarder le diagnostic de leur cause liée à l'endométriose.
Le plus souvent, les lésions qui touchent le nerf sciatique et affectent la jambe se trouvent dans un repli du péritoine situé derrière les ovaires. Un examen par résonance magnétique (IRM) est nécessaire pour visualiser ces lésions (et éliminer la possibilité de problèmes au niveau des vertèbres comme cela est le cas pour les douleurs de jambe « classiques »).
Les troubles de l’émission d’urines liés aux neuropathies
Dans certains cas, les lésions d’endométriose se fixent sur une zone de croisement des nerfs appelée « plexus hypogastrique inférieur » et qui se trouve à proximité des ligaments qui attachent l’utérus à la partie dorsale de l’abdomen. Il est alors possible d’observer des signes de neuropathie affectant le fonctionnement de la vessie.
Les symptômes de ce type de neuropathie sont la difficulté à uriner (en particulier à vider complètement la vessie) et une perte des sensations de vessie pleine ou vide. La rétention d’urines (vidange incomplète) est un facteur qui favorise les infections urinaires (cystites). Ce type de symptômes est également parfois observé après une intervention chirurgicale destinée à enlever des lésions d’endométriose situées autour de ou sur la vessie. C’est donc possiblement une complication post opératoire.
Les traitements des neuropathies liées à l’endométriose
Dans le contexte de l’endométriose, les médicaments hormonaux habituellement prescrits pour traiter cette maladie contribuent également à soulager ces douleurs en prévenant les règles et l’inflammation des lésions d’endométriose à ce moment particulier du cycle.
Les douleurs liées aux neuropathies résistent aux traitements habituels de la douleur (antalgiques). Pour les soulager, le médecin prescrit plutôt des antidépresseurs dits « tricycliques » (par exemple l’amitriptyline) ou des médicaments habituellement prescrits contre l’épilepsie (prégabaline ou gabapentine).
Dans le cas des neuropathies pudendales, il est également possible de pratiquer des infiltrations d’anesthésique local (le voisinage du nerf est accessible à travers la peau du périnée) qui vont anesthésier la zone douloureuse.
Enfin, il est possible de soulager ces neuropathies par le biais d’une intervention chirurgicale destinée à enlever les lésions responsables du dysfonctionnement du nerf atteint. Ce type de traitement est habituellement efficace.
En conclusion, même si elles sont rares, les neuropathies liées à l’endométriose peuvent être invalidantes. Parfois, elles constituent le symptôme douloureux à l’origine du diagnostic initial d’endométriose, par exemple chez une jeune patiente atteinte de douleurs d’une jambe sans anomalies au niveau de la colonne vertébrale.
Sources
- Le Tohic A, Renouvel F, Friedrich L et al. Endométriose et neuropathies. La Lettre du Gynécologue, 2010, n° 351, pp 18-21.
- Mannan K, Altaf F, Maniar S et al. Cyclical sciatica: endometriosis of the sciatic nerve. J Bone Joint Surg Br. 2008 Jan;90(1):98-101.
- Teixeira Becker A, Martins WA, d’Avila R et al. Endometriosis of the sciatic nerve. Arq Neuropsiquiatra. 2011 Dec;69(6):995-6.
Le Service Public d’Information en Santé, au sein du Ministère de la santé et de l'accès aux soins, associe les institutions et agences publiques missionnées dans les champs de la santé, ainsi que les partenaires privés à but non lucratif (associations, ordres professionnels, sociétés savantes, universités…).
La démarche vise à assurer la cohérence et la cohésion des actions autour d’une vision commune de l’information publique en santé prévoyant également l’élaboration d’outils favorisant l’implication des usagers au processus d’amélioration du système de santé.