01/10/2026 8 mins de lecture
Le dépistage du cancer du sein permet de détecter, avant tout symptôme, 90 % des cancers du sein.
Pourquoi les femmes, dès 50 ans, sont-elles invitées à réaliser cet examen tous les ans ? Est-il fiable ? Présente-t-il des risques ? On fait le point sur les questions fréquentes sur le dépistage organisé du cancer du sein.
Le dépistage du cancer du sein, qui consiste en une mammographie et un examen clinique des seins, permet de détecter, avant tout symptôme (comme une boule par exemple), 90 % des cancers du sein [1]. La répétition de l'examen tous les 2 ans améliore encore cette capacité de détection. Un cancer découvert à un stade précoce nécessite généralement des traitements moins lourds, qui génèrent moins de séquelles et augmentent les chances de guérison [1]. La mammographie n'empêche pas d'avoir un cancer du sein. Elle permet de le découvrir au plus tôt après son apparition. Les résultats de travaux menés dans le cadre de la stratégie décennale de lutte contre les cancers ont montré que le dépistage en France (dépistage organisé et individuel) a permis d’éviter 23 000 décès entre 2004 et 2018. À l’horizon 2054, ce sont 95 000 décès qui pourraient être évités.
En France, ce dépistage recommandé tous les 2 ans, concerne les femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme ni risque particulier [1,2,3]. En effet, près de 80 % des cancers du sein apparaissent après 50 ans [3]. Les femmes qui ont un risque plus élevé de cancer du sein (antécédent personnel ou familial de cancer du sein, image anormale lors de la dernière mammographie, prédisposition génétique augmentant le risque de cancer par exemple) font l’objet de suivis personnalisés [2,4] en dehors le du dépistage organisé.
Pourquoi tous les 2 ans ? Les études scientifiques ont montré que l’intervalle de 2 ans permet une détection précoce tout en limitant le risque de « cancers de l’intervalle » (ceux qu’on diagnostique entre deux mammographies et qui surviennent chez moins de 2/1000 femmes dépistées) mais aussi le risque les de cancer dits « radio-induits » (cancer lié à une exposition trop fréquente des seins aux rayons X, voir ci-dessous) [1].
Aucun examen de dépistage n'est fiable à 100 %. Parfois, une mammographie ne permet pas de repérer un cancer débutant : c'est ce que l'on appelle un faux négatif. La double lecture des clichés de mammographie, mise en place dans le cadre du dépistage organisé, permet de réduire considérablement ce risque (voir ci-dessous). À l'inverse, une mammographie peut montrer une anomalie qui, après des examens complémentaires, se révèle finalement bénigne : c'est un faux positif, source d’anxiété pour les femmes en attente de confirmation [1]. Néanmoins, le faible nombre de cancers du sein diagnostiqués entre deux mammographies montre la grande efficacité de cet examen comme moyen de dépistage organisé.
En France, dans le cadre du dépistage organisé, une mammographie jugée normale par un premier radiologue est systématiquement relue par un second radiologue. Cette deuxième lecture permet de détecter des cancers qui n'avaient pas été repérés lors de la première lecture : environ 4,3 % des cancers détectés dans le programme le sont grâce à cette seconde lecture [5]. Les radiologues participants dits « premiers lecteurs » doivent examiner au moins 500 mammographies par an. Les radiologues assurant la deuxième lecture doivent, quant à eux, s'engager à lire au moins 1500 mammographies par an [2].
Lorsqu'une anomalie est décelée, le radiologue premier lecteur déclenche, sans attendre la seconde lecture, un bilan diagnostique pour raccourcir le délai d'une éventuelle prise en charge et éviter une attente angoissante pour la patiente [2].
Attention, une mammographie normale ne doit pas rassurer au point d’ignorer un symptôme qui apparaîtrait ensuite. Toute modification inhabituelle d’un sein doit être examinée par un médecin, même si la dernière mammographie était normale.
Source de l'image : magnific.
Faux. Les femmes concernées par le dépistage organisé n’ont justement pas d’antécédent familial particulier. C’est l’âge qui est le premier facteur de risque: en France, environ 80 % des cancers du sein surviennent après 50 ans [3].
De fait, le dépistage organisé du cancer du sein est particulièrement utile pour les femmes sans antécédents familiaux (ou qui ne savent pas si elles en ont). Les femmes qui ont conscience d’avoir un risque de cancer plus élevé (antécédent personnel ou familial de cancer du sein, image anormale lors de la dernière mammographie, anomalie génétique héréditaire, antécédent de maladie de Hodgkin ayant nécessité une irradiation du thorax à haute dose, par exemple) nécessitent une surveillance différente, plus précoce ou plus rapprochée [2,4].
Non. Les deux examens n'apportent pas les mêmes informations. La mammographie peut révéler des anomalies ou des microcalcifications invisibles à l'échographie.
