Les troubles cognitifs, fréquents lors de Covid long

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Publié le 24/01/2024

Information proposée par Service Public d’Information en Santé

De nombreuses personnes qui souffrent de Covid long se plaignent de difficultés à effectuer des tâches mentales qui leur étaient faciles, ou de troubles de la mémoire, de l’attention ou de la concentration. Ces troubles cognitifs sont persistants, fluctuants et leur éventuelle amélioration est lente. En l’absence de traitements spécifiques, leur prise en charge consiste à aider les patients à adapter leur vie quotidienne à ces troubles et à s’assurer que d’autres causes (douleurs, fatigue, troubles du sommeil, etc.) ne contribuent pas à les aggraver.

Comment se traduisent les troubles cognitifs lors de Covid long ?

Les troubles cognitifs (également appelés neurocognitifs ou neuropsychologiques) sont ceux qui affectent la capacité à penser et raisonner, y compris la capacité à se concentrer, se souvenir, analyser des informations, apprendre, parler et comprendre. Ils sont fréquemment signalés par les personnes qui souffrent de Covid long.
Les symptômes décrits par les personnes atteintes de troubles cognitifs à la suite d’un épisode de Covid-19 sont souvent ressentis comme un « brouillard mental ». 

Ce sont, entre autres : 

  • un ralentissement de la capacité à réfléchir et penser ;
  • des difficultés à gérer plusieurs tâches à la fois (« multitasking ») et à planifier ;
  • une moins bonne mémoire active (ou de travail, c’est-à-dire la capacité à garder des informations en mémoire pendant quelques instants) ;
  • de fortes difficultés de concentration sur une tâche ou une information.

De plus, les patients décrivent une sensation de vide mental et une grande fatigabilité, parfois pendant plusieurs jours, après avoir accompli des tâches mentales habituellement faites « sans y penser ». Dans les cas les plus sévères, des difficultés à trouver ses mots, à faire ou comprendre des phrases, ainsi qu’à lire et à écrire, sont décrites. Ces troubles peuvent fortement interagir avec la poursuite d’études ou la vie professionnelle et personnelle.

L’intensité de ces troubles est souvent fluctuante (« des bons et des mauvais jours ») et imprévisible, ce qui se révèle déstabilisant, en particulier dans la confiance que les personnes touchées accordent à leurs performances (peur de s’être trompé, doute sur la capacité à accomplir une tâche, par exemple). Pour de nombreux patients, cet état handicapant persiste des mois après l’infection initiale, avec ou sans amélioration progressive. Les troubles cognitifs semblent être les symptômes qui mettent le plus longtemps à s’améliorer lors de Covid long.

Que fait le médecin lorsqu’il soupçonne des troubles cognitifs ?

Lorsqu’un patient signale des troubles cognitifs persistants plus de 3 mois après un épisode de Covid-19, le médecin va évaluer leur nature et leur intensité. Il va pratiquer une évaluation clinique et neuropsychologique

L’une des difficultés pour cette évaluation est l’absence d’outils spécifiquement adaptés au Covid long. Le médecin va utiliser ceux qui existent pour d’autres maladies. Par exemple, il peut utiliser le questionnaire d’évaluation cognitive de Montréal (Montreal Cognitive Assessment, MOCA, qui permet le dépistage des troubles cognitifs légers à l’aide de 30 questions chez les patients atteints de maladies neurodégénératives) qui, malgré son absence d’adaptation au Covid long, va néanmoins l’aider à mesurer les symptômes.

Il arrive que ce questionnaire ne décèle pas d’anomalie cognitive alors que le patient ressent des difficultés : c’est le cas, en particulier, des individus à fortes capacités cognitives avant le Covid-19 (réflexion rapide, bonne capacité de calcul, excellente mémoire, etc.) qui peuvent obtenir des résultats de tests cognitifs considérés comme normaux, tout en ressentant, subjectivement, une forte diminution de leurs capacités.
À noter, remplir un questionnaire de type représente un effort mental pour les personnes qui souffrent de troubles cognitifs. L’évaluation de ces troubles ne doit pas être responsable d’une aggravation de la fatigue ou d’autres symptômes.

Le médecin va également chercher à éliminer d’autres causes possibles de troubles cognitifs

  • épuisement, 
  • troubles du sommeil, 
  • anxiété, 
  • dépression, 
  • douleurs chroniques, 
  • stress post-traumatique, 
  • maladie de la thyroïde, 
  • autres troubles neurologiques. 

Ces autres causes peuvent être responsable de troubles cognitifs, mais aussi aggraver ceux dus au Covid long. Selon le résultat de ces évaluations, le médecin peut prescrire des examens complémentaires (prises de sang, examen d’imagerie du cerveau, par exemple) ou une consultation avec un spécialiste (neurologue, spécialiste de la santé mentale ou de la douleur, endocrinologue, etc.).

