03/01/2024 5 mins de lecture
Le flexitarianisme consiste à réduire sa consommation d’aliments d’origine animale (viande, poisson, œufs, produits laitiers) pour préserver à la fois sa santé et la planète, ou pour des raisons économiques. Parce que la vitamine B12, indispensable, est absente des aliments d’origine végétale, être flexitarien expose-t-il à une insuffisance d’apports en cette vitamine ? Comment enrichir son alimentation en vitamine B12 ? Cette question concerne également les personnes âgées et celles qui ont choisi d’être végétariennes ou véganes.
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Sous le nom de vitamine B12, ou cobalamine, on désigne en fait une famille de 4 substances, dont 3 sont présentes dans certains aliments (la 4e, la cyanocobalamine, est synthétique). Ces vitamines, d’une couleur rouge vif, contiennent du cobalt. Elles sont apportées à la fois par les aliments d’origine animale et par la flore intestinale. Dans l’organisme, elles sont stockées principalement dans le foie.
En association avec la vitamine B9 (acide folique, folates), la vitamine B12 intervient dans la synthèse de l’ADN et des acides gras, dans la production d’énergie à l’intérieur des cellules et dans le fonctionnement du système nerveux.
Comme pour la vitamine B9, une carence en vitamine B12 se traduit par différents symptômes tels qu’une anémie, un essoufflement, de la fatigue, des fourmillements dans les pieds et les mains, une constipation entrecoupée de diarrhées ou une perte de poids. Une insuffisance d’apport peut provoquer une anémie, de l’irritabilité, des troubles de l’humeur et, chez les personnes âgées, des troubles du raisonnement et de la mémoire.
La vitamine B12 est la seule vitamine systématiquement absente des aliments d’origine végétale. Les meilleures sources de vitamine B12 sont les abats (notamment le foie), la viande, la volaille, le poisson, les fruits de mer et les produits laitiers. Exceptions, les œufs, le lait de chèvre et les produits laitiers qui en sont issus en contiennent peu.
On a cru longtemps que les aliments à base de soja (comme le tofu, le miso ou le tempeh), les algues, la levure de bière, les céréales et les champignons contenaient de la vitamine B12. Il n’en est rien : ils contiennent en fait une pseudo-vitamine B12 inefficace.
Les personnes qui suivent un régime végétalien, végan ou macrobiotique strict sont particulièrement exposées à des insuffisances d’apport en vitamine B12. Il en est de même pour celles qui souffrent de la maladie de Biermer (anciennement appelée anémie pernicieuse, une maladie auto-immune qui touche certaines cellules de l’estomac) ou celles qui ont subi une intervention chirurgicale destinée à lutter contre l’obésité (où une partie de l’estomac a été enlevée).
Les personnes âgées absorbent moins bien la vitamine B12 contenue dans les aliments car l’acidité de l’estomac diminue avec l’âge. Cette particularité, associée à un apport parfois insuffisant d’aliments riches en cette substance, comme les viandes ou le poisson, explique la fréquence des déficiences en vitamine B12 chez les personnes âgées.
Les flexitariens, c’est-à-dire les personnes qui, sans être végétariennes, choisissent de réduire leur consommation de produits d’origine animale, sont également à risque (moindre) d’insuffisance d’apport de vitamine B12.
Selon l’Agence nationale de la sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), un adulte devrait ingérer au moins 4 microgrammes de vitamine B12 par jour (les 4 formes de vitamine B12 semblent équivalentes en termes d’assimilation). Une femme enceinte devrait en ingérer 4,5 microgrammes par jour et une femme qui allaite 5 microgrammes par jour.
Selon l’Observatoire national des alimentations végétales (ONAV, une organisation à but non lucratif indépendante), les adultes devraient en ingérer au moins 25 microgrammes par jour et les personnes âgées (ou celles souffrant de maladie de Biermer) au moins 150 à 200 microgrammes par jour. L’ONAV fournit également des recommandations d’apport hebdomadaire (au moins 1200 microgrammes/semaine) ou mensuel (au moins 5000 microgrammes/mois).
