Comment diagnostique-t-on le Covid long ?
Article
Publié le 15/02/2024
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
À ce jour, il n’existe pas d’examen complémentaire spécifique capable d’indiquer de manière certaine qu’une personne souffre de Covid long, ni de symptômes caractéristiques qui permettrait de différencier cette affection des autres causes possibles de persistance des symptômes après un épisode de Covid-19.
Pour cette raison, le diagnostic de Covid long est souvent un diagnostic par élimination des autres diagnostics envisageables. L’association de certains symptômes fréquemment rapportés lors de Covid long (épuisement, troubles cardiorespiratoires et troubles neurocognitifs) guide également le diagnostic. Dans ce contexte, des examens complémentaires ou des consultations spécialisées peuvent s’avérer nécessaires.
La démarche diagnostique dans le Covid long
Pour chaque symptôme persistant signalé par un patient, le médecin va chercher à éliminer les autres causes possibles, depuis la plus grave, afin de ne pas passer à côté d’une autre maladie que le Covid long (par exemple une embolie pulmonaire, une maladie auto-immune ou un cancer) ou d’une conséquence grave de l’épisode aigu de Covid-19 : c’est l’étape appelée « diagnostic différentiel ».
À titre d’exemple, si la personne se plaint de douleurs persistantes dans la poitrine, le médecin va rechercher d’autres possibilités : une angine de poitrine, une embolie pulmonaire, une inflammation à la jonction entre le sternum et les côtes, des contractions du diaphragme ou des muscles situés entre les côtes, un épanchement pleural (accumulation de liquides compressant un poumon), un reflux gastro-œsophagien (reflux acides), une inflammation du gros intestin (colite), etc.
Autre exemple, lorsque le patient ressent des difficultés à respirer, le médecin va d’abord rechercher les causes les plus fréquentes de ce type de symptôme : asthme, pneumonie, bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), épanchement pleural, anémie, insuffisance cardiaque, embolie pulmonaire, etc.
Qu’appelle-t-on « marqueur biologique » ?Un marqueur biologique (également appelé biomarqueur, molécule signature ou marqueur moléculaire) est une molécule biologique présente dans le sang, d'autres fluides corporels ou des tissus et qui peut être utilisée pour évaluer un état physiologique, diagnostiquer une maladie, ou suivre l’effet d’un traitement sur une maladie. Par exemple, la troponine est une substance dont la concentration dans le sang augmente lors de souffrance du muscle cardiaque. Sa mesure contribue alors au diagnostic des infarctus du myocarde. |
Quelles sont les étapes du diagnostic du Covid long ?
Lorsqu’un patient vient consulter à propos de symptômes persistants plusieurs semaines après un épisode de Covid-19, son médecin traitant commence par lui poser une série de questions :
- Quels ont été les symptômes de l’épisode aigu, quelle était leur sévérité et a-t-il été nécessaire d’avoir recours à une hospitalisation, voire à des soins intensifs ?
- Un test positif au COVID-19 (antigénique ou PCR) a-t-il confirmé l’infection (mais l’existence d’un test positif n’est pas nécessaire au diagnostic) ?
- Quels sont les symptômes ressentis depuis cet épisode, leur intensité, celle-ci varie-t-elle selon les jours ?
- Ces symptômes sont-ils déclenchés ou aggravés par l’effort physique et intellectuel, le stress, les changements de températures extérieures, par exemple ?
- Quels sont les antécédents médicaux du patient ?
Pour préparer cette phase de la consultation, il peut être utile, dans les jours précédant le rendez-vous médical, de tenir un journal de ses symptômes, de leur intensité, des facteurs qui les aggravent ou les soulagent, mais aussi des activités quotidiennes (temps passé à se reposer, à être actif, nature des activités effectuées, etc.).
Après ces questions, le médecin pratique un examen physique complet avec auscultation. Il mesure la pression artérielle en position couchée et debout, la température, la fréquence cardiaque et la concentration du sang en oxygène (oxymétrie de pouls).
En fonction des symptômes, le médecin traitant, ou un spécialiste vers qui le patient a été orienté, peut pratiquer des tests ou faire remplir des questionnaires standardisés qui permettent d’évaluer divers aspects des symptômes ressentis. Par exemple :
- l'intensité de chaque symptôme peut être évaluée subjectivement sur une échelle visuelle analogique (EVA, un curseur qui va de 0 à 10 selon l’intensité du symptôme).
- l’échelle de Pichot permet d’évaluer la fatigue ;
- un test de marche de 6 minutes ou un test de passage de la position assise à la position debout pendant une minute permet d’évaluer la forme physique ;
- le questionnaire SF36 (36-Item Short-Form Health Survey) évalue les diverses dimensions de la qualité de vie ;
- l’échelle MoCA (Montreal Cognitive Assessment) évalue la mémoire, la maîtrise du langage, le raisonnement et d'autres aptitudes intellectuelles (cognitives). Ce questionnaire, développé pour les personnes souffrant de maladies neurodégénératives, n’est pas vraiment adapté au suivi des patients atteints de Covid long. Néanmoins, en l’absence de questionnaire spécifique, il fait partie des outils recommandés par la Haute Autorité de santé ;
- le questionnaire DePaul qui permet d’évaluer l’aggravation des symptômes à la suite d’un effort (malaise post-effort) ;
- l’échelle HAD (Hospital Anxiety and Depression) permet de mesurer les symptômes dépressifs et anxieux ;
- en cas de suspicion d’un syndrome d’hyperventilation (une accélération du rythme de la respiration avec parfois une anxiété importante et, dans certains cas, des douleurs à la poitrine), un questionnaire adapté (questionnaire de Nijmegen) est utilisé.
