Les droits en ville
Article
Publié le 16/09/2026
Information proposée par Psycom
Quand on vit avec un trouble psychique, on dispose de droits que l’on peut exercer quand on reçoit des soins, mais aussi dans le quotidien. A condition de les connaître.
Quand on est suivi en ville
Nous pouvons être suivis pour un trouble psychique en ville, c’est-à-dire recevoir des soins dans un cabinet ou dans une structure de santé mentale qui n’est pas un hôpital (par exemple un CMP). C’est en ville, aussi, qu’on se rend pour des démarches administratives, pour travailler, se former, pratiquer un loisir, voter. Que nous soyons assis face à notre thérapeute, ou alors debout dans l’isoloir un bulletin de vote à la main, nous pouvons exercer nos droits.
L’information sur les soins
Nous avons le droit d’être tenus informés de notre état de santé, du diagnostic posé, des traitements qui nous sont prescrits, de leurs bénéfices attendus, de leurs risques et leurs éventuels effets indésirables. Nous pouvons également exercer notre droit de ne pas savoir, si nous souhaitons par exemple rester dans l’ignorance du diagnostic (sauf dans le cas d’une maladie transmissible).
L’accès au dossier médical
Si nous consultons ou avons consulté un professionnel de santé, nous avons le droit d’accéder aux informations qu’il a notées ou reçues figurant dans notre dossier médical, souvent dénommé « dossier patient ». De même si nous avons été hospitalisés. Ce dossier comprend notamment les comptes-rendus de consultations, les résultats d’examens, le descriptif des traitements mis en œuvre, les correspondances entre professionnels de santé. Certaines informations, toutefois, ne peuvent pas être communiquées.
La confidentialité
Nous avons droit à la confidentialité concernant notre santé. Les professionnels de santé comme les médecins, les infirmiers, les pharmaciens ou les ambulanciers sont tenus au secret médical. Ils et elles peuvent partager entre eux des informations médicales (par exemple le diagnostic de notre trouble psychique, le nom d’un médicament qui nous a été prescrit, un symptôme dont nous leur avons fait part) mais doivent s’abstenir de les communiquer à d’autres personnes. Nos proches peuvent être informés de notre état de santé par ces professionnels, mais nous pouvons aussi décider de nous y opposer.
Les autres professionnels, ceux qui n’exercent pas une profession de santé, sont tenus au secret concernant les informations en lien avec notre vie privée. Ce devoir de secret figure dans le code pénal. Cela concerne par exemple les psychologues, les assistants et assistantes de services sociaux.
La personne de confiance
Nous avons le droit de désigner, par écrit, une personne de confiance capable de veiller à nos intérêts et au respect de notre volonté. Cette personne assiste aux entretiens médicaux quand nous le souhaitons. Si nous traversons une période où nous ne sommes pas en mesure d’exprimer notre volonté, elle se fait notre porte-parole et communique notre point de vue concernant les soins proposés. Dans ce cas, son rôle est uniquement consultatif, mais son témoignage concernant nos volontés prévaut sur les témoignages d’autres membres de notre entourage.
Les directives anticipées en psychiatrie
Nous avons le droit de rédiger des « directives anticipées en psychiatrie » quand nous allons bien, pour le cas où nous traverserions une période de crise durant laquelle il nous serait difficile de faire connaître nos besoins et nos souhaits. Nous y précisons, par exemple : « ce que je veux que l’on respecte si je suis hospitalisé » ou « les médicaments ou interventions qui ne m’ont pas aidé par le passé ».
Ces directives s’utilisent en cas de problème de santé mentale. Il ne faut pas les confondre avec les « directives anticipées » tout court, qui servent à indiquer nos volontés concernant la fin de vie. Ces directives sont parfois appelées plan de crise conjoint, car on peut les rédiger avec un professionnel de la santé mentale, par exemple une médiatrice de santé paire ou un médiateur de santé pair.
|
Exprimer des souhaits à l’avance Les directives anticipées en psychiatrie ne s’imposent pas aux médecins. Elles sont incitatives. Autrement dit, l’équipe médicale est encouragée à les prendre en compte, dans la mesure du possible, mais elle n’est pas tenue de le faire. |
En pratique, les directives anticipées sont utiles pour que nos volontés soient respectées en tout temps, pas seulement en cas d’hospitalisation. En les exprimant, nous nous plaçons dans une position où nos proches, nos amis, notre employeur, les accompagnants et les soignants, sont amenés à les prendre en compte.