Pour obtenir des apports suffisants, les personnes âgées, les flexitariens, les végétariens et les végans doivent avoir recours soit à des aliments enrichis (plus de 2 microgrammes par portion, ce qui est assez rare), soit à des compléments alimentaires. Parmi les formes de vitamine B12 proposées dans les compléments alimentaires, la cyanocobalamine est celle qui est la plus stable et la moins coûteuse.
Après examen des données scientifiques, les experts de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont estimé que les compléments alimentaires et les aliments enrichis contenant de la vitamine B12 peuvent prétendre contribuer :
• au métabolisme énergétique normal, • au fonctionnement normal du système nerveux, • aux fonctions mentales normales, • à la formation des globules rouges, • à la réduction de la fatigue, • au fonctionnement normal du système immunitaire, • à la division cellulaire,
si et seulement si ces produits contiennent au moins 0,38 microgrammes de vitamine B12 pour 100 g, 100 ml ou par emballage si le produit ne contient qu’une portion.
En revanche, les aliments et les compléments alimentaires contenant de la vitamine B12 ne peuvent pas prétendre être indispensables à la santé des os, des dents, des cheveux, des ongles ou de la peau, ou contribuer à maintenir la vitalité.
La vitamine B12 est très peu toxique, les apports en excès étant rapidement éliminés dans les selles et les urines. En fait, la capacité d’absorption de l’intestin diminue lorsque la dose ingérée augmente. Par exemple, une prise de 1 microgrammes est absorbé à 50-56 %, mais une prise de 5 microgrammes est absorbée à 18-28 %. De ce fait, pour une supplémentation plus efficace, il est préférable de prendre une petite dose de vitamine B12 deux fois par jour qu’une forte dose une fois par semaine.
Les personnes qui ont une alimentation pauvre (ou dépourvue) en aliments d’origine animale, y compris les flexitariens, ont intérêt à supplémenter leur alimentation en vitamine B12. Les personnes âgées ont également intérêt à recourir à cette supplémentation. En effet, les insuffisances d'apport en vitamine B12 sont souvent sous-estimées chez elles, en particulier chez celles qui mangent peu de viande, de poisson ou de produits laitiers pour des raisons économiques.
12/01/2026 8 mins de lecture
Les téléphones portables sont devenus un élément incontournable de notre vie quotidienne. En conséquence, certains utilisateurs se sont inquiétés du fait que l’usage fréquent d’un téléphone portable puisse augmenter le risque de tumeurs de la tête et du cou, du fait de son rayonnement électromagnétique. À ce jour, les très nombreuses études sur le sujet n’ont pas identifié de lien entre téléphonie portable et risque de ce type de tumeurs.
En 2025, 98 % des Français de 12 ans et plus possèdent un téléphone mobile, dont 91 % un smartphone (1). Les pratiques évoluent rapidement et modifient l’exposition de la population aux ondes de radiofréquence (RF). Si l'usage vocal traditionnel décline au profit de l'utilisation du haut-parleur ou d’oreillettes, réduisant ainsi l'exposition directe de la tête à ces ondes, les usages d’Internet en mobilité explosent (vidéos, réseaux sociaux, etc.), favorisé par les évolutions technologiques (5G) et la densification du réseau d’antennes relais. Ces nouvelles habitudes entraînent une augmentation de l'exposition globale aux RF, notamment dans les zones urbaines densément équipées.
Crédit photo : Mart Production
Les téléphones portables envoient vers et reçoivent des signaux des antennes cellulaires voisines en utilisant des ondes. En termes de fréquence, ces ondes RF se situent entre les ondes radio FM et les micro-ondes. Comme celles-ci, la lumière visible ou la chaleur, les ondes RF des téléphones portables sont une forme de rayonnement dit « non ionisant ». À la différence des rayonnements « ionisants » plus puissants (rayons X, rayons gamma ou ultraviolets), elles ne contiennent pas assez d'énergie pour endommager l’ADN des cellules et déclencher ainsi un cancer (2).
