Qu’est-ce que le syndrome de l’alpha-gal ?

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Service Public d'Information en Santé

29/07/2026 5 mins de lecture

Les morsures de tiques vont-elles nous rendre végétariens ? Que ce soit dans les magazines grand public ou sur les réseaux sociaux, cette étrange prophétie fait son chemin. Elle s’appuie sur l’apparition relativement récente d’une allergie alimentaire particulière, le syndrome de l’alpha-gal, qui se déclenche après la morsure de certaines tiques. Ce syndrome se traduit par une allergie à la viande de mammifère et, parfois, à certains produits laitiers. 

Qu’est-ce que le syndrome de l’alpha-gal ?

Le syndrome de l’alpha-gal (SAG) est une allergie alimentaire caractérisée par des symptômes qui apparaissent de manière relativement tardive, 3 à 6 heures après ingestion de viande issue de mammifères (bœuf, veau, porc, mouton, agneau, gibier, etc.) [1]. La personne est non seulement allergique à la viande de mammifères, mais aussi à leurs abats (foie, rognon, ris, etc.), à la gélatine issue de mammifères (utilisée dans de très nombreux aliments et médicaments) et, parfois, à certains produits laitiers. Les viandes de volaille (poulet, dinde, canard), les poissons et les fruits de mer ne sont pas concernés.

Cette allergie alimentaire apparaît le plus souvent à la suite de morsures de tiques. Dans quelques cas, elle est apparue à la suite d’une piqûre de guêpe [2].

Le syndrome de l’alpha-gal est-il vraiment de plus en plus fréquent ?

Le SAG est une allergie découverte récemment : il a été identifié pour la première fois en 2008 aux États-Unis [3]. Depuis 2010, le nombre de cas diagnostiqués est en nette augmentation [1]. Le changement climatique, qui favorise l’expansion géographique et la densité des tiques, fait craindre une hausse future des allergies à l’alpha-gal.  

En France, le SAG constituerait entre 3 et 4 % des allergies alimentaires selon l’analyse des données du réseau d’allergo-vigilance de 2016[4]. Il n’existe pas de registre national, mais une cartographie [5] suggère une fréquence plus élevée dans l’est et le sud de la France, régions où les maladies transmises par les tiques sont plus fréquentes.

Quels sont les symptômes de l’alpha-gal ?

Les symptômes du SAG apparaissent plusieurs heures (souvent 3 à 6 h, voire 7 à 10 h) après un repas comportant de la viande de mammifère.  

Les symptômes [6,7] incluent très fréquemment une urticaire généralisée et des démangeaisons intenses, parfois associées à un œdème de Quincke (un gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou). Dans 50 à 70 % des cas, la personne souffre de symptômes digestifs : maux de ventre, nausées, vomissements, diarrhée, etc. Des symptômes respiratoires (difficultés à respirer, sensation de gorge serrée) peuvent également survenir. Environ 60 % des patients présentent une réaction allergique grave, rapide et généralisée, potentiellement mortelle (la « réaction anaphylactique »).

Les symptômes régressent en quelques heures sous traitement symptomatique.

Comment une morsure de tique peut-elle provoquer une allergie à la viande ?

L’alpha-gal (galactose-α-1,3-galactose, proche de l’antigène sanguin du groupe B) est un sucre abondant dans les cellules de tous les mammifères, à l’exception des singes (hors singes d’Amérique du Sud) et des humains. Les bactéries de notre flore intestinale (microbiote) en produisent, mais nous n’y devenons pas allergiques.

On ne sait pas encore comment une morsure de tique peut rendre allergique à l’alpha-gal. Il a été démontré que la salive des tiques responsables contient de l’alpha-gal en quantité significative, possiblement absorbé à partir d’un repas sanguin sur un mammifère [8]. De plus, certaines bactéries qui vivent dans le système digestif des tiques semblent produire de l’alpha-gal [9]. Mais nous ne savons pas pourquoi l’alpha-gal apporté par une tique déclenche une sensibilisation allergique, alors que celui produit par le microbiote intestinal reste sans effet. 

Comment prévenir les piqûres de tiques ?  

La prévention des piqûres de tiques lors d'activités pratiquées dans les zones à risque (forêts, prairies, garrigues, jardins, parcs publics, etc.) repose notamment sur l’adoption des mesures suivantes :

  • Porter des vêtements clairs et couvrants (manches longues et pantalons longs) afin de mieux repérer les tiques et de limiter leur accès à la peau ;
  • Lorsque cela est possible, rentrer le haut du vêtement dans le pantalon et les bas de pantalon dans les chaussettes ;
  • Porter un chapeau ainsi que des chaussures fermées ;
  • Disposer d’un tire-tique ou d’une pince fine pour retirer toute tique fixée à la peau ;
  • Les répulsifs cutanés disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) peuvent compléter ces mesures de protection, en veillant à respecter les  préconisations figurant sur la notice du produit. 

Comment diagnostique-t-on le syndrome de l’alpha-gal ?

