Les troubles neurologiques associés au Covid long
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Publié le 15/02/2024
Information proposée par Service Public d’Information en Santé
Chez les personnes qui souffrent de Covid long, les troubles affectant le système nerveux sont relativement fréquents et entraînent une grande variété de symptômes. Ils peuvent être ressentis de manière continue ou par poussées. Certains de ces troubles concernent le système nerveux qui contrôle le fonctionnement de nos organes (cœur, appareil digestif, vessie, par exemple). D’autres sont à l’origine de fatigue mentale, de troubles de la mémoire ou de la pensée, de difficultés de concentration, de brouillard cérébral, de douleurs ou de troubles du sommeil. Enfin, il peut s’agir de troubles des sens, en particulier la perte de l’odorat et du goût. Leur prise en charge sollicite divers professionnels de santé selon les symptômes observés.
Comment se traduisent les troubles neurologiques associés au Covid long ?
Les troubles neurologiques associés au Covid long varient selon les personnes. Par exemple, sont signalés :
- des maux de tête ;
- des troubles de la mémoire et de l’attention (voir Les troubles cognitifs observés dans le Covid long) ;
- de la fatigue mentale, avec risque d’exacerbation des symptômes après un effort (voir L’épuisement aggravé à l’effort, symptôme courant du Covid long) ;
- des sensations anormales de brûlures ou de fourmillements (voir Covid long et symptômes douloureux) ;
- des anomalies du fonctionnement du système nerveux contrôlant les organes profonds (symptômes dysautonomiques, voir ci-dessous) ;
- des troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie, sommeil fractionné, cauchemars).
Qu’appelle-t-on symptômes dysautonomiques ?
Il arrive que les atteintes neurologiques du Covid long concernent le système nerveux qui contrôle, sans que nous en ayons conscience, le fonctionnement de nos organes (le système nerveux autonome). Ces symptômes, variables selon l’organe concerné, sont regroupés sous l’appellation de « symptômes dysautonomiques ». Par exemple :
- des sensations de vertige, pouvant aller jusqu’à des impressions d’évanouissement. Dans certains cas, ces vertiges apparaissent lorsque la personne passe de la position couchée à la position debout (hypotension orthostatique, sans accélération du rythme cardiaque) ;
- des sueurs non justifiées, apparaissant le jour ou la nuit, ou au contraire une absence de sueur;
- un rythme cardiaque accéléré (tachycardie) ;
- des troubles digestifs : difficultés à avaler, nausées, vomissements, sensation d’estomac plein, diarrhée, constipation ;
- des fuites urinaires ou des difficultés à vider complètement sa vessie ;
- des troubles de l’érection ;
- une mauvaise régulation de la température du corps avec, le plus souvent, des frissons, une peau froide ;
- des modifications de la couleur de la peau (rougeur ou pâleur) ;
- une difficulté à effectuer un exercice habituel.
Ces symptômes ne sont pas tous obligatoirement présent chez un même patient.
Qu’est-ce que le syndrome de tachycardie posturale orthostatique (PoTS) ?
Le syndrome de tachycardie posturale orthostatique (PoTS, Postural Tachycardial Syndrome) est une forme particulière de troubles dysautonomiques qui se traduit, lorsque la personne passe de la position couchée à la position debout, par une accélération du rythme cardiaque (avec une augmentation de plus de 30 battements par minute pour un adulte), une pression artérielle stable (contrairement à l’hypotension orthostatique), des vertiges, des nausées, etc. Le retour à la position couchée soulage immédiatement ces symptômes. Ce syndrome est un cas particulier de l’inadaptation orthostatique (voir Les troubles cardiorespiratoires associés au Covid long) qui résulte d’une mauvaise adaptation de la pression artérielle et du rythme cardiaque à la suite d’un changement rapide de position.
Quelles sont les causes de ces troubles neurologiques ?
Dans certains cas, les troubles neurologiques observés lors de Covid long sont des complications ou des séquelles de l’épisode aigu initial de Covid-19. Par exemple, la perte d’odorat, un accident vasculaire cérébral (AVC), une inflammation du cerveau (encéphalite) ou un syndrome de Guillain-Barré (une complication rare de certaines infections, causée par une attaque des fibres nerveuses par le système immunitaire et qui se traduit par une faiblesse musculaire, une perte des sensations dans les bras ou les jambes, voire des paralysies, le plus souvent réversibles).
