03/06/2024 3 mins de lecture
Parce que les teintures permanentes pour les cheveux contiennent de très nombreuses substances, dont certaines soupçonnées d’être cancérigènes, certains experts, dont l’Organisation mondiale pour la santé, ont émis l’hypothèse qu’elles pourraient favoriser l’apparition de cancers chez les femmes qui les utilisent régulièrement. Diverses études scientifiques ont cherché à élucider cette question, avec des résultats parfois contradictoires.
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Les teintures pour cheveux dites « permanentes » (celles qui ne disparaissent pas au lavage) contiennent de très nombreuses substances chimiques (plus de 5 000 ont été recensées), dont certaines ont montré, sur des cellules en culture ou chez des rongeurs, une capacité à provoquer des mutations, voire des cancers. De plus, certaines de ces substances font partie des perturbateurs endocriniens et s’accumulent dans les cellules du sein, comme le 4-aminobiphényl-(ABP). Parmi les substances suspectées d’être cancérigènes figurent également le sulfate de 2,4-diaminoanisole et le para-phénylènediamine qui peuvent déclencher des tumeurs mammaires chez le rat.
Pour ces raisons, la question du pouvoir cancérigène des teintures capillaires a fait l’objet de nombreuses études depuis des années, avec des résultats souvent contradictoires. En effet, la réponse à cette question dépend du type de teinture utilisé, mais aussi de la couleur des cheveux de la personne (qui influence le type de produits utilisé) et de son risque individuel de cancer.
Récemment, plusieurs articles scientifiques sur le sujet ont été publiés, qui ont suivi des groupes (« cohortes ») de femmes au cours de temps, en essayant de comparer le risque de cancer entre celles qui se teignaient les cheveux et les autres.
En 2019, une étude menée sur un groupe de 46 709 femmes dont au moins une sœur avait développé un cancer du sein (« Sister Study », donc des femmes potentiellement à risque augmenté pour des raisons génétiques) a montré, après un suivi de 8 ans, que l’usage de teintures capillaires était associé à une augmentation du risque de cancer du sein de 7 % chez les femmes d’ascendance européenne et à une augmentation de 45 % de ce risque chez les femmes d’ascendance africaine. Chez celles-ci, l’usage de produits lissants était également associé à une augmentation du risque de cancer du sein : ces produits peuvent contenir du formaldéhyde (« formol ») qui est un produit cancérigène reconnu.
Publiée en 2020, une étude a suivi 117 200 femmes pendant 36 ans (« Nurses’ Health Study », des femmes dont on ne sait rien du risque familial de cancer). Selon cette étude, l’usage de teintures n’était pas associé à un risque augmenté de cancer, sauf pour un cancer de la peau particulier, le carcinome basocellulaire, pour lequel il y avait une petite augmentation du risque (5 %, surtout chez les femmes aux cheveux clairs). Chez les femmes qui ont le plus utilisé ces teintures (risque cumulatif), une légère augmentation du risque de cancer du sein et de l’ovaire est possible selon cette étude.
En 2018, une analyse croisée de 8 études sur le sujet (ayant enrôlé 38 000 femmes) a conclu que l’usage de teintures permanentes augmentait de 19 % le risque de cancer du sein.
Mais en 2021, une autre analyse croisée de 14 études sur le sujet (ayant enrôlé 210 000 femmes) a suggéré une augmentation du risque de cancer du sein de 7 % chez les femmes qui se teignaient les cheveux. Cette dernière analyse croisée est critiquée car elle n’a trouvé aucun effet de la durée d’utilisation, de l’origine ethnique des femmes et de leur couleur de cheveux initiale sur cette augmentation du risque, alors que plusieurs études pointent sur l’importance de ces paramètres dans l’éventuelle augmentation du risque.
Par ailleurs, chez les professionnels qui manipulent ces produits de manière régulière, il a été montré un risque accru de cancer de la vessie, avec des teintures d’ancienne génération (avant les années 1980). Cette augmentation du risque de cancer de la vessie n’a pas été retrouvée avec des teintures plus récentes et a été écarté pour les personnes qui appliquent elles-mêmes leur teinture.
En conclusion, il se pourrait que les teintures capillaires augmentent légèrement le risque de cancer. Plusieurs travaux pointent vers une augmentation modeste du risque de cancer du sein. De plus, une augmentation du risque a été identifiée pour un certain type de cancer de la peau, chez les femmes blondes ou rousses.
Chez les femmes d’origine africaine qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein, l’usage de ces teintures et de produits destinés à lisser les cheveux semble augmenter de manière significative le risque de ce cancer.
12/04/2023 4 mins de lecture
Depuis quelques années, les autorités sanitaires mettent en garde contre une consommation excessive de produits de la mer en raison des risques liés à une accumulation de polluants et de pesticides, en particulier des métaux lourds. Qu’en est-il réellement ? Quelles sont les dernières recommandations ? Quels poissons choisir pour essayer de réduire ce risque ?
