Pourquoi abat-on des milliers de canards alors que personne n'a attrapé la grippe aviaire ?

04/01/2024 4 mins de lecture

Depuis plusieurs années, la France est touchée par des vagues de grippe aviaire qui obligent les éleveurs, en particulier de canards, à abattre leurs animaux par millions. Pourquoi doit-on éliminer ces animaux alors qu’ils souffrent d’une infection qui ne touche les humains que de manière exceptionnelle ?

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Crédit photo : Magdalena Bednárová / Pixabay

Qu’est-ce que la grippe aviaire ?

La grippe aviaire (également appelée « influenza aviaire ») est une infection respiratoire des oiseaux due à des virus Influenza de type A, comme pour certaines grippes humaines. Comme celles-ci, les variants à l’origine des épidémies de grippe aviaire changent régulièrement. En France, par exemple, en 2017, il s’agissait du variant H5N8. Depuis 2021, il s’agit du variant H5N1.

La grippe aviaire touche tous les oiseaux mais certaines espèces sont plus à risque de formes sévères, souvent mortelles : les canards, les oies, les cygnes, les mouettes, les goélands, mais aussi les rapaces et les échassiers.

Les virus de la grippe aviaire sont extrêmement contagieux. Au début d’une épidémie, ils se transmettent des oiseaux sauvages aux oiseaux domestiques par contact direct. Ensuite, il peut y avoir transmission entre les élevages via les fientes et le fumier, mais aussi par transport involontaire de matières infectieuses par les personnes, le matériel d’élevage, les véhicules, etc. Pour empêcher ces transmissions, il est nécessaire d’éliminer tous les oiseaux d’un élevage, de désinfecter l’exploitation agricole, de définir un périmètre d’isolement autour de celle-ci et de contrôler les mouvements de personnes ou de véhicules entre les élevages (avec des mesures de désinfection drastiques).

Quelles sont les conséquences de la grippe aviaire pour les élevages ?

Lorsque le virus de la grippe aviaire est d’un type hautement pathogène, il peut provoquer la mort de tout un élevage et, dans tous les cas, des baisses de productivité importantes. De plus, lorsqu’un pays connaît une épidémie de grippe aviaire, il perd son statut de « pays indemne » et ne peut plus exporter de produits issus des oiseaux d’élevage : carcasses, foies gras, etc. Il s’agit donc de pertes économiques importantes.

La grippe aviaire peut-elle infecter les humains ?

Il existe des cas de transmission de la grippe aviaire à l’homme. Cette transmission est rare et se fait au sein des élevages par le biais d’aérosols (les excrétions respiratoires des oiseaux infectés, ou leurs fientes séchées pulvérisées). Il n’y pas de transmission par les viandes ou les produits alimentaires issus des oiseaux.

La capacité d’un virus de la grippe aviaire à infecter l’homme varie selon les variants. Elle est plus importante pour les souches H5N1 (environ 1000 cas et 500 décès dans le monde depuis 2003, aucun en France à ce jour) et H7N9 (environ 1600 cas et 600 décès dans le monde depuis 2013). Ces chiffres sont modestes si l’on considère le nombre d’oiseaux victimes de la grippe aviaire pendant cette période (probablement plusieurs centaines de millions). La très vaste majorité des cas de transmission chez l’homme ont eu lieu en Asie. À noter, il n’a pas été décrit de cas de transmission interhumaine de ces virus : les personnes malades n'ont pas transmis le virus de la grippe aviaire à leur entourage.

Mais alors pourquoi abat-on tous les oiseaux au sein d’un élevage infecté ?

Il existe plusieurs raisons à l’abattage massif des oiseaux d’élevage lors d’une épidémie de grippe aviaire. En termes épidémiologiques et économiques, l’abattage systématique et la destruction contrôlée des cadavres ont pour but d’enrayer la propagation locale de l’épidémie. En effet, l’intérêt des éleveurs est que la France retrouve le plus rapidement son statut de pays indemne de grippe aviaire, afin de pouvoir exporter de nouveau.

Mais il existe également des raisons relatives à la santé à la fois animale et humaine. Les virus Influenza A, et en particulier H5N1, ont une grande capacité à muter au cours du temps, mais aussi à échanger leurs gènes avec des virus grippaux appartenant à d’autres espèces (porcs, visons, humains, par exemple). Un tel phénomène pourrait se produire lors d’une infection d’un humain ou d’un animal par deux virus différents simultanément, par exemple un virus aviaire et un virus infectant les mammifères.

Dans ce cas, au sein d’une même cellule, les deux virus vont se multiplier, produisant de nombreuses copies de leur ADN. Lors de l’assemblage des nouveaux virus, des virus « hybrides » ayant incorporé aléatoirement des segments d’ADN de l’un et de l’autre des virus parentaux pourront être formés.

Ces virus « hybrides » ainsi formés pourraient avoir acquis la capacité de se transmettre d’humain à humain aussi efficacement que notre grippe saisonnière. Du fait de son origine aviaire, ce virus pourrait bien ne pas être sensible à l’immunité que nous possédons contre la grippe saisonnière (par le vaccin ou une grippe ancienne) et être à l’origine d’une vaste épidémie potentiellement dangereuse pour l’espèce humaine, à l’instar de celle que nous avons récemment connue avec le Covid-19.

Pour réduire ce risque d’hybridation, il est impératif de limiter l’exposition des mammifères (dont l’homme) à ce virus. Il est donc indispensable de systématiquement chercher à réduire le nombre de virus de la grippe aviaire se multipliant à travers le monde. Pour y parvenir, l’abattage massif reste la meilleure stratégie (ainsi que le port d’un masque et le respect des gestes barrières lorsqu’on se trouve dans un élevage, la désinfection des élevages et du matériel, etc.). À noter que, dans une même logique, les personnes qui travaillent dans des élevages (éleveurs, techniciens, vétérinaires, etc., quelle que soit l’espèce élevée) doivent se faire vacciner contre la grippe saisonnière tous les hivers. Il s’agit de nouveau d’éviter la rencontre entre un virus Influenza humain et un virus Influenza animal.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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