Nous communiquons ces directives à nos proches et aux professionnels de la santé mentale qui nous suivent, afin que leur existence soit connue de tous et qu’elles servent de repères si une crise survient. Chacun peut les écrire à sa façon. Il existe aussi des livrets à remplir, pour faciliter la rédaction. Psycom propose par exemple “mon GPS Guide Prévention et Soins“.
Une relation saine avec la ou le thérapeute
Nous sommes en droit d’attendre une relation saine avec notre thérapeute, même si ce n’est pas inscrit dans la loi. En effet, se sentir en confiance est une condition nécessaire à l’efficacité d’une thérapie. Si son attitude nous met mal à l’aise, si nous nous sentons dévalorisés ou humiliés, nous avons la possibilité de faire appel à un autre professionnel. En effet, nous sommes libres de choisir notre thérapeute, qu’il soit psychologue, psychothérapeute, psychiatre… En pratique toutefois, ce choix est limité par le manque de professionnels, notamment de psychiatres. Nos moyens financiers jouent aussi. Car pour certains professionnels, les séances sont prises en charge par l’Assurance maladie et pour d’autres, non.
Si notre thérapeute est psychiatre, il ou elle doit respecter le Code de déontologie des médecins. Celui-ci stipule que « le médecin ne doit pas abuser de sa position notamment du fait du caractère asymétrique de la relation médicale, de la vulnérabilité potentielle du patient, et doit s’abstenir de tout comportement ambigu en particulier à connotation sexuelle (relation intime, parole, geste, attitude, familiarité inadaptée, …) ». Pour des précisions sur ce dernier point, consulter le commentaire de l’article 2 (cliquer sur « Commentaire » puis aller au paragraphe 6-2 « Inconduites à caractère sexuel »). Les manquements à ce Code sont sanctionnés par l’Ordre des médecins.
En cas de doute, nous pouvons faire un quizz en 8 questions pour évaluer nous-même la relation avec notre thérapeute. Le quizz a été conçu par l’Ordre qui régit le métier de masseur-kinésithérapeute, mais il fonctionne aussi quand on est suivi par un professionnel de la santé mentale. On trouve ce « questionnaire d’évaluation de la relation thérapeutique » à la page 15 de la brochure Pour une relation thérapeutique saine et sécurisée. On peut aussi cocher les cases correspondant à ce qui se passe pour nous, parmi les 14 situations décrites sur le « Déontomètre de la relation thérapeutique ». Cette réglette à imprimer indique si la relation est à risque, ou dangereuse.
Par ailleurs, il est utile de savoir que certains mouvements ou individus à risque de dérive sectaire cherchent à approcher des personnes qui se trouvent en situation de fragilité psychique. Ils peuvent nous proposer des séances de « thérapie » à l’occasion de discussions sur internet, lors d’une conférence publique ou dans une réunion privée. Si nous avons un doute sur les intentions de notre thérapeute, nous pouvons regarder quels signes permettent de reconnaître un charlatan ou un pseudo-thérapeute sectaire. On les trouve dans la brochure Psycom (cliquer ci-dessous) et sur le site de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Les soins sans consentement en ville
Nous pouvons recevoir des soins sans consentement, sans pour autant séjourner à l’hôpital. Depuis la loi de 2011, il existe une modalité de soins appelée « programme de soins psychiatriques sans consentement » (PDS), qui permet de dispenser des soins en ville, par exemple dans un hôpital de jour, un CMP, un CATTP, ou bien à notre domicile.
Si nous entrons dans ce dispositif, nous sommes tenus de nous présenter aux rendez-vous prévus. Nos droits et nos recours sont les mêmes que pour les soins sans consentement dispensés à l’hôpital, décrits plus bas dans cet article.
La reconnaissance du handicap
Nous avons le droit de déposer un dossier auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) pour demander la reconnaissance d’un handicap psychique. Cette reconnaissance doit nous permettre de compenser les difficultés que nous rencontrons dans notre vie sociale et professionnelle en raison de notre handicap. La démarche est gratuite. Les retentissements de ce handicap sur notre quotidien sont précisés par notre médecin dans un certificat médical joint au dossier.
