Comment utiliser les plantes médicinales en toute sécurité ?
29/07/2026 6 mins de lecture
Pour utiliser la phytothérapie sans mettre sa santé en danger, il convient de respecter un minimum de règles destinées à éviter des problèmes liés à la toxicité des plantes, aux contre-indications de certaines d’entre elles, aux interactions entre plantes et médicaments, ou à un retard de diagnostic qui pourrait diminuer les chances de guérison. Voici quelques règles à respecter pour utiliser les plantes médicinales en tout sécurité.
Pas de phytothérapie pour des symptômes inhabituels !
En cas de symptômes d'origine inconnue, évitez de prendre un remède à base de plantes sans avis spécialisé (médecin phytothérapeute, pharmacien ou herboriste). Hormis le cas des tisanes classiques vendues en grandes surfaces, l’usage des plantes médicinales en automédication doit être réservé aux affections connues et déjà traitées par les plantes sous supervision médicale (1).
Un produit de phytothérapie ne doit jamais remplacer une consultation, un diagnostic ou un traitement prescrit. Une fatigue persistante, des troubles digestifs répétés, une insomnie durable ou une perte de poids inexpliquée nécessitent d’en rechercher la cause plutôt que de masquer le symptôme par des plantes (2).
Lisez les étiquettes avec attention
Sur l’étiquette, le consommateur doit pouvoir identifier le nom précis de la plante, idéalement son nom latin, la partie de la plante utilisée, les autres ingrédients, les précautions d’emploi et l’identité du fabricant. Deux produits à base de la même plante peuvent agir différemment selon la partie employée (feuilles, racines, fleurs, etc.), le procédé d’extraction et la concentration. Respectez la dose recommandée, ne prenez pas le produit au-delà de 48 h sans avis professionnel et éviter de cumuler plusieurs produits contenant les mêmes plantes ou des substances aux effets proches (2).
S’assurer de l’origine et de la qualité sanitaire de la plante
Régulièrement, des personnes sont victimes d’une erreur de composition d’un produit de phytothérapie, une plante ayant été confondue avec une autre. Par exemple, dans les années 2000, des personnes ont développé une maladie rénale irréversible après avoir consommé des compléments de Stephania tetrandra destinés à perdre du poids. Mais ceux-ci se sont avérés contenir, en fait, une plante du genre Aristolochia, très toxique pour les reins (3).
Mieux vaut privilégier des vendeurs identifiables, des produits dont l’étiquetage est complet et des marques capables d’informer sur la traçabilité et le contrôle de qualité. Les achats effectués sur des sites inconnus ou hors de l’Union européenne peuvent exposer davantage à des produits non conformes, mal dosés, contaminés ou contenant des substances non déclarées (en particulier des médicaments !).
Ne cueillez pas vos plantes médicinales vous-même !
Hors plantes courantes, ce n’est jamais une bonne idée d’aller cueillir des plantes médicinales si l’on n’a pas été formé pour cela. En effet, certaines plantes médicinales ont des « sosies » presque parfaits et tout à fait toxiques. Par exemple, la gentiane jaune (Gentiana lutea) souvent confondue avec le vératre blanc (Veratrum album), toxique, ou l’ail des ours (Allium ursinum) confondu avec deux plantes toxiques, le muguet (Convallaria majalis) et la colchique (Colchicum autumnale) (4).
Consulter les sources de référence sur le bon usage de la plante concernée
Pour s’informer sur les précautions à prendre avec les plantes médicinales, diverses sources de référence existent qui proposent des informations fiables. Par exemple :
- en 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un tableau résumant les connaissances sur plus de 140 plantes médicinales : contre-indications, interactions avec les médicaments, précautions chez les femmes enceintes et les enfants (5 et 6, en français) ;
- l’Agence européenne du médicament propose des fiches d’information sur plus d’une centaine de plantes médicinales (7, en anglais) ;
- l’Agence européenne de sécurité de l’alimentation (EFSA) propose un tableau des effets indésirables d’un grand nombre de plantes (8, en anglais).
- Enfin, le « Petit guide de l’autoconsommation en toute sécurité », mis à jour au printemps 2026 et disponible sur le site internet du ministère chargé de la santé, contient des conseils au grand public sur les plantes toxiques.
