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Intelligence artificielle : va-t-elle remplacer le diagnostic médical ?

Article

Publié le 22/08/2023

Information proposée par Institut national de la santé et de la recherche médicale - Inserm

L’émergence des systèmes d’intelligence artificielle (IA) représente une révolution dans le domaine médical. Les personnels de santé y ont de plus en plus recours pour affiner leurs diagnostics et prendre des décisions thérapeutiques. Mais ces outils peuvent-ils remplacer l’expertise humaine ? Trois spécialistes exposent leur point de vue sur l’intérêt et les limites de cette technologie.

En radiologie, en dermatologie, ou encore en ophtalmologie, l’IA permet de détecter des maladies invisibles à l’œil nu et d’établir des prévisions. Elle peut aussi aider à adapter et à personnaliser les traitements. Elle est même utilisée à titre expérimental aux urgences pour orienter plus rapidement les patients. Mais cette technologie amène aussi son lot de questionnements. Jusqu’où peut-on lui faire confiance ? À partir de quelles données est-elle entrainée ? Peut-elle remplacer l’expertise humaine ? Quels critères éthiques faut-il respecter ? Enfin, que change-t-elle dans la relation patient-médecin ? Les applications et les limites de ces systèmes intelligents dans le diagnostic médical restent à définir, d’autant que leurs performances semblent se décupler jour après jour.

L’avis de Gabrielle Chenais : « Quid des responsabilités ? »

L’intelligence artificielle ne remplacera jamais le diagnostic humain. Son objectif n’a jamais été de se substituer aux professionnels de santé, mais de travailler de concert avec eux. Aux urgences, l’IA est testée à titre expérimental pour imputer un degré de gravité sur les patients qui se présentent, ce qui fait gagner du temps aux infirmiers dans le tri des cas. Mais ce système aura du mal à capter les nuances que seul un œil humain peut percevoir.

Par ailleurs, les systèmes intelligents soulèvent plusieurs questions d’ordre éthique. D’une part, si une décision est prise avec l’aide d’un système décisionnel automatique, le professionnel doit en informer son patient, expliquer pourquoi il suit les recommandations et comment il est arrivé à cette conclusion avec ce système. Ensuite, le soignant doit avoir le droit de refuser de suivre les recommandations de l’IA s’il pense qu’elle s’est trompée. De la même manière, le patient doit être libre de refuser une décision qui émane de l’IA. Se pose aussi la question de la responsabilité légale. Si un professionnel de santé suit la préconisation d’une IA qui va à l’inverse des recommandations générales : quid des responsabilités ?

Autre problématique, il faut bien déterminer quelles performances sont attendues de l’IA. Si on prend le cas des urgences, la priorité est la rapidité du diagnostic, au risque de mettre en danger le patient. Le critère de performance n’est donc pas toujours uniquement la précision, mais parfois aussi la vitesse. Dans tous les cas, il est crucial de se poser la question de la formation des professionnels de santé à l’utilisation de l’IA, car même si elle ne les remplace pas, c’est quand même un outil avec lequel ils vont devoir travailler.

Gabrielle Chenais est doctorante-chercheuse au Bordeaux health research center (unité 1219 Inserm/Université de Bordeaux)

L’avis de Michel Dojat : « L’IA doit savoir dire “ je ne sais pas ” »

L’intelligence artificielle est un outil d’aide à la décision médicale. Elle devient indispensable car il y a de plus en plus d’informations à synthétiser, et elle permet de le faire efficacement. En imagerie notamment, l’IA permet de quantifier et de localiser automatiquement des modifications, par exemple la diminution du volume de la matière grise ou l’apparition de lésions, et de détecter des changements subtils non visibles à l’œil nu. S’appuyant sur de larges bases de données, l’IA peut définir des profils typiques de normalité ou de progression spécifique d’une pathologie permettant de faire des prédictions et au clinicien d’affiner et d’individualiser la thérapie. Pour être intégrés dans la pratique clinique, il est important que ces assistants informatisés soient capables de reconnaître leurs limites lorsque les images à analyser sont ambiguës ou hors des cas appris : l’IA doit savoir dire « je ne sais pas ». Elle doit aussi pouvoir apporter de la nuance à ses résultats et dire : « Ici, il y a une lésion, j’en suis sûre à 80 % », en soulignant les 20 % d’incertitude. Donc est-ce que l’IA peut prendre seule des décisions ?