Néanmoins, lorsque leur puissance est élevée, les ondes RF peuvent en théorie réchauffer les tissus qui composent notre corps, à la manière des micro-ondes. Mais les niveaux d'énergie émis par les téléphones portables sont beaucoup plus faibles que ceux d’un four micro-ondes et ne suffisent pas à augmenter significativement la température du corps, même à proximité de l’appareil.
À noter, un téléphone émet des ondes RF plus puissantes lorsque l’antenne relais la plus proche est éloignée, lorsque le signal doit traverser des murs ou lorsque de nombreuses personnes se connectent à la même antenne en même temps.
Le débit d'absorption spécifique (DAS) est la quantité d'énergie RF émise par le téléphone et absorbée par notre corps sous forme de chaleur (par unité de temps). Il s’exprime en watts par kg de poids de la personne (W/kg).
Les téléphones portables ont des niveaux de DAS différents (3). Les fabricants de téléphones portables sont tenus de communiquer le niveau maximal de DAS de leur produit. Trois types de DAS sont prévus pour mesurer l’exposition due aux téléphones mobiles :
En France, c’est l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qui est chargée des vérifications relatives aux DAS. Régulièrement, des appareils sont retirés du marché pour DAS excessive (4).
Comme les téléphones portables en fonctionnement sont généralement tenus près de la tête, la principale préoccupation a été de savoir si les téléphones pouvaient causer ou contribuer à des tumeurs dans cette région (2) :
Plusieurs dizaines d'études ont examiné les liens possibles entre l'utilisation des téléphones portables et l’apparition de tumeurs. Il s'agit souvent d'études dites « de cas-témoins », dans lesquelles le temps passé à utiliser un téléphone portable par des patients atteints de tumeurs (cas) a été comparé à celui des personnes qui n'ont pas développé de tumeurs (témoins). Parmi ces études, les plus importantes ont été :
En octobre 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié une actualisation des connaissances (1) sur les effets des ondes RF, centrée sur le risque de cancer. Près d’un millier d’études scientifiques ont été analysées, dont plusieurs menées après la mise en place des réseaux 5G, enrichissant considérablement les connaissances sur ce sujet. Pour l’Anses, cette nouvelle analyse ne met pas en évidence de lien entre l’exposition aux ondes RF, principalement émises par la téléphonie mobile, et l’apparition de cancers.
Ces études, rassurantes, présentent néanmoins des limites.
Tout d'abord, elles n'ont pas encore été en mesure de suivre des personnes pendant de longues périodes. Après une exposition connue à un agent cancérigène, il faut parfois des dizaines d’années pour que des tumeurs se développent. Étant donné que les téléphones portables ne sont largement utilisés que depuis vingt-cinq ans dans la plupart des pays, il n'est pas possible d'exclure d'éventuels effets à très long terme sur la santé.
Dans la plupart des études (à l’exception de MOBI-KIDS), la mesure du nombre d’heures passées sur un téléphone portable a été grossière. Il s'agit le plus souvent d'études qui s'appuient sur les souvenirs des personnes concernant leur utilisation passée du téléphone portable. Dans ce type d'études, il peut être difficile d'interpréter un lien éventuel entre le cancer et une exposition aux ondes RF. Les personnes atteintes d'un cancer réfléchissent souvent aux raisons possibles de leur maladie et peuvent donc parfois se souvenir de leur utilisation du téléphone différemment des personnes qui ne souffrent pas de cancer.
Les personnes préoccupées par les ondes RF peuvent prendre plusieurs mesures pour limiter leur exposition (au-delà du simple fait de moins utiliser son téléphone portable) :
En conclusion, de très nombreuses études scientifiques n’ont pas réussi à identifier de lien entre l’usage du téléphone portable et le risque de tumeurs de la tête, chez l’adulte comme chez l’enfant de 10 ans et plus. Absence de preuve n’est pas preuve de l’absence, mais ces études sont néanmoins rassurantes.
