Les édulcorants sont-ils sans danger ?

12/06/2024 6 mins de lecture

Les édulcorants sont des additifs alimentaires qui servent à donner un goût sucré aux aliments, le plus souvent en réduisant l’apport de calories. Ils sont utilisés pour obtenir des aliments dits « allégés en sucre », dans une optique de contrôle du poids ou de prévention des caries. Régulièrement, les médias signalent des études qui semblent indiquer que certains édulcorants pourraient être toxiques. Qu’en est-il vraiment ?

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Les différents types d’édulcorants

Parmi les édulcorants, on distingue les polyols et les édulcorants intenses. 
Les polyols (mannitol E421, xylitol E967, sorbitol E420, isomalt E953, maltitol E965, etc.) apportent pour la plupart autant de calories que le sucre, mais sans contribuer à l’apparition de caries. Ils sont naturellement présents dans certains fruits. Leur pouvoir sucrant est un peu plus faible que celui du sucre. Ils sont employés dans les confiseries et les chewing-gums « sans sucre », ainsi que dans d’autres produits alimentaires. Les polyols sont peu digestibles et fermentent dans le gros intestin. À cause de cela, leur consommation en quantité importante entraîne des ballonnements, des flatulences, voire des diarrhées.
Les édulcorants intenses (saccharine E954, aspartame E951, néotame E961, acésulfame K E950, sel d'aspartame-acésulfame E962, cyclamates E952, sucralose E955 ou rébaudiosides/stevia E960) sont des substances très peu caloriques dont le pouvoir sucrant est très supérieur à celui du sucre : 150 fois plus pour l’acésulfame K, 200 fois pour l’aspartame, 300 fois pour les rébaudiosides et jusqu’à 600 fois pour le sucralose. À l’exception des rébaudiosides (extrait de la plante Stevia rebaudiana), ils ne sont pas présents dans les aliments naturels.
Les doutes relatifs à la toxicité des édulcorants concernent les édulcorants intenses de synthèse, en particulier l’aspartame.

Quelle toxicité pour l’aspartame ?

Depuis son apparition dans les aliments, il existe une controverse sur l’aspartame, accusé d’être lié à une augmentation du risque de cancer, à la suite d’une étude italienne de 2010 menée chez des souris. 
En 2013, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu, après une réévaluation approfondie des données scientifiques chez l’animal et chez l’homme, que l’aspartame et ses produits de dégradation étaient sûrs pour la consommation humaine aux niveaux habituels d’exposition : la dose journalière acceptable est limitée à 40 mg par kilo de poids corporel, y compris pour les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes.
En 2018, une étude a fait le point sur les méthodes utilisées pour dépister un éventuel effet de l’aspartame sur la transformation des cellules normales en cellules cancéreuses. Cette étude a montré que les conditions de l’étude italienne de 2010 étaient très critiquables et a, de nouveau, conclu à l’absence d’effet de l’aspartame en termes d’apparition de cancer.

Par ailleurs, les experts de l’EFSA ont également conclu que l’aspartame n’entraînait pas de dommage pour le cerveau et le système nerveux et qu’il n’affectait pas le comportement ou le fonctionnement cognitif chez les enfants et les adultes. 

Toutefois, chez les patients souffrant de phénylcétonurie (une maladie métabolique d’origine génétique), l’aspartame ne doit pas être consommé car ces personnes doivent observer un régime strict faible en phénylalanine (un acide aminé produit de dégradation de l’aspartame). De plus, quelques rares cas de dermatite atopique (allergie de la peau) ont été signalés chez des personnes consommant des aliments contenant de l’aspartame. En effet, la dégradation de cet édulcorant par l’organisme produit du formaldéhyde qui est une substance allergène. Pour cette raison, les personnes qui se savent allergiques au formaldéhyde doivent rester vigilants en cas de consommation de boissons ou de confiseries contenant de l’aspartame. Enfin, la saccharine et les cyclamates peuvent parfois provoquer une allergie au soleil.

Les autorités sanitaires européennes continuent à surveiller l’ensemble des édulcorants de synthèse, en particulier les plus récents comme le sel d'aspartame-acésulfame, qui est un mélange d’aspartame et d’acésulfame K, ou le néotame qui est un édulcorant fabriqué à partir de l'aspartame.