Une chose est certaine, elle peut en proposer et distinguer les cas faciles et difficiles. Et lorsqu’elle ne parvient pas à dégager une analyse claire, alors l’humain peut se focaliser sur ces cas difficiles et trancher. C’est d’ailleurs l’un des avantages de cet outil : en proposant des diagnostics rapides sur les cas les plus simples, l’IA permet au praticien de dégager du temps pour ses interactions avec le patient. Enfin, pour que ces assistants soient fiables et bénéficient au patient, je pense qu’il est impératif de mettre en place des procédures robustes de test comme pour les médicaments, ce qu’on ne sait pas encore très bien faire.

Michel Dojat est directeur de recherche Inserm dans l’unité Neuro-imagerie fonctionnelle et perfusion cérébrale (unité1216), cofondateur et conseiller scientifique de la start-up Pixyl.

L’avis de Laurence Devilliers : « Pour l’instant nous ne sommes pas prêts à déléguer les décisions à ces systèmes »

Nous devons apprivoiser les systèmes d’intelligence artificielle pour comprendre lorsqu’ils produisent un résultat juste, incertain ou totalement faux. Dans la détection des cancers à l’aide de radios l’IA peut par exemple générer des faux positifs. Or, il faut être expérimenté pour repérer les erreurs du système. C’est ce qui peut être difficile pour les jeunes médecins. Si le soignant suit systématiquement les recommandations de la machine, le risque c’est de demander des interventions et des biopsies supplémentaires qui ont un coût pour la société, à défaut de donner des soins pour les patients qui en ont réellement besoin. Pour l’instant nous ne sommes pas prêts à déléguer les décisions à ces systèmes, d’autant plus quand la vie d’un patient en dépend. En parallèle, il y a un besoin urgent de construire une loi, des normes ainsi que des règles éthiques pour encadrer l’utilisation de systèmes prédictifs, afin de minimiser les risques de manipulation et de dépendance. Il s’agit de vérifier leur robustesse et le respect de critères éthiques comme la liberté et l’autonomie de décision des humains lors des usages de ces outils. Les soignants et les patients doivent pouvoir comprendre les grands principes de ces systèmes s’ils sont développés de façon à rendre plus transparent et explicable leur fonctionnement. Il faut également pouvoir mutualiser les expériences et suivre les usages de ces machines : mesurer les risques, anticiper les erreurs, surveiller le système via des comités d’éthique. Il y a tout un écosystème à créer afin d’encadrer au mieux ces outils et de responsabiliser concepteurs et utilisateurs !

Laurence Devilliers est professeur en IA à Sorbonne Université, chercheuse au LISN (CNRS), membre du Comité national pilote d’éthique du numérique et de l’Afnor, présidente de la fondation Blaise Pascal.

À retrouver sur https://www.inserm.fr/actualite/intelligence-artificielle-va-t-elle-remplacer-le-diagnostic-medical/

Listériose

Article

Publié le 05/05/2025

Information proposée par Service Public d’Information en Santé

La listériose est une infection due à une bactérie fréquente dans l’environnement et présente dans certains aliments. Chez la femme enceinte, cette infection est grave car elle peut affecter le développement du fœtus, voire entraîner son décès pendant la grossesse ou peu après la naissance. La prévention de cette infection repose sur des mesures d’hygiène strictes.

La listériose, qu'est-ce que c'est ?

La listériose est une infection due à une bactérie, Listeria monocytogenes, largement répandue dans le sol, l’eau des rivières et les lacs, les excréments des animaux domestiques, les végétaux en décomposition, etc. Cette bactérie présente la particularité de pouvoir se multiplier à basse température (jusqu’à 4°C) et de persister longtemps sur des surfaces ou des instruments souillés.

Chez les personnes en bonne santé, cette infection est le plus souvent bénigne et se traduit par une simple gastro-entérite. En revanche, elle peut avoir des conséquences graves chez les femmes enceintes, les nouveau-nés, les personnes âgées de plus de 80 ans, ainsi que les personnes dont le système immunitaire est affaibli par une maladie chronique ou par un traitement médicamenteux.

Lorsque la contamination par Listeria a lieu pendant la grossesse, l’infection peut entraîner un avortement spontané ou des troubles graves chez le nouveau-né après la naissance.

Comment est-on contaminé par Listeria ?

Dans 99 % des cas, la contamination par Listeria se fait par voie alimentaire en ingérant des aliments contaminés. La liste des aliments pouvant transmettre Listeria est vaste. Même si les charcuteries et les fromages au lait cru sont souvent impliqués, des cas de contamination à partir de légumes ou de fruits ont été observés.