27/10/2023 5 mins de lecture
Les produits alimentaires qui contiennent de la réglisse signalent souvent sur leur emballage que « les personnes souffrant d’hypertension artérielle doivent éviter toute consommation excessive. » Mais la consommation régulière de réglisse est-elle aussi dangereuse qu’on le dit ? Combien d’accidents signale-t-on chaque année ? Existe-t-il un danger pour les personnes qui ne souffrent pas d’hypertension ?
Crédit photo : Marta Pose Muckel
La réglisse (Glycyrrhiza glabra) est une plante dont on utilise la racine pour extraire des composés sucrés, en particulier la glycyrrhizine. Ces extraits sont utilisés dans de nombreux produits alimentaires : confiseries, boissons anisées (pastis et pastis sans alcool, Antésite, par exemple), tisanes destinées à favoriser la digestion, etc.
Mais la réglisse est également présente dans de nombreux produits sucrés (snacks, produits de boulangerie, glaces et sorbets) pour renforcer leur pouvoir sucrant, mais également dans des produits salés pour atténuer la salinité, ainsi que dans des produits à base de cacao (comme exhausteur de goût permettant de diminuer la quantité de cacao utilisée). Dans la bière, la réglisse est utilisée comme agent moussant, pour atténuer l’amertume, ou pour aromatiser et colorer les bières brunes. Enfin, la réglisse se trouve également dans certains compléments alimentaires mais aussi comme aromatisant dans des dentifrices ou des médicaments, ou comme agent de goût dans le tabac.
Dans l’Union européenne, la mention « contient de la réglisse » doit être ajoutée pour les confiseries ou boissons contenant de la glycyrrhizine à une concentration supérieure à 100 mg/kg ou 10 mg/L, sauf si le terme « réglisse » figure déjà dans la liste des ingrédients ou dans la dénomination de la denrée alimentaire. De plus, la mention « contient de la réglisse / les personnes souffrant d’hypertension doivent éviter toute consommation excessive » doit être ajoutée pour les confiseries à des concentrations de glycyrrhizine supérieures à 4 mg/g et pour les boissons à des concentrations supérieures à 50 mg/L (ou 300 mg/L pour les boissons contenant plus de 1,2 % en volume d’alcool).
Pour les compléments alimentaires en France, la portion journalière recommandée de compléments en contenant ne doit pas conduire à l’ingestion de glycyrrhizine au-delà de 100 mg par jour. Leur étiquetage doit comporter l’avertissement « ne pas utiliser pendant plus de 6 semaines sans avis médical » et déconseiller leur administration aux enfants.
Lorsqu’elle est consommée en excès, en particulier sur de plusieurs semaines, la réglisse peut provoquer une augmentation de la pression artérielle (hypertension artérielle) et une baisse des taux sanguins de potassium (hypokaliémie) qui peut être à l’origine de troubles du rythme cardiaque parfois graves. Chez les personnes qui présentent ces troubles, l’arrêt de la consommation de réglisse ne soulage pas immédiatement les symptômes observés : lors d’intoxication, la normalisation de la pression artérielle peut prendre 2 à 6 mois après l’arrêt de la consommation !
La dose journalière admissible de réglisse ou de glycyrrhizine est difficile à déterminer car :
Néanmoins, sur la base de travaux menés chez les rongeurs, la Commission européenne, comme le Comité d’experts de l’Organisation mondiale de la santé, ont conclu que, pour une ingestion régulière, la limite supérieure de 100 mg/j offre un niveau de protection suffisant pour la majorité de la population.
Néanmoins, certains auteurs ont suggéré qu’une ingestion journalière de 10 mg de glycyrrhizine serait préférable pour la plupart des adultes en bonne santé. L’Agence nationale de sécurité des aliments, de l’environnement et du travail (Anses), dans ses recommandations, penche plutôt pour cette valeur seuil plus stricte que celle des autorités internationales.
À noter, du fait de la grande variation entre individus en termes d’absorption intestinale et de sensibilité, certains cas d’intoxication ont été observés avec des doses restant dans les valeurs conseillées.
