Endométriose : la recherche et l’action publique avancent

Dossier

Publié le 03/03/2022

Dossier constitué avec : Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, EndoFrance, ENDOmind France, Hospices civils de Lyon, Inserm, Ministère de la Santé et de la Prévention

L’endométriose est une maladie fréquente, pourtant les scientifiques connaissent encore mal ses mécanismes ainsi que ses liens avec l’infertilité. Des facteurs génétiques et environnementaux font actuellement l’objet d’études.

En parallèle des recherches pour mieux comprendre les causes de la maladie, faciliter son diagnostic et trouver de nouveaux traitements, une stratégie nationale de lutte contre l'endométriose a été lancée en janvier 2022 afin d’améliorer la prise en charge des patientes. Objectif : les orienter le plus en amont possible vers des soins organisés et adaptés à la maladie.

Mieux comprendre les causes de l’endométriose

L’état des connaissances 

À l’heure actuelle, il existe peu de données scientifiques sur les causes de l’endométriose, ainsi que sur son évolution et les facteurs qui influencent sa progression. On sait d’ores et déjà que la maladie se développe lorsque plusieurs facteurs sont présents de manière concomitante. 



Depuis quelques années, les études sur l’endométriose se sont multipliées. Chaque année, environ 1200 articles scientifiques sont produits par des chercheurs du monde entier. Ils ont permis d’identifier, de manière certaine ou potentielle, des facteurs qui augmentent ou qui diminuent le risque d’avoir une endométriose.



Par exemple il a été prouvé qu’un faible poids à la naissance, un faible indice de masse corporelle, et des cycles menstruels courts (moins de 24 jours) constituent des facteurs de risque d’apparition de la maladie. 

Facteurs de risque durant la Période in-utero et périnatale : en Facteurs établis, Faible poids de naissance. En Facteurs potentiels, Prématurité. Facteurs de risque durant l'Enfance et l'adolescence : Facteurs établis,  Survenue précoce des premières règles & IMC faible. Facteurs potentiels insuffisamment documentés : Activité physique intense, Exposition au tabagisme passif, Sensibilité de la peau au soleil. Facteurs de risque durant l'Age adulte : Facteurs établis : Cycles menstruels courts & IMC faible. Facteurs potentiels en cours d'étude : Haute taille, Consommation d'alcool, Consommation de caféine, Exposition aux PCB/dioxines, Cheveux roux, Tâches de rousseur, Grains de beauté (naevi), Sensibilité de la peau au soleil. Facteurs potentiels insuffisamment documentés : Flux menstruel abondant Faible rapport tour de taille/tour de hanches Travail de nuit Consommation de viande rouge et de graisses saturées Consommation de graisses trans-insaturées

Source : https://presse.inserm.fr/fertilite-endometriose-linserm-fait-le-point-sur-les-recherches/34633/

Pour en savoir plus : Comprendre l’endométriose

Lancement d’une grande étude : la cohorte ComPaRe Endométriose

Ces premiers résultats scientifiques ont été confirmés grâce à quelques grandes cohortes dans le monde. La cohorte est une méthode d’étude épidémiologique qui permet de suivre dans le temps l’évolution de l’état de santé d’un groupe de personnes.

Afin de faire avancer la recherche sur l’endométriose, une nouvelle cohorte – ComPaRe Endométriose – est en cours de recrutement en France. Elle vise à rassembler 15 à 20 000 patientes. Portée par l’AP-HP, la cohorte ComPaRe Endométriose va collecter des données utiles, par exemple sur l’évolution des symptômes et des caractéristiques de la maladie, les facteurs déterminant sa progression, les facteurs menant à une meilleure réponse au traitement ou encore l’impact de la maladie sur le quotidien des patientes.

Pour en savoir plus : Présentation de la Communauté ComPaRe

Les recherches en cours sur l'endométriose

La cause principale qui semble expliquer l’endométriose est celle des menstruations rétrogrades. Au cours des règles, du sang peut en effet passer par les trompes, en transportant des fragments d’endomètre, et parvenir à la cavité abdominale. Toutefois, les chercheurs estiment que 9 femmes sur 10 présentent des menstruations rétrogrades, mais seulement 10% d’entre elles développent l’endométriose. D’autres facteurs doivent donc intervenir dans le développement de la maladie.



Ces facteurs pourraient être génétiques. Des premiers résultats scientifiques ont montré qu’il n’existe pas de gène de l’endométriose mais que des modifications génétiques, qui peuvent survenir spontanément, sont caractéristiques de la maladie. Des recherches sont en cours dans plusieurs pays afin de comprendre ces dérèglements génétiques et mettre au point des tests rapides de dépistage génétique.



