Troubles psychiatriques et aspects psychologiques associés aux symptômes prolongés à la suite d’une Covid-19 de l’adulte
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Publié le 06/04/2023
Information proposée par Haute Autorité de Santé - HAS
Le vécu des symptômes prolongés à la suite d'une Covid-19 de l'adulte varie suivant la durée et la sévérité de l'atteinte, mais ses spécificités permettent de dégager des constantes dans son retentissement psychologique.
L'évaluation des troubles psychiatriques s'inscrit dans une démarche globale de prise en charge des personnes ayant des symptômes prolongés après un épisode de Covid-19. Les troubles les plus fréquents sont les troubles anxieux et dépressifs. Leur prévalence à 3 et 6 mois est plus élevée qu'en population générale.
En 2023, quel est l'état de santé mentale de la population générale ?
La pandémie de Covid-19 a entraîné partout dans le monde une dégradation de la santé mentale. Selon l'OMS, la santé mentale est un "état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d'être en mesure d'apporter une contribution à la communauté". En France, l'enquête CoviPrev de Santé Publique France confirme cette dégradation de la santé mentale dans la population française en matière de symptômes dépressifs et anxieux, de problèmes de sommeil et de pensées suicidaires. Les plus touchés sont les 18-24 ans et les personnes ayant une situation financière difficile ou déclarant des antécédents de troubles psychologiques.
Quels sont les principaux troubles psychiatriques des patients ayant des symptômes prolongés à la suite d'une Covid-19 de l'adulte ?
Épidémiologie
Après un épisode de COVID-19 par rapport à une autre infection respiratoire, le risque relatif de développer un trouble anxieux ou un trouble dépressif est augmenté respectivement de 11 à 15 % et de 6 à 11 % pendant 6 à 8 semaines chez l'adulte. La prévalence médiane du trouble de stress post-traumatique à 3 mois après un épisode aigu de COVID varie de 13 % à 16 %. Chez les patients ayant des symptômes prolongés après un épisode de COVID-19, les symptômes anxieux et dépressifs concernent environ 15 % des patients ayant été hospitalisés et 30 % des patients n'ayant pas été hospitalisés.
Principaux troubles psychiatriques
Les principaux troubles psychiatriques que développent les patients avec des symptômes prolongés de la Covid-19 sont les troubles anxieux, le trouble de stress post-traumatique, les troubles dépressifs, les idées/conduites suicidaires et le suicide.
Diagnostic différentiel
L'existence de ces symptômes prolongés n'exclut pas la recherche d'un diagnostic psychiatrique comorbide. Les troubles anxieux et dépressifs figurent parmi les diagnostics différentiels à considérer pour certains symptômes prolongés notamment : fatigue, troubles de concentration et d'attention, palpitations, oppression thoracique, sueurs, tremblements, douleurs musculaires, sensation de suffocation, nausées, diarrhée, engourdissements ou picotements, étourdissements, vertiges, pour les troubles anxieux ; fatigue, perte d'appétit, troubles du sommeil, troubles de concentration et d'attention, pour les troubles dépressifs.
L'ensemble de ces symptômes peuvent néanmoins exister en dehors d'un trouble dépressif ou anxieux. Ces symptômes ne peuvent être attribués à un diagnostic psychiatrique que si les critères diagnostiques sont présents : syndrome, rupture de fonctionnement, critères temporels.
Les troubles anxieux et dépressifs sont un facteur de risque de symptômes prolongés à la suite d'un épisode de COVID-19.
Quelle étiologie ?
L'étiologie des troubles psychiatriques associée aux symptômes prolongés de la Covid-19 de l'adulte demeure mal connue. Elle conjugue probablement à la fois des mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux.
Aspects psychologiques
L'épisode de COVID-19 a parfois eu lieu dans des situations éprouvantes, voire traumatisantes : situation de détresse respiratoire avec éventuellement séjour en USI, sensation de mort imminente. Certains patients ont été confrontés à la maladie de proches et parfois à leur décès. Mais surtout, il n'existe pas actuellement de réponses à la plupart des questions que les patients se posent. L'évolution lente des connaissances sur les mécanismes, les incertitudes sur l'évolution de ce syndrome, l'absence de traitement spécifique favorisent un sentiment de perte de contrôle de son destin et une impression d'impuissance. Les réponses faites aux demandes des patients mettent souvent en doute leurs plaintes qu'il s'agisse de leur entourage familial, professionnel ou social et prennent parfois un aspect stigmatisant très éprouvant. Le malade se retrouve souvent obligé de démontrer la réalité de ses symptômes. Cette situation occasionne régulièrement des ruptures du parcours de soins. Le retentissement affectif et familial est important : fragilisation des liens devant la chronicisation de l'atteinte, altération de la vie amoureuse et sexuelle, dégradation de l'image de soi. Dans le domaine professionnel, certains symptômes sont particulièrement invalidants quoique non visibles : la fatigue, la fatigabilité à l'effort physique ou intellectuel, les troubles cognitifs, les douleurs, etc. Sur le plan social, les difficultés que peuvent rencontrer les patients dans la reconnaissance du caractère professionnel de leur maladie, dans la complexité des arrêts de travail, sont éprouvants psychologiquement.
Quelles prises en charge ?
Comme dans toute relation thérapeutique, l'écoute, l'information et la décision partagée sont essentielles.
Il est primordial d'établir un climat de confiance réciproque dans lequel le médecin reconnaît la réalité des symptômes et de leur retentissement. La prise en charge de l'anxiété et sa prévention comportent une information du patient sur l'évolution attendue des symptômes prolongés. L'échelle HAD peut éventuellement donner des indications sur le diagnostic des troubles anxieux et dépressifs. Le risque suicidaire doit être évalué systématiquement. La prise en charge des troubles psychiatriques doit être multidisciplinaire et multidimensionnelle. Il faut distinguer : les réactions psychologiques adaptatives, d'intensité modérée, nécessaires pour faire face aux situations ; de celles dont l'intensité et la durée ont un impact sur la vie quotidienne et peuvent nécessiter le recours à un psychiatre ou un psychologue. La prise en charge psychothérapeutique et pharmacologique des troubles anxieux, dépressifs et post-traumatique ne présente pas de spécificité dans le cadre des symptômes prolongés après un épisode de COVID-19. La reprise d'une activité physique quotidienne est favorisée, conduite de façon progressive et adaptée aux capacités du patient. Pour les patients ayant des symptômes cognitifs prolongés après un épisode de COVID-19, il est recommandé de prendre en compte : le risque d'aggravation des symptômes cognitifs en cas de prescription d'un traitement anxiolytique ou hypnotique ; des techniques non médicamenteuses validées constituent une alternative de choix dans ce domaine ; la possibilité d'une amélioration des symptômes cognitifs en cas de traitement efficace d'un trouble psychiatrique comorbide, après, notamment, la mise en place d'une prescription adéquate d'antidépresseurs.
À retrouver sur https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2023-04/17._troubles_psychiatriques_et_aspects_psychologiques.pdf
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