Existe-t-il des traitements naturels contre les troubles de la ménopause ?
27/09/2024 7 mins de lecture
Si la ménopause n’est pas une maladie, elle peut néanmoins donner lieu à différents troubles plus ou moins gênants et accroitre le risque de développer certaines maladies. Des traitements médicamenteux existent, mais ils ne sont pas sans risque et sont réservés à des cas particuliers. S’il existe des alternatives dites « naturelles » pour mieux vivre la ménopause, leur efficacité n’a pas été prouvée à l’exception, peut-être, de certaines plantes. L’amélioration des habitudes de vie reste le choix à privilégier. Que penser alors des compléments alimentaires prétendant soulager les troubles liés à la ménopause ? Quelles précautions prendre ?
Survenant généralement autour de la cinquantaine, la ménopause correspond à l’arrêt de l’ovulation et à la disparition des règles. Cette période est marquée par des modifications hormonales avec d’abord une fluctuation de la production d’œstrogènes et de progestérone, puis une diminution très importante de cette production. Ces modifications peuvent occasionner des troubles qui concernent, à des degrés variables, près de 75 % des femmes. Ils comprennent notamment :
- des bouffées de chaleurs et des sueurs nocturnes ;
- de la sécheresse vaginale ;
- une prise de poids ;
- de la fatigue ;
- des douleurs articulaires.
En outre, la diminution du taux d’œstrogènes peut avoir des conséquences à long terme avec une augmentation du risque d’ostéoporose (déminéralisation des os qui accroît le risque de fractures spontanées). Elle expose aussi à un risque accru de maladies cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral (AVC).
Modifier ses habitudes de vie : le premier réflexe à la ménopause
Le premier réflexe face aux troubles de la ménopause est d’adopter un mode de vie plus sain qui est, en lui-même, une mesure naturelle et sûre qui participe à mieux vivre cette période. Il s’agit :
- d’arrêter de fumer ;
- de limiter sa consommation de boissons alcoolisées ;
- d’adopter une alimentation équilibrée et diversifiée ;
- de maintenir une activité physique régulière.
Par ailleurs, certaines femmes signalent avoir bénéficié de pratiques de gestion du stress : yoga, activités de relaxation, tai-chi, etc. Néanmoins, ces modifications du mode de vie peuvent parfois être insuffisantes et les femmes concernées par des troubles gênants se tournent parfois vers des produits dits « naturels » disponibles en pharmacies, parapharmacies, boutiques de produits biologiques ainsi que sur internet.
Les compléments alimentaires contenant des isoflavones (phytoœstrogènes)
De nombreux remèdes de phytothérapie destinés à soulager les troubles de la ménopause contiennent des isoflavones (également appelés phytoœstrogènes), des substances ayant des effets proches de celles des hormones féminines. Parmi les plantes riches en isoflavones, on peut notamment citer :
- le soja (Glycine max) ;
- le houblon (Humulus lupulus) ;
- le trèfle rouge (Trifolium rubens) ;
- l’actée à grappes noires (Actea racemosa ou Cimifuga racemosa) ;
- les graines de lin (Linum usitatissimum).
Les études cliniques portant sur le soulagement des troubles liés à la ménopause montrent que ces produits ont une efficacité assez limitée. C’est la raison pour laquelle, en 2012, les autorités sanitaires européennes ont interdit aux compléments alimentaires contenant des isoflavones de prétendre soulager les troubles associés à la ménopause. En outre, les effets à long terme de ces compléments n’ont pas été évalués cliniquement. Ainsi, une éventuelle augmentation du risque de développer un cancer du sein est encore mal évaluée. Par mesure de précaution, la prise d’isoflavones est déconseillée aux femmes ayant eu un cancer du sein ou un cancer gynécologique (ovaires, endomètre, col de l’utérus).
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande de ne pas dépasser 1 mg par kilo de poids et par jour d’isoflavones, soit 70 mg par jour pour une femme de 70 kilos. Malheureusement, les quantités sont rarement indiquées sur les listes d’ingrédients des compléments alimentaires. Il convient d’être vigilante et de ne pas multiplier les sources d’isoflavones.
Deux études cliniques contrôlées suggèrent que l’association actée/millepertuis peut présenter des bénéfices pour soulager les bouffées de chaleur. Prudence néanmoins : le millepertuis interagit avec de nombreux traitements médicamenteux dont il peut modifier les effets et/ou augmenter la toxicité : médicaments des troubles cardiaques, contraceptifs oraux (pilule), antidépresseurs, médicaments contre le VIH/sida, anticoagulants oraux, etc. Un avis médical est donc recommandé avant de prendre du millepertuis.