En cas de troubles cognitifs ayant un effet sur le travail, les études ou la vie quotidienne, le médecin peut demander un bilan en ergothérapie. Ce bilan évalue les conséquences des troubles cognitifs sur l'autonomie du patient dans la réalisation des activités quotidiennes, ainsi que les effets positifs ou négatifs de son environnement (physique et humain) sur la réalisation de ces activités. Il mesure la capacité à effectuer des mouvements fins ou globaux, la sensibilité tactile, la perception du corps dans l’espace, la mémoire, l’attention, la coordination entre les yeux et les mains, etc.

Quels sont les traitements en cas de troubles cognitifs liés au Covid long ?

Même si les questionnaires ne signalent pas d’anomalies cognitives, la persistance de troubles cognitifs ressentis pendant plus de 3 mois après un épisode de Covid-19 nécessite une prise en charge. La nature de celle-ci va varier selon les troubles ressentis, mais aussi selon les autres causes identifiées (par exemple la fatigue, l’anxiété, les troubles du sommeil, les douleurs chroniques, etc.). Pour traiter l’ensemble des causes possibles de troubles cognitifs, une prise en charge pluridisciplinaire avec un soutien psychologique est recommandée.

Des activités d’éducation thérapeutique du patient peuvent être mises en place. Elles consistent à aider les patients (seuls ou en groupe) à gérer leur vie quotidienne, professionnelle ou scolaire malgré les troubles cognitifs dont ils peuvent souffrir, en s’adaptant à leur niveau de concentration et d’attention. Les patients vont essayer de réaliser des tâches demandant progressivement de plus en plus de concentration tout en respectant leur niveau d’énergie quotidien. Il peut s’agir de lire 2 ou 3 pages d’un livre, de tenir une conversation pendant des périodes de plus en plus longues ou de jouer à des jeux demandant de la coordination, de la concentration ou de la mémoire (puzzles, jeux de chiffres, etc.). Il n’est pas nécessaire de se lancer dans de nouvelles activités mais plutôt de se concentrer sur la récupération et la conduite des activités habituelles.
Grâce à cette prise en charge, les patients développent des stratégies d’adaptation : diminution du rythme des activités, priorité accordée au repos nécessaire, négociation avec soi-même sur ses attentes, attention portée au sommeil et au régime alimentaire, mais aussi stratégies du quotidien (voir plus loin).

L’ergothérapeute propose également des conseils et des astuces pour organiser et réaliser des tâches individuelles, traiter l’information et mettre en place des rappels. En cas de troubles de la syntaxe ou de difficultés à trouver ses mots, voire à lire et à écrire, le recours à un orthophoniste permet d’améliorer ses capacités de communication. Il pourra également aider le patient à améliorer sa mémoire active. Il intervient également dans la rééducation des troubles de l’odorat.

Quelques études cliniques sont en cours pour tenter de soulager le handicap lié aux troubles cognitifs du Covid long à l’aide de médicaments. La piste des neurostimulants (modafinil, méthylphénydate) n’a pas montré de bénéfice significatif dans de petites études contrôlées. Une étude pilote va évaluer la piste de la metformine (également explorée dans le traitement des troubles cognitifs liés au cancer). Enfin, des médicaments antihistaminiques sont également évalués.

Que faire pour atténuer les troubles cognitifs liés au Covid long ?

Les ergothérapeutes, les neuropsychologues ou les orthophonistes proposent des stratégies à adopter dans sa vie quotidienne. Par exemple :

  • mettre en place des stratégies de gestion de l’énergie et du stress (voir fiche Fatigue) : par exemple, le fractionnement de tâches complexes en petites étapes plus faciles à accomplir ;
  • adopter les mesures pour mieux dormir et respecter ses rythmes propres ;
  • éviter les boissons alcoolisées et les drogues ;
  • utiliser un agenda, les alertes sur son téléphone, des pense-bêtes sur le réfrigérateur ou la porte d’entrée de son logement, etc.
  • ranger les objets du quotidien toujours au même endroit, comme ses clés, ses lunettes, son portefeuille, etc. ;
  • faire une seule chose à la fois, éviter de fonctionner en mode multi-tâches ;
  • réduire les sources de distraction (radio, télévision, musique, etc.) lorsqu’il est nécessaire de se concentrer sur une tâche ;
  • repérer les moments d’accalmie dans les symptômes pour entreprendre une tâche plus complexe ;
  • ne pas hésiter à demander de l’aide à son entourage ;
  • accepter que chaque personne se rétablit à son rythme (ne pas culpabiliser, rester bienveillant envers soi-même). Il est normal d’avoir des oublis ou des inattentions lorsqu’on est fatigué, préoccupé, anxieux ou triste.

En conclusion, les troubles cognitifs contribuent significativement à l’impact du Covid long sur la vie quotidienne des personnes qui en souffrent. Parfois difficiles à évaluer en l’absence d’outils validés pour cette maladie, ils doivent néanmoins être pris en charge rapidement pour aider le patient à s’y adapter. Les autres causes possibles doivent être recherchées et, le cas échéant, prises en charge, pour une approche globale de ces troubles invalidants.


Pour aller plus loin

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