Faut-il arrêter de manger du poisson à cause des métaux lourds ?

12/04/2023 4 mins de lecture

Depuis quelques années, les autorités sanitaires mettent en garde contre une consommation excessive de produits de la mer en raison des risques liés à une accumulation de polluants et de pesticides, en particulier des métaux lourds. Qu’en est-il réellement ? Quelles sont les dernières recommandations ? Quels poissons choisir pour essayer de réduire ce risque ?

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Crédit photo : Sapphir1 / Pixabay

Les métaux lourds, marqueurs de la pollution des mers, des lacs et des rivières

Sous le terme de « métaux lourds », on regroupe des éléments comme le mercure (en fait, le méthylmercure) ou le cadmium, mais aussi, par facilité de langage, d’autres polluants comme les dioxines ou les PCB (polychlorobiphényles), voire des pesticides. Issus des activités industrielles et agricoles humaines, ils sont présents dans les eaux douces ou salées, en plus ou moins grande quantité selon les lieux.

Chez l’homme et les animaux, ces polluants ont tendance à s’accumuler dans les graisses. Lorsque leur concentration devient trop importante, ils peuvent être à l’origine de problèmes de santé potentiellement graves. Par exemple, l’excès de méthylmercure est à l’origine de fatigue, de vertiges, de toxicité pour les reins, le foie et le cerveau. Ils sont particulièrement toxiques pour les fœtus et les nourrissons, chez lesquels ils peuvent nuire au développement du cerveau.

Quels sont les poissons les plus concentrés en métaux lourds ?

Les poissons prédateurs (en haut de la chaîne alimentaire) comme le requin, l’espadon et le marlin, le siki, les lamproies et, à un moindre degré, le thon, le brochet ou le barracuda, sont les poissons qui contiennent les concentrations les plus élevées de métaux lourds. Ils chassent des poissons qui en contiennent à un moindre degré et finissent par accumuler une grande partie des métaux lourds contenus dans leurs proies. De plus, les polluants s’accumulant dans les graisses, les poissons gras (sardine, maquereau, saumon, hareng) en contiennent davantage que les poissons maigres.

Les poissons qui vivent dans les eaux particulièrement polluées par les métaux lourds ont également des concentrations de mercure potentiellement problématiques. C’est le cas, par exemple, de nombreuses espèces de poissons vivant dans la mer Baltique.

Quelles sont les recommandations des autorités sanitaires ?

Les produits de la mer font partie des aliments recommandés pour enrichir notre diversité alimentaire car ils contiennent des nutriments intéressants : vitamines A, D et E, sélénium, zinc, iode, mais aussi acides gras essentiels oméga-3 à longue chaîne, indispensables à notre santé. Pour cette raison, il n’est pas recommandé de supprimer complètement les poissons et les fruits de mer de son alimentation.

Pour profiter des bénéfices des produits de la mer tout en minimisant le risque de surconsommer des métaux lourds, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a défini des recommandations pour la population générale, mais également pour des populations plus sensibles à ces polluants. Pour la population générale, ses recommandations sont de :

- consommer du poisson 2 fois par semaine en associant un poisson gras à forte teneur en acides gras oméga-3 (saumon, sardine, maquereau, hareng) et un autre poisson (colin, merlu, cabillaud, sole, etc.) moins riche en métaux lourds et pesticides ;

- varier les espèces et les lieux d’approvisionnement ;

- pour les poissons d’eau douce, limiter la consommation de barbeaux, brèmes, carpes ou silures à 2 fois par mois ;

- ne consommer de l’anguille qu’à titre exceptionnel ;

- pour la pêche de loisir, respecter les recommandations de non-consommation émises dans certaines zones.

Des recommandations particulières pour certaines populations sensibles

Au cours de la grossesse et jusqu'à 3 ans, le cerveau de l'enfant est particulièrement vulnérable à l'action toxique des polluants et notamment du méthylmercure et des PCB. Pour cette raison, les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes doivent :

- limiter leur consommation de poissons prédateurs sauvages (lotte/baudroie, loup/bar sauvage, bonite, empereur, grenadier, flétan, brochet, dorade, raie, sabre, thon, etc.) ;

- éviter la consommation d’anguille, d’espadon, de marlin, de siki, de requin et de lamproie. Pour les poissons d’eau douce, ces populations sensibles doivent limiter leur consommation de barbeaux, brèmes, carpes ou silures à 1 fois tous les 2 mois.

Et le saumon, est-il dangereux ?

Concernant le saumon, dans une étude sur le sujet menée en 2016, la revue 60 millions de consommateurs a retrouvé des métaux lourds dans 23 saumons testés. Toutefois, les teneurs étaient variables et globalement, les résultats n'étaient pas alarmants et très en dessous des limites réglementaires. Paradoxalement, les doses les plus importantes ont été retrouvées dans du saumon bio d'origine norvégienne qui contenait 7 fois plus de mercure que du saumon surgelé pêché dans l'Atlantique ou élevé au Chili.

Comment choisir ses produits de la mer ?

Il existe des labels de qualité concernant les poissons : Label Rouge (Aqualabel) pour les poissons d’élevage, Label MSC2 (Marine Stewardship Council) pour les poissons sauvages. Ces labels ne garantissent pas une faible teneur en polluants mais un produit de meilleure qualité. Pour réduire son exposition aux métaux lourds, mieux vaut suivre les recommandations de l’Anses.

Quels poissons choisir lorsqu’on se soucie de la surpêche et de son impact sur la biodiversité ?

L’organisation internationale WWF (World Wildlife Fund) recommande d’éviter la consommation de certaines espèces telles que le thon rouge, l’espadon, le loup sauvage et la raie ainsi que le cabillaud de l’Atlantique Nord. Certaines espèces en provenance du Nord Est de l’Atlantique, telles que le grenadier, la lingue, le merlu et la sole sont également menacées. La liste complète de ces espèces menacées se trouve sur www.wwf.fr ou sur peche.ifremer.fr.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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