En 2022, l’Anses a conduit une étude portant sur les intoxications après consommation d’au moins un aliment contenant de la réglisse au cours de la période 2012 - 2021. Durant ces 10 années, 520 cas d’exposition supposée à la réglisse ont été identifiés. Après relecture de l’intégralité des dossiers, seuls 64 cas ont été inclus (adultes et enfants, âge médian 55 ans, 53 % d’hommes). Chaque année, en France, le nombre de cas d’intoxications graves dues à la réglisse allait de 3 à 9, sans variation significative au cours de la période. Derrière ces cas identifiés, l’Anses soupçonne l’existence de nombreux cas moins sévères passant sous les radars des Centres antipoison.
Parmi les cas étudiés, la consommation de réglisse était régulière (plusieurs semaines) pour les deux tiers des cas. Dans 40 % de ces cas, la gravité était élevée et un décès a même rapporté (un patient consommant du pastis avec alcool qui a développé des troubles du rythme cardiaque). La majorité des patients ont guéri grâce à une prise en charge hospitalière. Un seul patient a présenté des séquelles, des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC) lié à une crise d’hypertension élevée.
Dans les 64 cas analysés par l’Anses, les produits consommés étaient :
Les symptômes semblaient plus graves avec le pastis sans alcool, souvent consommé par des personnes essayant de ne plus boire de pastis avec alcool et qui, pour compenser, boivent de grandes quantités de la version sans alcool.
Les cas graves d’intoxication à la réglisse restent rares mais on ne sait rien des cas qui n’ont pas justifié un signalement aux Centres antipoison ou une prise en charge hospitalière. Selon l’Anses : « En l’état actuel des connaissances, il paraît raisonnable de proposer une consommation quotidienne ne dépassant pas 10 mg/j de glycyrrhizine en cas de consommation chronique, en veillant à ne pas multiplier les sources d’apport par les aliments, les médicaments ou les produits issus du tabac. Enfin, il est conseillé d’éviter de consommer de façon continue des produits contenant de la réglisse. »
05/02/2024 4 mins de lecture
« J’ai attrapé un coup de froid. », « Ne sors pas avec les cheveux mouillés, tu vas attraper froid. »… Que de fois avons-nous entendu ces phrases qui semblent suggérer que le froid peut déclencher une maladie, en l’occurrence un rhume ou une autre infection respiratoire (grippe ou bronchiolite, par exemple). Mais qu’en est-il vraiment ? Le froid peut-il nous rendre plus sensible aux micro-organismes responsables de ces infections ?
Crédit photo : Spencer Backman
C’est un fait, les infections respiratoires sont plus fréquentes en hiver qu’en été, même si elles persistent à plus ou moins bas bruit pendant la belle saison (comme le montrent les vagues de Covid-19 en été…). Comment expliquer cette observation ?
L’hypothèse la plus couramment acceptée est que, pendant l’hiver, nous partageons davantage de lieux clos. Comme les virus respiratoires sont transmis par l’air que nous respirons (leur transmission par les mains est bien moins fréquente), le risque de s’infecter augmente dans les lieux bondés et faiblement ventilés, comme abondamment montré pour le virus de la Covid-19.
Une autre hypothèse postule que, par temps froid, les virus présents dans l’environnement restent fonctionnels plus longtemps que par temps chaud. Leur durée de vie est augmentée car le froid ralentit leur dégradation naturelle.
Enfin, certains experts évoquent le fait que, en hiver, l’air est plus sec (dans les maisons chauffées) et que notre muqueuse nasale, desséchée, s’en trouverait plus vulnérable aux infections.
Ce qui est certain, c’est que le froid, seul, ne rend pas malade et qu’il faut un virus (ou une bactérie) pour développer une infection respiratoire. Pour être plus précis, il faut un micro-organisme infectieux capable de déjouer les pièges de notre système immunitaire et de proliférer dans notre nez, notre gorge, nos bronches ou nos poumons.