Dans d’autres cas, les troubles neurologiques apparaissent bien après l’épisode aigu, pour des raisons qui sont encore mal élucidées. Différentes hypothèses sont formulées et pourraient coexister, telles que la persistance du virus du Covid-19 ou de ses fragments dans le corps, une inflammation des petits vaisseaux du cerveau susceptibles de se boucher, ou la présence d’une réaction du système immunitaire dirigée contre le système nerveux lui-même (un peu comme dans le syndrome de Guillain-Barré). De plus, les difficultés créées par ces troubles neurologiques peuvent générer un mal-être et une anxiété qui aggravent leur impact sur la qualité de vie des patients. Enfin, la fatigue propre au Covid long peut aggraver les troubles cognitifs (brouillard cérébral).
Enfin, dans certain cas, l’épisode aigu de Covid-19 peut aggraver une maladie préexistante affectant le système nerveux (migraine, maladie de Parkinson, maladie auto-immune, diabète, par exemple).
La perte de l’odorat ou du goût
Lors d’épisode aigu de Covid-19, des pertes temporaires de l’odorat ont fréquemment été signalées, comme dans d’autres infections virales respiratoires. Elles se traduisent par une perte partielle de l’odorat (hyposmie), voire une perte totale (anosmie). Parfois, les odeurs sont perçues de manière faussée (parosmie, fréquente lors de la phase de récupération de l’odorat). Parfois, des odeurs sont détectées sans raison (fantosmie). Ces symptômes peuvent fluctuer, au cours d’une même journée ou sur plusieurs semaines. Ils peuvent s’accompagner d’une sensation de nez bouché, voire de nez qui coule (rhinorrhée). Chez certains patients, ils peuvent persister plusieurs mois.
Dans la grande majorité des cas, la perte du goût (agueusie) est la conséquence de la perte d’odorat, car celui-ci participe à la sensation gustative (via la perception des odeurs issues de la bouche, c’est le phénomène de rétro-olfaction).
En règle générale, la perte d’odorat et de goût liée au Covid-19 disparaît dans les 2 mois suivant l’épisode aigu. Mais chez les personnes qui souffrent de Covid long, elle peut persister plus longtemps mais finit le plus souvent par s’atténuer, parfois au bout de 12 à 18 mois.
La prise en charge de la perte d’odorat persistante repose sur la rééducation olfactive et sur les lavages de nez au sérum physiologique, après s’être assuré qu’aucune autre cause ne peut expliquer cette perte. Cette rééducation est destinée à accélérer le retour à la normale. Elle consiste à essayer de percevoir différentes odeurs (clou de girofle, citronnelle, rose, eucalyptus, café, menthe poivrée, par exemple) pendant 15 secondes, 2 fois par jour, en se concentrant sur les souvenirs et les émotions associées à chaque odeur, pour réapprendre au cerveau à les reconnaître et solliciter les différentes zones du cerveau en lien avec le goût.
Que fait le médecin lors de troubles neurologiques associés au Covid long ?
En présence de symptômes neurologiques persistants après une infection aiguë par le virus du Covid-19, le médecin s’enquiert de leurs caractéristiques, de la date de leur apparition, de leur durée, de leur intensité, de leurs fluctuations, des facteurs qui les améliorent ou les aggravent (par exemple les changements de position ou après un effort mental), de leur évolution depuis l’épisode aigu, et de leur impact sur la vie quotidienne et l’autonomie. Il recueille également des informations sur les antécédents médicaux et les traitements de la personne.
À la recherche d’autres causes possibles pour ces symptômes, en particulier des séquelles de la phase aiguë, le médecin pratique une évaluation neurologique complète : réflexes, force musculaire, coordination des mouvements, sensibilité, odorat, vision, équilibre, etc.