Les résultats de l’étude NutriNet-Santé sur l’ensemble des édulcorants

En 2022, des chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ont publié les résultats d’une analyse portant sur la vaste enquête nutritionnelle NutriNet-Santé (où plus de 100 000 citoyens volontaires signalent régulièrement leurs antécédents médicaux, leur activité physique, leur mode de vie, leur état de santé et leurs consommations alimentaires). Ils ont constaté que, comparés aux non-consommateurs, les personnes qui consommaient le plus d’édulcorants, en particulier d’aspartame et d’acésulfame K, avaient un risque plus élevé de développer un cancer, en particulier celui du sein et les cancers liés à l’obésité.

Il est important de noter que cette étude montre une association entre édulcorants et risque de cancer, mais ne peut pas identifier de lien de causalité. Il est possible qu’une consommation d’édulcorants plus élevée soit associée à un ensemble de mauvaises habitudes alimentaires qui agissent ensemble pour augmenter le risque de cancer (par exemple, une plus grande consommation d’aliments ultra-transformés, de sodas ou de confiseries « sans sucre », ou une plus faible consommation de fibres, de fruits ou de légumes).

Quels sont les effets des édulcorants intenses sur le microbiote intestinal ?

Plusieurs études suggèrent que la consommation d’édulcorants pourrait modifier la composition du microbiote intestinal. Par exemple, des études ont montré que l’acésulfame K modifiait le microbiote des souris mais, dans l’espèce humaine, cet édulcorant n’a pas modifié de façon convaincante la flore intestinale. D’autres études ont suggéré que, chez l’homme, la consommation d’aspartame augmentait la croissance des Bifidobacterium et Blautia coccoides et réduisait le rapport Bacteroides/Prevotella (des bactéries de notre flore intestinale). Pour le sucralose, toujours chez les humains, une étude n’a observé aucun changement dans le microbiote alors que deux autres études ont constaté des modifications. Ainsi, les études se succèdent et se contredisent.
À ce jour, étant donné le peu d’études scientifiques chez l’humain, un consensus d’experts a conclu que les données actuelles ne fournissent pas de preuves suffisantes pour affirmer que les édulcorants affectent la santé intestinale aux doses recommandées pour une utilisation humaine. Néanmoins, des recherches plus approfondies sur les effets potentiels d'une exposition à long terme chez l'homme sont en cours.

Quels sont les effets des édulcorants sur nos habitudes alimentaires ?

Les éventuels effets négatifs des édulcorants ne se limitent pas à leur possible toxicité. On soupçonne les aliments artificiellement sucrés de provoquer une envie accrue de sucres (le corps cherchant à obtenir les « vrais » sucres que le goût sucré lui a fait espérer). Mais cette notion n’a jamais été vérifiée.
Néanmoins, les édulcorants maintiennent l’habitude de consommer des aliments sucrés, au-delà des quantités recommandées. Plutôt que d’y avoir recours pour éviter de prendre du poids, il est préférable d’apprendre petit à petit à manger moins sucré. Le goût se modifie et les aliments très sucrés semblent vite écœurants.
Par ailleurs, attention aux produits dits « allégés en sucre » (crèmes desserts, biscuits, parmi d’autres), pour lesquels il est possible d’être tenté d’en consommer davantage. Or, si ces produits sont pauvres en sucre, ils sont toujours aussi riches en autres types de nutriments et en particulier en matières grasses. Il arrive même qu’un produit allégé en sucre soit plus calorique que son équivalent non allégé en sucre !

Pour terminer sur une note optimiste, dans son bilan complet de l’usage des édulcorants publié en 2024, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a observé une diminution significative du pourcentage de produits contenant des édulcorants intenses au fil des années : par exemple, en 10 ans, le pourcentage de produits contenant de l’aspartame est passé de 1,8 % à 0,4 % des 54 000 produits analysés par l’Agence. Elle recommande que cet effort de réduction des édulcorants se maintienne dans les années à venir.

En conclusion, les données actuelles semblent indiquer que les édulcorants intenses sont sûrs aux doses recommandées. Néanmoins, il semble préférable de limiter sa consommation d’aliments en contenant, dans une démarche d’amélioration de nos habitudes alimentaires, en privilégiant les aliments peu transformés, les fruits, les légumes et les céréales complètes comme sources de glucides. Diminuer notre goût pour les aliments et boissons sucrées est une étape importante pour prévenir le surpoids, l’obésité et le diabète de type 2, ainsi que les maladies cardiovasculaires et les cancers.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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