L’hypothèse selon laquelle l’exposition au froid augmente le risque de s’enrhumer a été évaluée dans de nombreuses expériences. Par exemple, dès 1968, des chercheurs ont infecté 44 volontaires avec un Rhinovirus type 15 (l’un des nombreux virus à l’origine des rhumes) et les ont exposés à des températures différentes : soit dans une pièce à 4°C, soit dans un bain à 32°C. Les volontaires ont été exposés au froid à différents moments de l’évolution du rhume : au moment de l'inoculation, pendant l'incubation, pendant la phase maximale de la maladie et pendant la convalescence. L'infectiosité, la sévérité du rhume, la production d’anticorps, la réponse des globules blancs et la flore bactérienne du nez et de la gorge ont été comparés entre les 2 groupes.
Bien que l'exposition au froid ait réduit l’augmentation du nombre de certains globules blancs (neutrophiles) habituellement observée pendant le rhume, il n'y a pas eu de changements significatifs des autres paramètres. Cette étude suggère donc que l'exposition au froid n’a aucun effet sur notre résistance au rhume. Depuis, d’autres études ont été menées, avec des résultats similaires.
Cette question passionne les chercheurs depuis une expérience historique de Louis Pasteur en 1878. Celui-ci a montré que les poules, naturellement résistantes à la bactérie responsable d’une maladie infectieuse appelée « charbon », s’infectent et meurent de cette maladie lorsqu’on les force à vivre dans un bain d’eau glacée. Cette curieuse expérience est à l’origine de l’idée selon laquelle le froid diminue les défenses immunitaires.
Pendant quasiment 150 ans, aucune étude n’est parvenue à identifier la manière dont le froid pourrait influencer notre immunité. Ce n’est qu’en 2022 qu’une toute première étude a identifié une piste possible, au moins au niveau des voies respiratoires. Pour comprendre cette étude, il est nécessaire d’expliquer comment les cellules de la muqueuse du nez réagissent face à un virus respiratoire.
Lors d’une infection, les cellules immunitaires de la paroi des voies respiratoires détectent la présence du virus via des protéines, les TLR, qui reconnaissent des éléments, par exemple l’ARN ou l’ADN du virus. Ces protéines enclenchent la réponse immunitaire générale mais, au niveau local, elles stimulent également la production de petites bombes antivirales, les « vésicules extracellulaires », qui sont comme de minuscules bulles remplies de diverses substances dont certaines vont perturber le fonctionnement du virus. Des milliards de ces vésicules sont relâchées par les cellules du nez et vont entourer les particules de virus, réduisant ainsi leur capacité à se multiplier.
Dans l’étude publiée récemment, les chercheurs ont d’abord observé que, chez des volontaires en bonne santé exposés à de l’air à température ambiante (23°C), puis à 4°C durant 15 minutes (comme s’ils sortaient de chez eux par temps froid), la température à l’intérieur du nez diminuait d’environ 5°C. Ensuite, ils ont reproduit cette chute de température sur des échantillons de muqueuse nasale maintenus en culture et exposés à deux rhinovirus et un coronavirus responsables de rhumes.
Dans cette expérience, la quantité de vésicules sécrétées par les cellules nasales exposées au froid a diminué de près de 42 % et les protéines antivirales contenues dans les vésicules ont également été modifiées (avec une diminution de certaines d’entre elles de 77 %). De plus, les effets du froid sur les cellules en culture se sont traduits par une multiplication du virus 2 fois plus importante.
Ainsi, pour la première fois, une hypothèse plausible est proposée pour expliquer un éventuel effet de l’air froid sur les défenses immunitaires de nos voies respiratoires.
Si le froid seul n’est jamais à l’origine d’une maladie respiratoire, il semble désormais possible que son effet négatif sur l’immunité locale des muqueuses respiratoires puisse agir en favorisant les virus dans leur combat contre nos défenses. Ces premiers résultats restent bien sûr à confirmer, mais il paraît fort possible que des générations de mères et de grand-mères aient eu finalement raison…