Il peut également pratiquer des tests, par exemple demander à la personne de se relever de la position assise rapidement et mesurer la pression artérielle, ou pratiquer des tests cognitifs. Il peut prescrire divers examens complémentaires. Au moindre doute sur l’existence d’une autre maladie neurologique (notamment en cas d’anomalie de l’examen neurologique), il demande l’avis d’un neurologue.
En cas de symptômes dysautonomiques, il peut également demander l’avis d’un cardiologue, d’un gastro-entérologue ou d’un urologue, selon les symptômes signalés.
Quels sont les traitements des troubles neurologiques associés au Covid long ?
Si aucune cause particulière n’a été identifiée, le traitement des troubles neurologiques associés au Covid long est symptomatique, c’est-à-dire qu’il vise à les soulager sans traiter la cause. Le traitement des maux de tête ou des troubles du sommeil est le même que chez les personnes qui ne souffrent pas de Covid long.
Les troubles de l’odorat sont pris en charge par des professionnels spécialisés, par exemple des orthophonistes formés pour cela.
- Pour en savoir plus sur le traitement de la fatigue mentale (lien)
- Pour en savoir plus sur le traitement des troubles cognitifs (lien)
- Pour en savoir plus sur le traitement des symptômes douloureux (lien)
Que faire soi-même pour atténuer les troubles neurologiques associés au Covid long ?
Les professionnels de la santé qui prennent en charge les personnes qui souffrent de Covid long prodiguent des conseils adaptés à la situation de chacun. Par exemple, si les troubles neurologiques sont à l’origine de fatigue pouvant aller jusqu’à l’épuisement, les professionnels de santé aident la personne à mettre en place des stratégies de gestion de ses activités (pacing) permettant de prioriser et de fractionner les tâches.
Contre les maux de tête, il peut être intéressant d’identifier les éléments déclencheurs afin de les éviter.
Les conseils généraux contre les troubles du sommeil peuvent également être mis à profit : maintenir une température fraîche dans la chambre, éviter la caféine, le tabac et les boissons alcoolisées, éviter les écrans avant de se coucher, apprendre des techniques de relaxation à pratiquer avant le coucher, manger léger au dîner, etc.
Pour aller plus loin
- Les manifestations neurologiques parmi les symptômes prolongés de la Covid-19, Haute Autorité de santé, mars 2022
- Symptômes dysautonomiques au cours des symptômes prolongés de la Covid-19. Haute Autorité de santé, janvier 2023
- Céphalées. Recommandations post-COVID pour médecins traitants: Symptômes. RAFAEL, Hôpitaux universitaires de Genève
- Troubles du sommeil. Recommandations post-COVID pour médecins traitants: Symptômes. RAFAEL, Hôpitaux universitaires de Genève
- COVID-19 et manifestations neurologiques, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Québec, avril 2020
- Chollet F, Planton M, Sailler L et al. Formes neurologiques du COVID long de l’adulte : approche critique. Bull Acad Natl Med. 2023 Jun 21. doi: 10.1016/j.banm.2023.06.009
- Nuber-Champier A, Voruz P, Cionca A et al. Covid long : aspects neurologiques. Rev Med Suisse, 2023/827 (Vol.9), p. 972–974. doi: 10.53738/REVMED.2023.19.827.972
- Xu E, Xie Y & Al-Aly Z. Long-term neurologic outcomes of COVID-19. Nat Med 28, 2406–2415 (2022). doi: 10.1038/s41591-022-02001-z
- Perte d’odorat et Covid-19 - Ce que vous devez savoir. Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest, Québec, octobre 2021
- Maux de tête et Covid-19 - Ce que vous devez savoir. Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest, Québec, mai 2021
- Covid long, symptômes prolongés du Covid-19 chez l'adulte : de quoi parle-t-on ? Assurance Maladie, août 2023
- Les troubles du goût et de l’odorat au cours des symptômes prolongés de la Covid-19. Haute Autorité de santé, février 2021
- Perturbation de l’odorat et du goût, Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Québec.
- Perte de goût ou de l’odorat. Recommandations post-COVID pour médecins traitants: Symptômes. RAFAEL, Hôpitaux universitaires de Genève
- Perte d’odorat et Covid-19. Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest, Québec, octobre 2021
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