Les graines de lin sont à la fois riches en lignanes (des isoflavones) et en acides gras oméga-3. Les résultats des études portant sur ces graines dans le contexte de la ménopause sont contradictoires et n’apportent pas de preuve de leur efficacité. Les graines de lin peuvent parfois provoquer des maux de ventre et de la diarrhée.
Les compléments alimentaires contenant de la déhydroépiandrostérone (DHEA)
Les produits à base de déhydroépiandrostérone (DHEA), une hormone naturellement présente dans l’organisme et dont la fonction est de stimuler la production (entre autres) d’œstrogènes, présentent une efficacité très limitée sur les troubles de la ménopause. En outre, leur utilisation peut exposer à des effets indésirables tels que de la fatigue, des troubles digestifs, une hypertension artérielle ou encore un diabète. Enfin, leur usage est également déconseillé en cas d’antécédents de cancer du sein ou gynécologique.
Les compléments alimentaires contenant du gattilier (Vitex agnus-castus)
Traditionnellement conseillé pour alléger les douleurs menstruelles et les symptômes associés au syndrome prémenstruel pour lesquels il semble avoir une efficacité, le gattilier est parfois recommandé pour atténuer aussi les troubles liés à la ménopause. Mais, s’il peut avoir un effet sur la production de progestérone, les études portant spécifiquement sur les bouffées de chaleur et autres désagréments ne permettent pas de tirer de conclusion. Le gattilier est par ailleurs contre-indiqué chez les femmes ayant souffert d’un cancer du sein ainsi que chez celles qui y sont génétiquement prédisposées, ainsi chez celles qui ont des troubles de l’hypophyse et chez celles qui prennent un traitement hormonal.
Les compléments alimentaires contenant de l’igname sauvage (ou yam, Dioscorea sp.)
Certains compléments alimentaires destinées aux femmes en (pré)-ménopause contiennent de l’igname sauvage, une plante dont certains composés servent à fabriquer industriellement des hormones de synthèse. Toutefois, l’organisme humain ne possédant pas les protéines (enzymes) permettant d’effectuer la même transformation chimique qu’en laboratoire, ces composés ne présentent pas d’intérêt pour soulager les bouffées de chaleur.
La vitamine E
Certaines sources recommandent parfois de se supplémenter en vitamine E afin de soulager les symptômes de la ménopause. Une mesure évaluée comme inefficace sinon potentiellement dangereuse : des apports accrus en cette vitamine sont associés à une hausse de la mortalité. Mieux vaut privilégier une alimentation équilibrée.
Les remèdes homéopathiques
Différents remèdes homéopathiques sont parfois proposés pour soulager les symptômes de la ménopause. On peut citer Sepia pour les bouffées de chaleur accompagnées d'une sensation de faiblesse et de fatigue, Lachesis pour les bouffées de chaleur associées à une sensation de gorge serrée et Sanguinaria pour les bouffées de chaleur localisées en haut du corps vers le visage et le cou. Quoiqu’il en soit, ces remèdes n’ont jamais montré une efficacité supérieure à celle d’un placebo.
Le traitement hormonal substitutif de la ménopause : à réserver à des cas précis
Lorsque les troubles associés à la ménopause affectent la qualité de vie de manière importante et afin prévenir l’ostéoporose, les médecins peuvent prescrire un traitement hormonal de substitution (THM) contenant des œstrogènes préférablement combinés avec de la progestérone. Mais ces traitements exposent à un risque accru de cancer du sein, de l’endomètre et de l’ovaire, de thrombose veineuse et d’AVC, risques sur lesquelles les patientes doivent être informées par leur médecin. Ils ne devraient pas être prescrits aux femmes qui ont ou ont eu un cancer du sein, de l’endomètre ou de l’ovaire ainsi qu’à celles ayant fait un infarctus du myocarde ou un AVC.
En outre, au vu des risques associés, ils devraient être réservés aux femmes qui subissent des troubles sévères affectant fortement leur qualité de vie, ainsi qu’à celles qui sont particulièrement à risque de fractures liées à l’ostéoporose. La Haute Autorité de santé recommande que la prescription de THM soit faite aux doses les plus faibles possibles et toujours pour une durée limitée, avec la nécessité de réévaluer régulièrement la rapport bénéfice/risque de ce traitement.
En conclusion, pour soulager les troubles de la ménopause sans avoir recours aux traitements hormonaux de substitution, l’amélioration des habitudes de vie reste le premier choix, éventuellement accompagné de mesures de gestion du stress. Le recours à des plantes ou autres compléments alimentaires n’a pas montré d’efficacité prouvée, à l’exception, peut-être du mélange actée/millepertuis ou du gattilier. Ce recours devrait se faire sous contrôle médical.