Le diagnostic du SAG est évoqué lorsque le patient signale :

  • la survenue de symptômes allergiques tardifs après ingestion de viande rouge ou d’abats ;
  • des antécédents de morsures de tiques, souvent multiples ;
  • une absence de réaction allergique aux autres aliments courants.  

Les allergologues s'appuient sur un test sanguin pour détecter la présence d'anticorps (IgE) anti-alpha-gal. 

Comment évolue le syndrome de l’alpha-gal ?

En l’absence de nouvelles morsures de tiques, le taux sanguin d’anticorps anti-alpha-gal tend à diminuer au fil des années et l’allergie peut régresser partiellement. Certains patients ont pu reconsommer de la viande rouge après plusieurs années d’abstinence et d’absence de morsure de tique, sous contrôle médical [10]. Cependant, la prudence reste de mise car la durée de cette rémission n’est pas garantie, surtout si le patient se fait mordre à nouveau par une tique (ce qui peut restimuler la production d’IgE et faire rechuter le patient).

Comment soigne-t-on le syndrome de l’alpha-gal ?

La prise en charge du SAG comporte 3 volets [6,7] :

  • l’éviction de l’allergène (ne plus manger de viandes ou d’abats de mammifères, ni de produits contenant de la gélatine issue de ces animaux) ;
  • la gestion des réactions aiguës en cas d’ingestion accidentelle (antihistaminiques pour les réactions modérées, stylo injecteur d’adrénaline pour les réactions sévères) ;
  • l’éducation thérapeutique du patient (pour lui apprendre à adapter son alimentation, gérer les symptômes et se protéger des morsures de tiques). 

Ce qu’il faut retenir

  • Se protéger contre les morsures de tiques est essentiel pour prévenir plusieurs maladies, dont le syndrome de l’alpha-gal.
  • Des symptômes cutanés, digestifs ou respiratoires qui apparaissent plusieurs heures après la consommation de viande rouge doivent alerter, en particulier si des morsures de tiques ont récemment été constatées.
  • Les régions où sévit la maladie de Lyme sont celles où le syndrome de l’alpha-gal est le plus fréquent.
  • Les personnes qui souffrent de ce syndrome peuvent continuer à manger de la volaille, des produits de la mer ou des œufs, de bonnes sources de protéines alternatives. 

Auteur : Service Public d'Information en Santé

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Bibliographie

1 - About Alpha-gal Syndrome. Centers for Disease Control and Prevention, juin 2025

https://www.cdc.gov/alpha-gal-syndrome/about/index.html 

2 - Chatain C, Pralong P, Jacquier JP & Leccia MT. Allergie retardée aux viandes de mammifères chez deux patients allergiques sévères aux venins de guêpe. Revue Française d’Allergologie 2015;55(3),216. doi: 10.1016/j.reval.2015.02.015 
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032015001141 

3 - Chung CH, Mirakhur B, Chan E et al. Cetuximab-Induced Anaphylaxis and IgE Specific for Galactose-α-1,3-Galactose. N Engl J Med. 2008;358(11):1109-17. doi: 10.1056/NEJMoa074943 
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa074943 

4 - Thomas H, Beaudouin E, Nguyen VM et al. Anaphylaxie alimentaire à alpha-Gal: analyse des données du Réseau d’allergo-vigilance (RAV). Revue Française d’Allergologie 2016;56(3), 273. doi: 10.1016/j.reval.2016.02.025  

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032016001007 

5 - Dupont M, Carlier C, Gower-Rousseau C et al. Incidence and associated factors of cetuximab-induced hypersensitivity infusion reactions in 1392 cancer patients treated in four French areas: a possible association with Lyme disease? BMC Cancer. 2022;22:1219. doi: 10.1186/s12885-022-10192-4

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9701068/pdf/12885_2022_Article_10192.pdf 

6 - Platt-Mills TAE, Li RC, Keshavarz B et al. Diagnosis and Management of Patients with the α-Gal Syndrome. J Allergy Clin Immunol Pract. 2020;8(1):15-23. doi: 10.1016/j.jaip.2019.09.017 
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6980324/ 

7 - Commins SP. Diagnosis & management of alpha-gal syndrome: lessons from 2,500 patients. Expert Rev Clin Immunol. 2020;16(7):667-677. doi: 10.1080/1744666X.2020.1782745 
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/32571129/ 

8 - Jeimy S & Zhu R. Allergie à la viande rouge transmise par les tiques (syndrome α-gal). CMAJ. 2024;196(3):E108–E109. doi: 10.1503/cmaj.231067 
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10833098/pdf/196e108.pdf 

9 - Perusko M, Grundström J, Eldh M et al. The α-Gal epitope - the cause of a global allergic disease. Front Immunol. 2024;15:1335911. doi: 10.3389/fimmu.2024.1335911 
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/pmid/38318181/ 

10 - Owusu-Asare C, Browning RL & Jerath MR. Successful Home Reintroduction of Mammalian Meat in Patients with Alpha Gal Syndrome. J Allergy Clin Immunol Pract. 2025:S2213-2198(25)01132-8. doi: 10.1016/j.jaip.2025.11.027 
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41314465/