Cette démarche donne la possibilité d’obtenir des aides pour le quotidien (par exemple une aide financière comme l’Allocation adulte handicapé AAH ou la Prestation de compensation du handicap PCH), pour le travail (par exemple un aménagement des horaires avec la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ou RQTH), pour les études (par exemple un temps majoré pour les examens). Nous avons le droit de garder confidentiel le motif pour lequel nous avons obtenu ces aides.
La reconnaissance du handicap peut apporter certains avantages concernant le paiement des impôts sur le revenu, des impôts locaux ou encore des impôts en cas d’héritage. Il existe des dispositions particulières pour encourager les familles à aider leur proche adulte en situation de handicap, par exemple le versement d’une pension alimentaire par les parents, déductible de leurs revenus.
Le travail
Nous avons le droit à un travail, et à un travail adapté à notre handicap. Ce droit figure dans l’article 16 de la Charte Sociale Européenne garantissant l’effectivité du droit des personnes à l’autonomie, à l’intégration sociale et à la participation à la vie de la communauté, ainsi que dans l’article 19 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH) adoptée par les Nations Unies et ratifiée par la France. Chargée de projet dans l’association Working First, basée à Marseille, Sonia Abelanski présente dans une courte vidéo les droits en matière d’emploi des personnes vivant avec un trouble psychique.
Cependant, l’accès et le maintien dans l’emploi peuvent être difficiles à obtenir. Sans reconnaissance du handicap, nous entrons dans les dispositifs classiques. Certaines entreprises ou organisations sont sensibilisées aux troubles psychiques et proposent un environnement de travail adapté. Dans plusieurs villes, les Club House et les Collectifs d’entraide et d’insertion sociale et professionnelle (CEISP) soutiennent les personnes concernées par un trouble psychique dans leur recherche d’emploi, sur le principe de l’entraide entre pairs.
Avec la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (voir plus haut), nous pouvons demander un accompagnement spécifique dans notre recherche d’emploi, et postuler dans le public comme dans le privé. A noter que les employeurs publics et privés ont l’obligation d’employer 6% de personnes en situation de handicap ou, à défaut, de verser une contribution financière à un fonds dédié à leur insertion.
Le vote
Nous avons le droit de voter. Il est exceptionnel de se voir retirer ce droit, et cela se produit seulement sur décision d’un tribunal. Si nous sommes sous curatelle, sous tutelle ou autre mesure de protection, nous conservons ce droit.
Nous pouvons trouver difficile de nous rendre seul au bureau de vote, si nous sommes en situation de handicap psychique. Pour cette occasion, nous pouvons être accompagnés par un électeur ou une électrice de notre choix. Il ou elle peut être un proche ou bien un professionnel, par exemple un éducateur, un auxiliaire de vie. Si besoin, il ou elle peut nous aider à mettre le bulletin dans l’enveloppe et signer le registre à notre place, comme expliqué dans le guide Vote et handicap de l’association Handéo. Nous pouvons aussi choisir de voter par procuration.
D'autres ressources sur les droits en ville
- Télécharger le guide très complet de l’Unafam Guide des droits au travail des personnes vivant avec des troubles psychiques (mai 2024), avec ou sans reconnaissance du handicap
- Si on souhaite obtenir la reconnaissance d’un handicap psychique, lire l’article consacré au dépôt du dossier, sur le site du gouvernement dédié au handicap, ou bien les fiches rédigées avec la méthode Facile à lire et à comprendre (Falc)
- Si on est en situation de handicap, lire le guide Le consentement de la personne en situation de handicap (février 2023) où sont abordés aussi bien les soins que la vie sentimentale. Il est écrit en respectant les critères Facile à lire et à comprendre (FALC) et proposé par le Centre Régional d’Études, d’Actions et d’Informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité (CREAI) Grand Est.
- Si on est confronté au racisme, lire la brochure Santé et discrimination, s’informer et se défendre (2021), par l’association DéConstruire et le collectif Perspective, pour mieux comprendre le système de santé et apprendre à se défendre face aux inégalités structurelles.
À retrouver sur https://www.psycom.org/sinformer/les-droits-en-psychiatrie/les-droits-en-ville/
Organisme public d’information, de formation et de lutte contre la stigmatisation en santé mentale.
Psycom