Vérifier les contre-indications de la plante en question
Certaines plantes médicinales, même classiques, sont déconseillées aux personnes qui souffrent de certains problèmes de santé. Par exemple, les plantes cholagogues (qui favorisent l’évacuation de la bile) telles que l’artichaut (Cynara scolymus), le romarin (Salvia rosmarinus), le radis noir (Raphanus sativus niger) ou le pissenlit (Taraxacum sp.) ne sont pas recommandées en cas de calculs ou d’obstruction des voies biliaires. En cas de cancer hormonodépendant (par exemple du sein), les plantes présentant une activité estrogénique comme le trèfle rouge (Trifolium rubens) ou l’actée à grappes noires (Actæa racemosa) sont contre-indiquées. Le tableau de l’Anses précise l’ensemble de ces contre-indications (6).
Attention aux interactions entre plantes et médicaments
Les produits à base de plantes peuvent interférer avec l’efficacité ou la toxicité de certains médicaments. Par exemple, le millepertuis (Hypericum perforatum), utilisé pour soulager les dépressions légères, peut diminuer l’efficacité de nombreux médicaments, notamment les anticoagulants et les contraceptifs oraux (pilule) (6). D’autres plantes comme le ginkgo (Ginkgo biloba), l’ail (Allium sativum) ou le gingembre (Zingiber officinale) augmentent les effets des médicaments anticoagulants oraux et, donc, augmentent le risque d’hémorragie (4). D’autres plantes peuvent agir sur la tension artérielle, la glycémie, la vigilance ou le foie, par exemple.
Lorsqu’on prend des médicaments, par exemple pour une maladie chronique, il est donc absolument indispensable de demander l’avis de son médecin ou de son pharmacien avant de prendre des plantes médicinales.
Dans tous les cas, informer les professionnels de santé que vous consultez
Lorsque l’on prend des plantes médicinales, il est important de le mentionner à son médecin traitant, son pharmacien, son dentiste ou tout autre professionnel de santé que l’on consulte. Cette précaution permet d’éviter les interactions toxiques entre ces plantes et les médicaments prescrits par le professionnel.
En outre, il est préférable d’interrompre toute prise de produits à base de plantes au moins 3 semaines avant de subir une opération chirurgicale (y compris dentaire). En effet, de nombreuses plantes peuvent perturber la coagulation sanguine (6).
Pendant la prise, il faut rester attentif à tout symptôme inhabituel : nausées, maux de ventre, apparition de boutons, palpitations, maux de tête, vertiges, somnolence ou agitation. En cas d’effet indésirable, la consommation doit être interrompue et un professionnel de santé consulté rapidement. Vous pouvez également déclarer (soit vous-même soit le professionnel de santé) l’effet indésirable via le dispositif Nutrivigilance de l’ANSES, qui permet de surveiller les risques et ses effets liés aux compléments alimentaires, dont ceux à base de plantes.
Femmes enceintes et enfants : précautions maximales !
Les femmes enceintes et celles qui allaitent doivent systématiquement consulter avant de prendre un remède à base de plantes. De nombreuses plantes peuvent déclencher une fausse couche, ou se révéler toxiques pour le fœtus et le nourrisson (1).
La phytothérapie doit être employée avec prudence chez les enfants. Aucun produit à base de plantes ne doit être administré par voie orale aux enfants de moins de 12 ans sans contrôle médical (2).
L'essentiel à retenir pour utiliser les plantes médicinales en toute sécurité :
- Les plantes médicinales ne sont pas anodines : toxicité, contre-indications et interactions avec les médicaments sont possibles.
- Elles ne remplacent pas un avis médical. Face à des symptômes inhabituels ou persistants, consultez plutôt que de les masquer.
- Demandez conseil à un médecin ou un pharmacien avant d'associer plantes et médicaments, respectez les doses et évitez de cumuler plusieurs produits.
- Choisissez des produits sûrs : étiquetage complet, vendeurs identifiables au sein de l’Union européenne.
- Prudence maximale pour les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de 12 ans : un avis médical est indispensable.