Le médecin a également recours à des examens complémentaires adaptés aux symptômes observés, à la recherche d’anomalies de fonctionnement des organes : analyses de sang, électrocardiogramme, explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), protocole CPET ou iCPET (tests d'exercices cardiopulmonaires qui évaluent la réponse du corps à l'exercice physique), imagerie (échographie, radiographie, scanner, IRM, scintigraphie, TEP Scan), etc. Ces examens lui permettent d’éliminer (ou d’identifier le cas échéant) diverses atteintes endocrines (hormonales), auto-immunes, inflammatoires ou allergiques, neurologiques, hématologiques (relatives au sang) ou cancéreuses qui pourraient être à l’origine de la persistance de symptômes. Également pratiqués lors du suivi des patients, ces examens complémentaires sont prescrits lorsqu’ils permettent d’apporter une information essentielle au diagnostic différentiel, ou lorsqu’ils permettent d’orienter vers une séquelle connue du Covid-19. Tous ne sont pas systématiquement pratiqués chez tous les patients.
Le médecin peut également demander l’avis d’un ou plusieurs spécialistes en fonction des symptômes signalés et des signes observés : cardiologue, pneumologue, neurologue, gastro-entérologue, spécialiste de la santé mentale, etc. De plus, un ergothérapeute ou un spécialiste de l’activité physique adaptée (APA) évaluera plus finement l’impact de la maladie sur les activités et les capacités physiques du patient, et notamment sa susceptibilité aux malaises post-effort, symptôme relativement fréquent dans le Covid long.
En attendant les résultats des examens complémentaires et des consultations spécialisées, les patients ne sont pas laissés à eux-mêmes : des traitements sont proposés pour soulager les symptômes, mais aussi pour réduire le retentissement psychologique, social et familial. Une prise en charge rapide des symptômes peut réduire le risque que ceux-ci s’aggravent.
Une fois connus les résultats des différents examens complémentaires et des consultations spécialisées, une nouvelle consultation est nécessaire pour faire le point et affiner la prise en charge. Les consultations suivantes permettront de suivre l’évolution de la maladie, en prenant en compte le ressenti du patient et les données de l’examen clinique, et en remplissant de nouveau les questionnaires standardisés pour les comparer à ceux remplis lors des consultations précédentes.
La prise en charge des personnes à long terme souffrant de Covid long est globale et coordonnée : elle fait appel à différents professionnels de santé et structures de soins, selon les objectifs recherchés. Elle est mise en place en concertation avec le patient dans une démarche de décision partagée, afin d’obtenir, entre le patient et les soignants, une alliance thérapeutique qui prenne en compte le vécu et l’expérience du patient.
En conclusion, le diagnostic du Covid long est fondé sur la recherche de signes cliniques dans un processus qui peut prendre du temps et fait intervenir divers spécialistes. Il vise à éliminer d’autres maladies qui pourraient expliquer les symptômes persistants. Ce diagnostic différentiel, comme la prise en charge au long terme du Covid long, nécessite des examens complémentaires et des consultations spécialisées, selon les symptômes ressentis.
Pour aller plus loin
- Réponses rapides dans le cadre de la COVID-19 - Symptômes prolongés à la suite d’une Covid-19 de l’adulte - Diagnostic et prise en charge, Haute Autorité de santé, janvier 2023
- Davis HE, McCorkell L, Moore Vogel J & Topol. E. Long COVID: major findings, mechanisms and recommendations. Nature Reviews Microbiology volume 21, pages 133–146 (2023). doi: 10.1038/s41579-022-00846-2
- Choutka J, Jansari V, Hornig M & Iwasaki A. Unexplained post-acute infection syndromes. Nat Med. 2022 May;28(5):911-923. doi: 10.1038/s41591-022-01810-6
- Sisó-Almirall A, Brito-Zerón P, Conangla Ferrín L et al. Long Covid-19: Proposed Primary Care Clinical Guidelines for Diagnosis and Disease Management. Int J Environ Res Public Health. 2021 Apr; 18(8): 4350. Published online 2021 Apr 20. doi: 10.3390/ijerph18084350
- Gouraud C, Thoreux P, Ouazana-Vedrines C et al. Patients with persistent symptoms after COVID-19 attending a multidisciplinary evaluation: Characteristics, medical conclusions, and satisfaction. J Psychosom Res. 2023 Nov:174:111475. doi: 10.1016/j.jpsychores.2023.111475
- Avis sur le syndrome post-Covid, ses enjeux médicaux, sociaux et économiques et les perspectives d’amélioration de sa prise en charge, Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS), novembre 2023
Le Service Public d’Information en Santé, au sein du Ministère de la santé et de l'accès aux soins, associe les institutions et agences publiques missionnées dans les champs de la santé, ainsi que les partenaires privés à but non lucratif (associations, ordres professionnels, sociétés savantes, universités…).
La démarche vise à assurer la cohérence et la cohésion des actions autour d’une vision commune de l’information publique en santé prévoyant également l’élaboration d’outils favorisant l’implication des usagers au processus d’amélioration du système de santé.