La listériose est-elle une maladie fréquente ?

La listériose aiguë reste rare : 300 à 400 cas en France chaque année. Dans le contexte de la grossesse, on estime que la listériose concerne environ cinq cas pour cent mille naissances.

Quels sont les symptômes de la listériose ?

Chez une personne âgée ou immunodéprimée, l’infection par Listeria, peut entraîner des nausées et des vomissements, de la diarrhée ou de la constipation, des maux de tête, de la fièvre, voire une méningite ou une septicémie. Une hospitalisation est nécessaire dans plus de 90 % des cas et le décès survient chez 25 à 30 % des personnes infectées. La listériose est une maladie rare mais dont les conséquences peuvent être graves.

Chez la femme enceinte, les symptômes de la listériose sont généralement peu caractéristiques et évoquent une grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. L'infection par Listeria est sans conséquence pour la mère, mais grave pour le fœtus : décès in utero dans 25 à 30 % des cas, accouchement prématuré, méningite ou septicémie à la naissance avec détresse respiratoire. Ces symptômes sont également observés chez le nouveau-né qui décède dans 20 % des cas. Pour ces raisons, toute fièvre inexpliquée chez une femme enceinte justifie une consultation médicale en urgence.

Quelles sont les complications de la listériose ?

Chez les adultes âgés ou immunodéprimés, des séquelles neurologiques peuvent persister après une listériose. Les enfants nés d’une mère contaminée par Listeria pendant la grossesse sont suivis jusqu’à l’adolescence. Parfois, des séquelles neurologiques sont observées, ainsi qu’un retard mental.

Comment prévient-on la listériose pendant la grossesse ?

La prévention de la listériose pendant la grossesse consiste à éviter certains aliments et à respecter des mesures d’hygiène concernant la préparation et la conservation des aliments.

  • Se laver les mains après avoir manipulé des aliments crus.
  • Maintenir son réfrigérateur à une température ne dépassant pas 4°C.
  • Laver son réfrigérateur toutes les deux semaines avec un produit javellisé, ainsi que les couteaux, les planches à découper et autres ustensiles de cuisine.
  • Ne pas entreposer d’aliments sans emballage directement sur les tablettes du réfrigérateur.
  • Ne pas conserver les produits cuits et les produits crus dans les mêmes emballages.
  • Laver abondamment les légumes, y compris les salades prêtes à l’emploi et les herbes aromatiques.
  • Ne pas conserver les restes de plats préparés plus de trois jours et, lorsqu’ils sont réchauffés, veiller à ce que leur température à cœur soit supérieure à 70°C.
  • Respecter les dates limites de conservation pour les aliments conditionnés, et consommer les produits à la coupe le plus vite possible.
  • Ne manger que de la viande et du poisson bien cuits, préférablement mijotés plutôt que grillés. Attention aux viandes et poissons séchés, fumés ou marinés : assurez-vous qu’ils ont d’abord été bien cuits.
  • Éviter les aliments qui ont un risque plus élevé de contenir des Listeria :
  •  
    • les fromages au lait cru, en particulier ceux à pâte molle, et les produits laitiers au lait cru en général ;
    • le fromage vendu râpé ;
    • les croûtes de fromage ;
    • les coquillages crus ;
    • le tarama et le surimi ;
    • les graines germées crues ;
    • les produits de charcuterie cuits ou crus (jambon cuit ou cru, produits en gelée, foie gras, pâté, rillettes, etc.).

Quels traitements lorsqu'une femme enceinte attrape la listériose ?

Lorsqu’une listériose est diagnostiquée chez une femme enceinte, un traitement antibiotique est prescrit pendant deux à trois semaines. Le plus souvent, si cela est possible, le médecin prend la décision de faire naître l’enfant dans les plus brefs délais (le plus souvent par césarienne) pour l’isoler de l’infection maternelle et initier, au plus vite, un traitement antibiotique adapté.

Le Service Public d’Information en Santé, au sein du Ministère de la santé et de l'accès aux soins, associe les institutions et agences publiques missionnées dans les champs de la santé, ainsi que les partenaires privés à but non lucratif (associations, ordres professionnels, sociétés savantes, universités…).
La démarche vise à assurer la cohérence et la cohésion des actions autour d’une vision commune de l’information publique en santé prévoyant également l’élaboration d’outils favorisant l’implication des usagers au processus d’amélioration du système de santé.

Service Public d’Information en Santé
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Dr Pele Jean Michel
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Dr Oussaid Mohammed
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