Que penser de l'oil pulling ?

27/09/2024 5 mins de lecture

Depuis quelques années, l’oil pulling, qui consiste à effectuer des bains de bouche à l’huile végétale, est vanté sur les réseaux sociaux. Cette pratique héritée de la médecine traditionnelle indienne permettrait notamment d’améliorer la santé bucco-dentaire. Mais que peut-on vraiment en attendre ? Peut-on tenter l’expérience sans risque ?

L’oil pulling, une technique ayurvédique

Aussi appelé gandoush ou gandousha, l’oil pulling est une technique issue de l’ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. Elle repose sur une routine précise : il s’agit, chaque matin au lever, avant de manger ou de boire, de se racler la langue avec un gratte-langue, de se laver les dents avec un dentifrice naturel puis d’effectuer durant 15 à 20 minutes un bain de bouche avec une cuillerée à soupe d’huile végétale, généralement de l’huile de sésame, de coco ou de tournesol. L’huile, qui a changé de texture en s’amalgamant avec la salive, est ensuite recrachée.

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Les bénéfices supposés de l’oil pulling

Selon ses défenseurs, les promesses de l’oil pulling sont multiples. Elles concernent en premier lieu de l’amélioration de la santé bucco-dentaire. Reposant sur l’idée que l’huile agirait comme une sorte d’aimant à bactéries, la technique permettrait notamment de réduire la plaque dentaire et de prévenir la gingivite (inflammation des gencives), de rendre les dents plus blanches et de réduire la mauvaise haleine. Elle pourrait aussi soulager les aphtes et prévenir les caries.

Des travaux récents ont suggéré que l’huile de coco pouvait oxyder les sucres contenus dans certaines bactéries présentes dans la bouche (Streptococcus mutans), ce qui aurait pour effet de les neutraliser et de réduire la formation de plaque dentaire et de prévenir les caries. In vitro, c’est-à-dire dans des conditions de laboratoire, elle aurait également des propriétés antifongiques ce qui pourrait prévenir l’apparition de mycoses buccales liées à Candida albicans (muguet).

En outre, parce que la médecine ayurvédique considère que la santé de la bouche influe sur l’état de santé général, certains prêtent à l’oil pulling des vertus qui dépassent la sphère buccodentaire : par exemple, contre l’asthme, la sinusite, la migraine, le diabète, les troubles digestifs ou encore l’arthrose.

Ce que disent les études

À ce jour, aucune étude n’a pu mettre en évidence un quelconque bénéfice de l’oil pulling sur la santé globale. La technique ne saurait donc être promue pour prévenir ou traiter des malades chroniques. Pour ce qui relève de la santé buccodentaire, non seulement les études scientifiques s’avèrent souvent de piètre qualité mais les résultats des études sont aussi pour le moins mitigés. Il est ainsi difficile de tirer des conclusions en termes d’efficacité de la méthode.

Oil pulling et mauvaise haleine

La mauvaise haleine peut être causée par différents facteurs tels que :

  • une mauvaise hygiène de la bouche et des dents favorisant l’apparition de plaque dentaire liée à une prolifération bactérienne ;
  • les caries et les abcès dentaires ;
  • les aphtes ;
  • l’alimentation (excès de protéines, consommation d’ail, d’oignons, de boissons alcoolisées) ;
  • la pratique du jeûne ;
  • la consommation de tabac ;
  • la sécheresse buccale (par exemple lors de la prise de certains médicaments) ;
  • les infections ORL ;
  • le reflux gastro-œsophagien.

Lorsque la cause réside dans une mauvaise hygiène buccodentaire, l’oil pulling, par son action antibactérienne supposée, pourrait théoriquement améliorer l’haleine. C’est d’ailleurs ce que suggère une toute petite étude comparant la pratique de l’oil pulling aux bains de bouche conventionnels. Mais, les preuves manquent encore pour conclure à une réelle efficacité.

Oil pulling et gingivite

La gingivite est une inflammation des gencives liée à l’accumulation de plaque dentaire entre celles-ci et les dents. Elle se traduit par des gencives rouges et sensibles, saignant au brossage. Si la plaque dentaire est la principale responsable de la gingivite, la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis, le diabète, la fragilisation du système immunitaire, certains médicaments, ainsi que des changements hormonaux, notamment lors de la grossesse, peuvent aussi contribuer à cette inflammation.

La gingivite doit être prise au sérieux : elle est le premier stade avant la parodontite. Dans ce cas, l’inflammation gagne tous les tissus qui soutiennent les dents et peut entraîner un déchaussement des dents.
En théorie, l’oil pulling pourrait contribuer à prévenir la gingivite en réduisant la plaque dentaire. Mais, les études menées sur la question se révèlent être de faible qualité et ne sauraient conclure à un réel bénéfice que ce soit en comparaison avec un placebo ou en comparaison avec un bain de bouche conventionnel.

Oil pulling et blanchiment des dents

La coloration progressive des dents est causée par différents facteurs liés au mode de vie : tabagisme, consommation de café, de thé, d’épices, mais aussi un abus de bains de bouche contenant de la chlorhexidine. Alors que les traitements de blanchiment des dents réalisés par des dentistes sont souvent onéreux et ne sont pas pris en charge par l’Assurance Maladie, il peut être tentant de se tourner vers des méthodes alternatives telles que l’oil pulling. Mais, malgré les dires de certains influenceurs sur les réseaux sociaux, il n’existe malheureusement aucune preuve d’un quelconque effet blanchissant des bains de bouche à l’huile.

L’oil pulling présente-t-il des risques ?

Les risques de l’oil pulling semblent assez limités. Ils sont de trois types :

  • allergiques : les personnes allergiques au sésame doivent s’abstenir de se laver la bouche avec une huile de sésame, idem avec l’huile de coco pour les personnes allergiques à la noix de coco ;
  • pulmonaires : quelques cas de pneumonie ont été décrits chez des personnes présentant des troubles de la déglutition, lors de pratique régulière de l’oil pulling. Ils résultent de l’inspiration malencontreuse de l’huile et se traduisent par des symptômes persistants tels qu’une toux sèche, une gêne respiratoire, des douleurs à la poitrine et de la fièvre. Les personnes qui souffrent de troubles de la déglutition devraient s’abstenir de pratiquer l’oil pulling ;
  • digestifs : les bains de bouche à l’huile peuvent parfois provoquer des maux d’estomac.

En conclusion, même si elle contraignante et chronophage, la pratique de l’oil pulling semble relativement inoffensive. Néanmoins, elle ne semble pas se traduire par des bénéfices majeurs en termes de la santé buccodentaire, tant pour prévenir la plaque dentaire, la gingivite et les caries que pour conserver ou retrouver des dents blanches. Ainsi, elle ne saurait remplacer un brossage des dents au moins 2 fois par jour pendant 2 minutes, l’utilisation quotidienne de fil dentaire et une consultation semestrielle chez le dentiste. En outre, une mauvaise haleine ou des symptômes de gingivite doivent conduire à consulter un dentiste pour en trouver la cause et instaurer un traitement adapté.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

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