Le syndrome de stress post-traumatique ne touche-t-il que les victimes de guerre ?
13/06/2023 4 mins de lecture
Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT ou état de stress post-traumatique) est un ensemble de symptômes qui se développent lorsqu’une personne a été exposée, en tant que victime ou en tant que témoin, à un événement traumatisant générateur d’une détresse importante et soudaine. Chez certaines personnes, la période de stress aigu, qui est normale après un tel événement, persiste de manière anormalement longue, de plusieurs semaines à plusieurs mois. On parle alors de syndrome de stress post-traumatique. Ce trouble s’installe de manière durable, perturbe profondément la vie quotidienne et peut, s’il n’est pas soigné, se compliquer de dépression.
Crédits: Photo de teeveesee
Quelles sont les causes du syndrome de stress post-traumatique ?
S’il a été particulièrement bien décrit chez le personnel militaire revenant d’une zone de conflit, le SSPT n’est pas réservé aux personnes, soldats ou victimes, exposées aux combats.
Les événements traumatiques qui peuvent être à l’origine de SSPT présentent certaines caractéristiques communes. La plupart du temps, ils ont réellement entraîné la mort ou des dommages physiques irréversibles. Parfois, ils ont simplement été perçus comme porteurs de telles conséquences. Ces événements ont provoqué une réaction intense mêlant peur, détresse et horreur. Il peut s’agir d’une agression sexuelle, d’une prise d’otages ou d’un attentat, de violences physiques ou psychiques, d’un accident des transports ou d’une catastrophe naturelle.
Plus que la gravité réelle de l’événement traumatique, c’est sa gravité perçue qui semble décider de l’apparition d’un SSPT. En particulier, les traumatismes infligés par une ou plusieurs personnes sont perçus de manière plus intense que ceux dus au hasard, à une catastrophe naturelle ou à une défaillance technique.
Chez les enfants, en marge des causes habituelles, un état de stress post-traumatique peut apparaître quelques semaines après un événement imaginaire ou fictionnel — un film particulièrement violent, par exemple.
Comment se manifeste le syndrome de stress post-traumatique ?
La personne atteinte de stress post-traumatique revit en permanence l’événement à travers des souvenirs, des rêves ou des flash-backs qui la saisissent par surprise. Elle éprouve également un certain sentiment d’anesthésie émotionnelle et de détachement. Elle a l’impression d’avoir perdu le contact avec son environnement, le sentiment d’évoluer en permanence dans le brouillard, anormalement froide et distante. D’autres symptômes peuvent survenir : troubles du sommeil, irritabilité, détresse, difficultés à se concentrer, crises d’anxiété, etc.
Parfois, les sensations physiques ressenties au moment du traumatisme resurgissent à l’improviste. Ces symptômes s’accompagnent d’une tendance à fuir tout ce qui pourrait rappeler le traumatisme. Cette attitude d’évitement peut aboutir à l’amnésie partielle ou totale des événements.
Au bout de plusieurs mois, ces symptômes ont un fort impact négatif sur la vie quotidienne et le bien-être. Des complications peuvent survenir, tels des troubles du comportement alimentaire ou des toxicomanies (alcool, drogues, médicaments). Dans 25 à 30 % des cas, des symptômes dépressifs apparaissent, avec des idées noires et des pensées suicidaires.
De même que les adultes, les enfants qui souffrent de SSPT revivent les événements stressants et font des cauchemars. Ils ont peur sans raison apparente et tendent à se replier sur eux-mêmes. Souvent, ce sont des enfants agités et colériques qui ont du mal à se concentrer et souffrent de troubles du sommeil.
Qui sont les personnes le plus à risque de développer un SSPT ?
La personne qui souffre de SSPT peut être la victime, ou simplement le témoin de la scène traumatisante. Face à cet événement, certaines personnes semblent être plus prédisposées à développer un SSPT :
- celles qui ont gardé, du fait de leur histoire personnelle, une grande sensibilité au deuil ou un tempérament anxieux ;
- celles, dotées d’un naturel optimiste, qui pensaient que le monde était harmonieux ;
- celles qui souffrent d’isolement émotionnel et ne peuvent s’appuyer sur un réseau amical ou familial.
De plus, les personnes âgées et les enfants se révèlent particulièrement vulnérables face au SSPT. Ces derniers ont du mal à relativiser ce qu’ils vivent.
Le stress post-traumatique est-il fréquent après un événement traumatisant ?
Selon des études menées aux États-Unis, 5 à 12 % dans la population générale souffrirait ou aurait souffert de SSPT. Ces chiffres pourraient être sous-estimés du fait d’une éventuelle absence de diagnostic spécifique ou de réticence des patients à parler de ces troubles.
Dans certaines populations plus touchées par le SSPT (comme le personnel militaire), il existe davantage de données de fréquence : selon l’Inserm, près d’un quart des militaires qui ont participé à une guerre seraient concernés par ces troubles.
Concernant les témoins directs ou indirects d’actes terroristes, plusieurs enquêtes épidémiologiques ont récemment été conduites en France, en collaboration avec des équipes de l’Inserm. Ainsi, 6 à 18 mois après les attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo), 18 % des témoins présentaient un SSPT (3 % chez les témoins à proximité et jusqu’à 31 % chez les personnes directement menacées selon l’étude IMPACTS). Ces troubles concernaient également 3 % des intervenants (policiers, professionnels de santé, pompiers, etc.).
Une enquête similaire a été menée après les attentats de novembre 2015 (Bataclan) : elle a montré que 54 % des personnes directement menacées et presque autant des personnes qui avaient perdu un proche lors de ces évènements souffraient de SSPT (étude ESPA-13 Novembre). Une autre étude conduite à la suite de cette série d’attentats suggère que la population générale pouvait également avoir développé un SSPT sans avoir été directement témoin ou concernée personnellement par des événements collectifs traumatisants : le temps passé à visualiser les images de ces attaques à la télévision était associé à un risque accru de développer des symptômes de stress post-traumatique.