Les chercheurs suivent également les pistes de l’impact de l’environnement. Ils s’interrogent par exemple sur le rôle éventuel des perturbateurs endocriniens ou celui des acides gras polyinsaturés notamment.



S’agissant de l’endométriose pariétale (endométriose de la paroi abdominale), on sait qu’elle se déclare généralement après une césarienne ou, plus rarement, après une cœlioscopie.

Focus sur les liens entre l’endométriose et l’infertilité

L’endométriose est souvent associée à une baisse de la fertilité. Les chercheurs suspectent que cette infertilité serait due au fait que les femmes atteintes d’endométriose présentent des caractéristiques biologiques et physiologiques que n’ont pas les femmes non concernées par la maladie.



Pour en savoir plus : Fertilité, endométriose : l’Inserm fait le point sur les recherches

Faciliter le diagnostic de l’endométriose

Actuellement, le diagnostic de l’endométriose est définitif après avoir analysé un fragment de nodule prélevé lors d’une intervention chirurgicale par cœlioscopie. Cette opération chirurgicale ne pouvant pas être programmée uniquement pour un diagnostic de l’endométriose, elle doit être associée à un autre motif d’intervention, ce qui retarde d’autant le diagnostic de la maladie.

Afin de réduire ce temps de diagnostic, des médecins et des chercheurs se sont donnés l’objectif d’élaborer un score diagnostique. Basé sur une dizaine de questions, le score permettrait au médecin de poser un diagnostic fiable à 85-90%.

Trouver de nouveaux traitements de l’endométriose

Pour soulager la douleur, certaines patientes doivent prendre des traitements hormonaux destinés à interrompre le cycle ovulatoire qui est responsable des poussées douloureuses. Cette prise en charge, aussi efficace soit-elle, empêche les jeunes femmes d’envisager une grossesse. Les chercheurs travaillent donc sur de nouveaux traitements.

Une des pistes de recherches repose sur l’approche cellulaire. Des chercheurs ont découvert que les formes sévères d’endométriose sont associées à un important stress oxydatif. Ce dernier consiste en une accumulation de radicaux libres, des substances toxiques que produit en permanence notre organisme. Au stade actuel des recherches, les scientifiques ne savent pas si l’endométriose est à l’origine de ce stress ou si c’est l’inverse. Des expériences conduites in vitro montrent que le fait d’inhiber ce stress oxydatif bloque la prolifération des cellules endométriales.

Une autre expérimentation en cours utilise des ultrasons haute-fréquence pour dévitaliser des nodules digestifs causés par l’endométriose. Les nodules sont ainsi rendus insensibles, sans endommager le tube digestif. 



Pour en savoir plus : 

Optimiser le traitement de l’endométriose en cas d’infertilité

Au CHU de Lille, un programme de recherche clinique vise à évaluer les bénéfices pour la fertilité d'une chirurgie de l’endométriose avant une procréation médicalement assistée. Cette étude est en cours de recrutement de 120 patientes présentant une infertilité et atteintes d’endométriose pelvienne profonde avec atteinte colorectale.

La stratégie nationale de lutte contre l’endométriose

Cette stratégie est le fruit d’un large travail de concertation, lancé au mois de mars 2020 par Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. À cette époque, il confie à Chrysoula Zacharopoulou, gynécologue et eurodéputée, le soin de rédiger un rapport de propositions pour lutter contre l’endométriose. Près de 200 personnes – patientes, professionnels de santé, chercheurs – ont ainsi été consultées afin de formuler des propositions, remises sous la forme d’un rapport en janvier 2022 au Président de la République. Le ministère des Solidarités et de la Santé, en lien avec les autres ministères associés à cette stratégie, a par la suite converti ces propositions en une véritable Stratégie nationale de lutte contre l’endométriose. Pour en assurer l’exécution, un comité de pilotage associant les représentants des patients et des professionnels ainsi que l’ensemble des acteurs institutionnels responsables de sa mise en œuvre sera réuni chaque année. Le premier comité de pilotage de la stratégie nationale s’est tenu le 14 février 2022.

La stratégie nationale se fonde sur 3 axes : 

  • Axe 1 – Placer la France aux avant-postes de la recherche et de l’innovation sur l’endométriose
  • Axe 2 – Garantir un diagnostic rapide et l’accès à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire
  • Axe 3 – Communiquer, former et informer l’ensemble de la société sur l’endométriose

Consulter le Rapport de proposition d’une stratégie nationale contre l’endométriose (2022 – 2025)

Consulter le dossier Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose

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