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Sous le terme de « métaux lourds », on regroupe des éléments comme le mercure (en fait, le méthylmercure) ou le cadmium, mais aussi, par facilité de langage, d’autres polluants comme les dioxines ou les PCB (polychlorobiphényles), voire des pesticides. Issus des activités industrielles et agricoles humaines, ils sont présents dans les eaux douces ou salées, en plus ou moins grande quantité selon les lieux.
Chez l’homme et les animaux, ces polluants ont tendance à s’accumuler dans les graisses. Lorsque leur concentration devient trop importante, ils peuvent être à l’origine de problèmes de santé potentiellement graves. Par exemple, l’excès de méthylmercure est à l’origine de fatigue, de vertiges, de toxicité pour les reins, le foie et le cerveau. Ils sont particulièrement toxiques pour les fœtus et les nourrissons, chez lesquels ils peuvent nuire au développement du cerveau.
Les poissons prédateurs (en haut de la chaîne alimentaire) comme le requin, l’espadon et le marlin, le siki, les lamproies et, à un moindre degré, le thon, le brochet ou le barracuda, sont les poissons qui contiennent les concentrations les plus élevées de métaux lourds. Ils chassent des poissons qui en contiennent à un moindre degré et finissent par accumuler une grande partie des métaux lourds contenus dans leurs proies. De plus, les polluants s’accumulant dans les graisses, les poissons gras (sardine, maquereau, saumon, hareng) en contiennent davantage que les poissons maigres.
Les poissons qui vivent dans les eaux particulièrement polluées par les métaux lourds ont également des concentrations de mercure potentiellement problématiques. C’est le cas, par exemple, de nombreuses espèces de poissons vivant dans la mer Baltique.
Les produits de la mer font partie des aliments recommandés pour enrichir notre diversité alimentaire car ils contiennent des nutriments intéressants : vitamines A, D et E, sélénium, zinc, iode, mais aussi acides gras essentiels oméga-3 à longue chaîne, indispensables à notre santé. Pour cette raison, il n’est pas recommandé de supprimer complètement les poissons et les fruits de mer de son alimentation.
Pour profiter des bénéfices des produits de la mer tout en minimisant le risque de surconsommer des métaux lourds, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a défini des recommandations pour la population générale, mais également pour des populations plus sensibles à ces polluants. Pour la population générale, ses recommandations sont de :
- consommer du poisson 2 fois par semaine en associant un poisson gras à forte teneur en acides gras oméga-3 (saumon, sardine, maquereau, hareng) et un autre poisson (colin, merlu, cabillaud, sole, etc.) moins riche en métaux lourds et pesticides ;
- varier les espèces et les lieux d’approvisionnement ;
- pour les poissons d’eau douce, limiter la consommation de barbeaux, brèmes, carpes ou silures à 2 fois par mois ;
- ne consommer de l’anguille qu’à titre exceptionnel ;
- pour la pêche de loisir, respecter les recommandations de non-consommation émises dans certaines zones.
Au cours de la grossesse et jusqu'à 3 ans, le cerveau de l'enfant est particulièrement vulnérable à l'action toxique des polluants et notamment du méthylmercure et des PCB. Pour cette raison, les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes doivent :
- limiter leur consommation de poissons prédateurs sauvages (lotte/baudroie, loup/bar sauvage, bonite, empereur, grenadier, flétan, brochet, dorade, raie, sabre, thon, etc.) ;
- éviter la consommation d’anguille, d’espadon, de marlin, de siki, de requin et de lamproie. Pour les poissons d’eau douce, ces populations sensibles doivent limiter leur consommation de barbeaux, brèmes, carpes ou silures à 1 fois tous les 2 mois.
Concernant le saumon, dans une étude sur le sujet menée en 2016, la revue 60 millions de consommateurs a retrouvé des métaux lourds dans 23 saumons testés. Toutefois, les teneurs étaient variables et globalement, les résultats n'étaient pas alarmants et très en dessous des limites réglementaires. Paradoxalement, les doses les plus importantes ont été retrouvées dans du saumon bio d'origine norvégienne qui contenait 7 fois plus de mercure que du saumon surgelé pêché dans l'Atlantique ou élevé au Chili.
Il existe des labels de qualité concernant les poissons : Label Rouge (Aqualabel) pour les poissons d’élevage, Label MSC2 (Marine Stewardship Council) pour les poissons sauvages. Ces labels ne garantissent pas une faible teneur en polluants mais un produit de meilleure qualité. Pour réduire son exposition aux métaux lourds, mieux vaut suivre les recommandations de l’Anses.
L’organisation internationale WWF (World Wildlife Fund) recommande d’éviter la consommation de certaines espèces telles que le thon rouge, l’espadon, le loup sauvage et la raie ainsi que le cabillaud de l’Atlantique Nord. Certaines espèces en provenance du Nord Est de l’Atlantique, telles que le grenadier, la lingue, le merlu et la sole sont également menacées. La liste complète de ces espèces menacées se trouve sur www.wwf.fr ou sur peche.ifremer.fr.