Dans le dépistage organisé, l'échographie ne peut donc pas remplacer la mammographie. Elle peut en revanche être utilisée en complément si le radiologue le juge nécessaire, par exemple lorsque la mammographie montre une anomalie ou lorsque les seins sont très denses et difficiles à analyser en mammographie seule. Elle est également utile dans le suivi des femmes à risque plus élevé de cancer du sein [4].
Non. Connaître l'aspect habituel de ses seins peut être utile pour remarquer une modification et consulter rapidement, mais l’autopalpation ne doit pas se substituer à la surveillance réalisée par un professionnel de santé. Elle ne permet de détecter que les tumeurs suffisamment volumineuses pour être palpables. Les données de grandes études sur le sujet ont montré que l'autopalpation systématique ne peut pas remplacer le dépistage par mammographie et qu’il n’existe pas de preuves scientifiques que la pratique de l’autopalpation ne réduit pas la mortalité liée au cancer du sein [6].
Néanmoins, il est recommandé de faire examiner ses seins (observation et palpation) une fois par an à partir de 25 ans et tout au long de sa vie par sa ou son médecin généraliste ou sa ou son gynécologue [4].
La mammographie utilise des rayons X (comme une radiographie ou un scanner). Comme toute exposition à ces rayonnements, elle peut théoriquement provoquer des lésions de l'ADN et donc, très rarement, contribuer à l'apparition d'un cancer plusieurs années plus tard (un cancer dit « radio-induit »). Pour cette raison, la mammographie pourrait contribuer à augmenter le risque de cancer du sein.
Le risque de cancer radio-induit dépend notamment de l'âge au moment de l'exposition, de la dose reçue et du nombre d'examens. Il est plus important lorsque les mammographies sont commencées très jeunes et répétées fréquemment. C'est pour cela que l’on utilise la dose de rayonnement la plus faible possible, qu’on ne la pratique que tous les 2 ans et qu’elle n’est pas proposée avant 50 ans en l’absence de facteurs de risque particuliers [1,3].
À titre indicatif, si une femme suit strictement la recommandation de participation au programme de dépistage organisé de 50 à 74 ans, elle réalisera 13 mammographies. Son exposition totale aux rayons X du fait des mammographies représentera le quart de celle provoquée par un seul scanner du ventre et du bassin, un acte très courant. Les mammographies représentent en France moins de 2 % de l’exposition totale de la population féminine aux rayonnements ionisants [1,3].
Les modélisations indiquent que le risque de cancers radio-induits liés aux mammographies pourrait être, dans la tranche d’âge et pour la population ciblée par le dépistage organisé, de l’ordre de 1 à 10 cas pour 100 000 femmes ayant réalisé une mammographie tous les 2 ans pendant 10 ans [1].
En 2026, une étude française [7] a permis d’affiner l’ordre de grandeur du risque de cancers radio-induits. Les auteurs de cette étude ont estimé que, parmi environ 55 000 cancers du sein diagnostiqués en France en 2019, environ 27 pourraient être attribuables aux expositions passées aux rayonnements liées au dépistage effectué entre 50 et 74 ans, soit environ 0,05 % des cas. Cette estimation a été obtenue par modélisation.
Enfin, il est important d’insister sur le fait que le nombre de décès évités par le dépistage par mammographie est largement supérieur au risque de décès par cancer radio-induit [1,3].
Non. C’est une information fausse qui circule régulièrement depuis quelques années. La Suisse n’a jamais interdit le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie, ni la mammographie en tant qu’examen. Des programmes organisés de dépistage existent toujours dans de nombreux cantons suisses (voir par exemple la source n°8) (les actions de santé publique varient selon les cantons de la Confédération).
Cette fausse information provient d’un avis publié en 2014 par deux représentants du Swiss Medical Board [9]. Après avoir analysé les bénéfices du dépistage par mammographie, ces experts estimaient que la réduction de 20 % de la mortalité par cancer du sein (passant de 5 à 4 décès par an pour 1000 femmes, sur 10 ans) grâce à ce dépistage ne justifiait peut-être pas la mise en place de programmes de dépistage systématique (et donc coûteux). Dans leur commentaire, ils n’ont jamais préconisé l’interdiction de la mammographie, mais suggéraient de faire le point sur les coûts/bénéfices avant créer de nouveaux programmes de dépistage systématique.
Leur avis a été rapidement contesté par des épidémiologistes suisses [10] qui ont mis en avant qu’une réduction moyenne de 20 % des décès représentait un résultat significatif. À la suite de ces débats, les autorités sanitaires suisses ont maintenu leurs recommandations en faveur du dépistage par mammographie, en accord avec les recommandations européennes [11,12,13].
Ainsi, dire que « la Suisse a interdit la mammographie » est totalement faux.
Cet article a bénéficié de la relecture du Pr Claude Linassier, oncologue et directeur du Pôle Prévention et organisation du parcours de soins à l'INCa